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Le blog des auteurs libres

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Pop rock music, chanson française, biographies express de personnages hors du commun, faits de société


Les conférences du professeur Boujthaimish

Publié par Les auteurs libres sur 16 Mai 2026, 15:58pm

mesdames et messieurs, BONSOIR !

Notre CONFERENCE, comme vous le savez, s'intitule MORTS AUX COINS, une invention de l'homme qui continue aujourd'hui à en payer les pots cassés, et c'est bien fait pour sa gueule. Avant, à l'image de la lune et du soleil, tout était rond, comme moi à la fin de la conférence de la semaine dernière. Tout était rond et rassurant, du pot de chambre au pouf en passant par le ballon de rouge ; il n'y avait pas de coins et, du coup, personne ne se cognait nulle part puisqu'il n'y avait pas de coins. C'est vrai, quoi ! Est-ce qu'on risque de se cogner dans un igloo ou un tipi ? Est-ce qu'on risque de se cogner dans une grotte préhistorique ? Non, non et non...

Autant qu'il est impossible à l'oiseau de se cogner dans son nid douillet, il était impossible à l'homme de se cogner nulle part tant qu'il n' avait pas inventé les COINS.

(à propos de se cogner, remarquez cette tare qui affecte l'humain et pas les animaux : la triste faculté de pouvoir se cogner. Même avec des lunettes, l'homme du 21è siècle est encore capable de se cogner, alors que les animaux, non. Même aveugles ! Vous avez déjà vu une taupe se cogner quelque part ? Jamais. Elle voit rien mais dans sa taupinière il n'y a pas de coins, c'est pour ça qu'elle se cogne pas. Les coins, JE LE RE-RE-REDIS, sont une invention de l'homme ; une invention malheureuse, réalisée en détruisant des choses ou en en assemblant d'autres alors qu'à l'origine elles n'avaient pas de raison d'être ensemble.

Et on se cogne, dans les coins, car ils sont vicieux. Un peu de linguistique ne nous fera pas de mal pour bien comprendre le problème des coins...

« COiN » et « COgNer » ont trois lettres en commun. Et de surcroît, placées dans le même ordre. C'est loin d'être une coin-cidence. D'éminents linguistes le confirmeront : il en va de même pour toutes les langues restées pures au fil des millénaires, pour peu qu'elles n'aient pas été altérées suite à l'invasion par des hordes barbares des pays qui les avaient enfantées, ou par les coups de boutoir répétés des patois ou de l'argot. Le recours immodéré au franglais, en apparence irraisonné car sans fondement, tend à faire disparaître le coin de notre langage sans pour autant le faire disparaître de la vie de tous les jours. Heureusement le milieu de la balle au pied (ou pousse-balle en vieux français), riche en intellectuels de haute volée, ne fut pas dupe et sut résister en faisant mine de céder, s'accordant l'usage du mot COrNer qui, toujours, porte les trois lettres maudites, et dans leur ordre maléfique. Cette forme de résistance, qu'on a toujours notée dans le monde du sport, fait écho à une résistance beaucoup plus ancienne, celle des beaux esprits. Il suffit pour s'en convaincre de citer ne serait-ce qu'une seule formule, Tenir son coin, que l'on retrouve notamment dans les écrits de madame de Sévigné : Tenir son coin, c'est prendre part avec avantage à une discussion, tenir une place honorable dans un cercle. Oui, vous avez bien lu, un cercle ; pas un carré ni un rectangle, porteurs, justement, d'un trop grand nombre de coins (quatre. Pour vous éviter de compter). Le cercle est dépourvu de coin, et c'est tant mieux.

Reste une énigme : si le ballon de football est rond, pourquoi le terrain ne l'est-il pas lui aussi ? La question s'est douloureusement mêlée à l'actualité début 2022 après la triste affaire des pizzas Mortella de chez Buitoni. Les dirigeant de la firme ont clamé haut et fort leur innocence, et l'on peut les croire. Mais la question reste posée, après avoir constaté que tant qu'elle resta confinée entre les quatre murs des restaurants, la pizza se montra inoffensive. Il suffit qu'on décidât de s'en faire livrer, pour qu'elle montre les dents. Pourquoi des pizzas, saines au départ, ont-elles déclenché la mort d'innocents gourmands ? La réponse, évidente, se trouve dans son conditionnement. Il n'y avait pas à chercher plus loin. L'assiette est ronde, la pizza est ronde, mais on la livre en boîte carrée. Quel non-sens ! Dans la boîte en carton, les angles, qui se trouvent en position de force du fait qu'ils sont quatre et la pizza, seule, l'attaquent de toutes parts, la contaminent, l'infectent et l'empoisonnent. Il eut été plus intelligent – cela relève de la logique la plus élémentaire – de comble les coins. Et les angles, tout dépités, bien obligés de reconnaître que ça leur en bouche un coin. Je sais pas, moi... Tiens, avec des farandoles de cacahuètes. Au cours du jour, le kilo d'arachides grillées et salées, chez Carrefour, se monte à 2,58 € ; ça nous pousse tout de suite les vingt grammes à 0,00516 € ; ça coûte pas beaucoup de pognon mais, hélas, c'est encore trop : la loi du profit domine le monde. Le plus con, c'est qu'à la place ils foutent un sachet d'huile pimentée qu'on peut très bien avoir déjà à la maison. Et en plus ils le mettent pas dans un coin – ce qui aurait pour effet, durant la durée de la livraison, de diminuer l'agressivité d'au moins un angle, mais à plat sur la pizza.

 

 

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