Les méconnues du 20è siècle : Bobbie Gentry

Publié le par Daniel LESUEUR

Une chanteuse inconnue compose une ballade à la va-vite. Trop longue, elle doit en couper plusieurs couplets et se retrouve au sommet du hit-parade en 1967 !

Tout alla très vite pour Bobbie Gentry, belle brune américaine chanteuse de country.

Le 10 juillet 1967, elle devait enregistrer son premier 45 tours, Mississippi Delta ; en fin de compte, relayée en face B du vinyl, la chanson passe à la trappe. Car quelques instants avant de pénétrer dans le studio d'enregistrement, Bobbie Gentry avait griffonné la phrase "Billie Joe McAllister jumped off the Tallahatchee bridge" (littéralement, "Billie Joe a sauté du haut du pont de Tallahatchee").

A partir de cette simple phrase, elle construit la chanson qui allait lui apporter la gloire... dont elle aura raison de profiter car ensuite ses apparitions au hit-parade se feront fort rares.

N°1 au hit-parade américain, 13e en Grande-Bretagne

En une heure et demie, une version de sept minutes de Ode to Billie Joe était enregistrée. Hélas, sept minutes, c'était beaucoup trop pour un 45 tours. Il fallut se résoudre à raccourcir la chanson, en l'amputant de trois minutes. Malheureusement, dans son empressement à cisailler la bande magnétique, le producteur Kelly Gordon avait censuré un couplet explicatif, celui dans lequel la narratrice expliquait ce qui avait, dans un premier temps, été jeté du haut du pont, et qui avait ensuite poussé le héros de la chanson au suicide.

S'agissait-il d'un bouquet de fleurs ?

D'une bague de fiançailles ou de mariage ?

Ou, pire, d'un bébé ?

L'omission ajouta un relent de mystère à la chanson...

C'est peut-être pour cette raison que l'on se l'arracha chez les disquaires. Son sens tragique fit pleurer dans les chaumières, car, dans les paroles, le sort du gars était vite réglé : "Ce pauvre Billie Joe, de toutes façons, était un peu toqué. Passe-moi les biscuits, s'il te plaît".

En France, pas question de laisser passer un tube potentiel

A l'époque, on a encore l'habitude d'adapter en français les tubes d'outre-Atlantique. "Adapter", cela suppose de remplacer le prénom Billie Joe par un autre. Et comme la scène, aux Etats-Unis, se déroule à la campagne, il faut pour le public français un prénom qui fleure bon le terroir. Ce sera Marie-Jeanne, prénom sans équivoque en 1967 (le mot marijuana est encore rarement prononcé).

C'est également la version tronquée qui est proposée à Joe Dassin

Les couplets supprimés dans la version de Bobbie Gentry ont véritablement disparu. Joe Dassin n'a donc, pour référence, que la version commercialisée. Lui non plus, pourtant interprète de Marie-Jeanne, n'a pas accès au texte original. Bien que tout aussi mystérieuse, tout aussi incompréhensible, la version française grimpe à la deuxième place du hit-parade en septembre 1967. C'est ainsi que, depuis, personne, hormis Bobbie Gentry, ne connaît le fin mot de l'histoire. Ce qui n'empêchera pas Frank Sinatra, Ella Fitzgerald et Eddy Mitchell de continuer à interpréter ce fameux tube de 1967.

Les méconnues du 20è siècle : Bobbie Gentry

Publié dans musique

Commenter cet article