Nicole Croisille, artiste qui n’a pas la place méritée

Publié le par Daniel LESUEUR

Tout le contraire d’une étoile filante, Nicole Croisille connaît une carrière d'une incroyable longévité, même si elle se construisit longtemps dans l'ombre. On peut la qualifier d'artiste complète : née en 1936, la journée elle est dactylo, et le soir danseuse dans la revue de Joséphine Baker ou mime dans la troupe de Marcel Marceau.

Parlant parfaitement l'anglais, elle s'exile aux Etats-Unis

A Chicago, elle se produit dans la revue Parisian Can Can Girls. De retour en France, elle entame sa carrière discographique ; ses propres disques se vendant très médiocrement (en 1960, sa version de Ca tourne rond est éclipsée par celle de Richard Anthony), elle "gagne son bifteck" en faisant les chœurs pour de nombreuses stars (Claude François, Frank Alamo, Hugues Aufray, etc.).

Cha ba da, ba da

En 1965, sans savoir qu'il s'agit d'elle, des millions de Français fredonnent son da ba da ba da dans le film de Lelouch, Un homme et une femme. Sans pseudonyme ni chichi, elle est reconnue dans le show business mais le grand public ignore encore son existence. Il serait temps d'y remédier !

Le film de Marcel Carné, Les Jeunes Loups, fait la part belle à une chanson de langue anglaise, I'll never leave you, énorme succès de l'année 1968 : c'est Nicole sous le pseudonyme de Tuesday Jackson.

Enfin au hit-parade

La croit-on enfin partie pour une grande carrière (deux tubes en 1969 : Qu'est-ce qui se passe dans ma vie et Quand nous n'aurons que la tendresse) qu'elle retourne à l'anonymat... jusqu'à 1973, date à laquelle elle publie le superbe Parlez-moi de lui. Et là, enfin, le succès ne disparaîtra plus (Une femme avec toi, Téléphone-moi et, à redécouvrir, J'ai besoin de toi, j'ai besoin de lui).

Elle triomphe à l'Olympia en 1976 et 1978

Proche de la revue de ses débuts, en 1990 elle produit au Casino de Paris le spectacle Black et blanche accompagnée par une chorale sénégalaise. Elle y engloutit toutes ses économies et se trouve dans l'obligation de vendre son appartement parisien pour éponger les dettes. Elle ne méritait pas une telle déconvenue : Nicole est une artiste de grande classe au répertoire de grande tenue, aux arrangements impeccables... le tout servi par une voix qui frise la perfection.

Par la suite, elle est fréquemment actrice, mais ne délaisse pas la chanson pour autant.

Ce sont à présent le jazz et les expériences de métissages musicaux et culturels qui la motivent.

Encore un tube en 1985

Au moment où le blues, en France, semble être l’apanage de Patricia Kaas et le gospel celui de Nicoletta et de Jeane Manson, Nicole revient avec Le Blues du businessman. Désormais femme mure, elle s’offre à la caméra, notamment en 1998 dans Deux Mamans pour Noël dans lequel on lui propose le rôle d’une… chanteuse.

Ses apparitions au théâtre, nombreuses, ont peut-être souffert, au niveau de l’impact, d’un certain « retard à l’allumage ».

Etait-il judicieux de reprendre en 1992 Hello Dolly (succès de 1964), Folle Amanda en 1996 (créée en 1974 avec Jacqueline Maillan dans le rôle principal), Trois Chambres à Manhattan en 2003 (film de Marcel carné en 1965 avec Annie Girardot) ? Oui... pour l’amour de l’art… mais pour enflammer la critique, chaque soir très sollicitée à Paris, c’est plus délicat.

Retour à l’Olympia

Ce n’est plus en vedette comme en 1976 et 1978 mais dans un packaging avec Dave, Herbert Léonard, Francis Lalanne, Gilbert Montagné, Stone & Charden et Alice Dona qu’elle revient en 2003 sur la scène prestigieuse.

Après la mort de Claude Nougaro (2004), elle rend hommage, en 2006, au grand artiste disparu en se produisant en province et à Paris (au Théâtre de Dix Heures et au Grand Rex), dans le spectacle Nougaro, le jazz et moi. Elle y reprend les plus grandes chansons du Toulousain, des standards de jazz, et quelques chansons de son propre répertoire. Un spectacle complété par le CD Nougaro, le jazz et moi.

En 2008 elle publie l’album Bossa d'hiver constitué de musique brésilienne Une discographie à compléter Loin d’être complètement disponible chez les disquaires, son œuvre discographique couvre aujourd’hui seulement une quinzaine de CD, soit à peine la moitié de tout ce qu’elle a enregistré depuis 1961.

Nicole Croisille, qui a publié ses mémoires au Cherche-Midi (Je n’ai pas vu le temps passer) aurait mérité la place que tient Céline Dion depuis quelques années sur le plan international. Est-il trop tard pour réaliser la dimension de son talent ?

Nicole Croisille, artiste qui n’a pas la place méritée

Publié dans musique

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