La fin tragique de Sam Cooke

Publié le par Daniel LESUEUR

article extrait du livre ROCK DEGLINGUE. Cliquer ICI pour le feuilleter.

Sam Cooke (1932-1964) est l’auteur de nombreux hits dont "Cupid", "Chain Gang", Twistin' the Night Away et "Bring It On Home To Me" popularisés au fil des ans par Johnny Nash, Rod Stewart, les Animals et, en France, par Eddy Mitchell, Johnny Hallyday et les Chats Sauvages.

C’est également lui, bien qu’on l’ignore car il le fit de manière anonyme, qui créa la première mouture du fabuleux Stand by me, chant d’inspiration religieuse intitulé à l’origine God is standing by me.

Los Angeles, 11 décembre 1964, trois heures du matin...

La veille au soir, l'artiste noir semblait bien décidé à faire une infidélité à son épouse. A l'occasion d'un cocktail, il avait dragué une délicieuse jeune fille de vingt-deux ans, Elisa Boyer. Il lui avait promis une balade romantique sous les étoiles... mais finalement sa voiture les avait conduits à l'Hacendia Motel.

A partir de là, la vérité sur le déroulement des faits s'avère délicate à cerner. Deux interprétations s'affrontent, en fonction de la véritable personnalité d'Elisa

S'il s'agit d'une jeune fille honnête (c'est d'ailleurs dans ce sens qu’ira sa déposition, on s'en doute), Sam aurait commencé à la caresser et à essayer de lui ôter ses vêtements. Mais, prétendra-t-elle, elle n'avait pas l'intention de lui céder et aurait profité d'un moment où le chanteur s'était absenté dans la salle de bains, pour s'éclipser.

La scène fut peut-être plus chaude encore, car Elisa se serait enfuie du motel en courant, et partiellement dévêtue.

Seconde interprétation...

Elisa se serait enfuie en volant à Cooke son portefeuille, que l'on imagine bien garni vue la notoriété de l'artiste. L'incident tourne au drame : tandis qu'Elisa tente de téléphoner à la police (sans doute se sent-elle en danger), Sam se rend à la réception du motel. A cette heure avancée de la nuit (autour de 3h du matin), la gérante, Mme Bertha Franklin, femme de couleur âgée de cinquante-cinq ans, a toutes raisons de se méfier, d'autant que Cooke défonce la porte de sa loge.

Croyant à une agression, la gérante s'empare d'un tisonnier Elle frappe Cooke puis, à l'aide du calibre .22 qui ne la quitte jamais, elle tire trois fois.

Le chanteur s'effondre.

Légitime défense, puisque Sam est entré par effraction. Bertha sera relaxée (en 1965, son avocat réclamera 200 000 $ de dommages et intérêts, soit l’équivalent de quatre années des revenus estimés de l'artiste, au prétexte qu’elle est, depuis la nuit tragique, victime de dépression nerveuse et mentale ; elle obtiendra deux cents fois moins).

Quant à Elisa Boyer, elle disparaît curieusement de l'histoire.

S'agissait-il d'une frêle et farouche jeune fille, d'une prostituée ou d'une "monte-en-l'air" ?

Dans certaines contrées des Etats-Unis, il est mal vu, pour un Noir, d’avoir des relations avec une Blanche. Devine qui vient dîner ce soir...

La justice passera l’éponge sur la dangereuse aventure qui avait conduit à la disparition d'un artiste prometteur qui avait déjà publié quelques chefs-d'œuvre.

Aurait-on pu sauver le chanteur ?

Sam a eu le cœur et les deux poumons perforés par les trois coups de pistolet. Il s'en est suivi une impressionnante hémorragie. Dès lors, il semble impossible qu’il ait pu être sauvé, même si une équipe de soins était arrivée au plus vite. Hasard du calendrier, c’est également un 11 décembre, mais en 1967, que disparaîtra un autre grand chanteur noir, Otis Redding, qui avait rendu hommage à son aîné Sam Cooke en interprétant sa composition Shake devenue aujourd’hui un classique du rhythm’n’blues.

La fin tragique de Sam Cooke

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