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Le blog des auteurs libres

Le blog des auteurs libres

Pop rock music, chanson française, biographies express de personnages hors du commun, faits de société


"Vendredi 13" , un ... conte... conté par Alain LEMAIRE

Publié par Les auteurs libres sur 13 Février 2026, 17:09pm

7 heures du matin, monsieur Lambert se lève difficilement. Il vient de passer une mauvaise nuit. Couché à minuit comme tous les soirs, il a d’abord eu bien du mal à s’endormir. Un souci l’a tracassé, un truc idiot : a-t-il bien bouclé sa voiture garée au parking du sous-sol ? Il n’a pas envie d’aller vérifier si tard. Comme il vit au troisième étage, cela en fait quatre à descendre et remonter, très certainement pour rien. Et puis il pense au fait que l’immeuble n’a pas d’ascenseur. Ce qu’il regrette bien. Ah quand il a acheté cet appartement quinze ans plus tôt, ce manque ne l’a pas gêné. Tout juste sexagénaire, et divorcé, encore en pleine forme physique, ces quelques volées de marches ne l’ont pas effrayé. Et puis peu à peu il a bien pris conscience que si quatre étages ce n’est rien, c’est tout de même bien fatigant quand il remonte ses courses par exemple.

Bon en principe il n’a rien à craindre. Il n’y a pas eu à sa connaissance de visite des véhicules garés au sous-sol. Mais voilà le souci premier : la porte basculante de l’entrée du parking souterrain est en panne depuis deux bonnes semaines. Elle est restée ouverte en grand et ne se ferme plus. Le syndic a été prévenu. Mais ces braves gens n’ont pas comme qualité de réagir rapidement quand un problème arrive dans la résidence. Oh ils ont bien plus d’empressement à envoyer l’appel de charges régulièrement. Monsieur Lambert n’a pas hésité à leur en faire la remarque lors de la dernière réunion de copropriété. Ce qui bien sûr n’a pas été apprécié.

Comme il a l’habitude de laisser une partie de ses courses dans son coffre bien fermé, cette fois il craint que celui-ci soit forcé. Il faut préciser que sa place de parking est une des premières près de l’entrée de celui-ci. Le quartier est en principe bien calme, mais il a remarqué de drôles de lascars en balade inhabituelle dans le coin, ils ont surement repéré la facilité de pénétrer dans ce sous-sol du fait de l’ouverture permanente en grand. Cette mauvaise idée le tracasse tellement qu’il a mis bien deux heures pour trouver le sommeil.

 

Aussi ce matin, n’ayant dormi que cinq heures en deux fois, il se dépêche de s’habiller vite fait, sans prendre le temps de prendre sa douche matinale, et hop le voilà presque courant dans l’escalier. Ouf, sa voiture est intacte, il ouvre son coffre et saisit le sac de reste de courses qu’il remonte en vitesse. Il s’en veut un peu de s’être à ce point tracassé pour rien. Il file sous la douche. L’eau tiède bienfaisante coule sur son corps pendant un moment bien trop court. Il vient de se savonner de la tête aux pieds. A la place c’est un liquide très frais. Puis même froid. Que se passe-t-il ? Il va, tout nu et couvert de mousse, vérifier la chaudière dans la cuisine. Le voyant est allumé en rouge, allons bon. Il trouve le manuel pour comprendre car sur le tableau de bord de la chaudière est noté un chiffre, cela ne correspond à rien sur ce fichu manuel où les principales pannes sont pourtant répertoriées. Il tente un truc, il éteint la chaudière, il attend une vingtaine de secondes puis il la relance. Le voyant passe au vert. Youppie, il file sous la douche. Mais à peine a-t-il ouvert le robinet que l’eau passe encore du chaud au froid, vraiment froid. Il retourne voir la chaudière. Bien rouge, le voyant semble se moquer de lui, il retente la même manœuvre mais cette fois la chaudière ne veut rien savoir. Elle fait grève. Plus d’eau chaude, mais aussi plus de chauffage. Le voilà bien. Bon d’abord rincer toute ce savon sur sa peau. Comment faire ? Bah chauffer de l’eau dans une grande casserole sur le gaz. Ça prend du temps et puis il faut recommencer trois fois. Enfin ça y est, séché il peut se rhabiller et constater que les radiateurs commencent à tiédir. Il est déjà huit heures, il faut appeler le service dépannage de l’entretien de sa chaudière. Voilà il trouve leur numéro, il tombe sur un disque-répondeur qui lui demande de patienter une minute avant d’avoir un correspondant. Voilà une puis deux puis trois puis quatre minutes s’écoulent, et c’est toujours le même message d’attente. Enervé, il raccroche et reforme le numéro. Pour tenter de se calmer, il chantonne « Gaston, y’a le téléphon qui son, et y’a jamais person qui répond ». Cette fois le répondeur automatique lui demande de patienter deux minutes. A nouveau il garde le combiné près de son oreille et deux, puis, trois, puis quatre puis cinq minutes se passent et toujours aucune personne au bout du fil. Il va pour raccrocher et tout juste à ce moment une voix féminine consent à lui répondre. Il a bien envie de manifester sa colère mais il se retient, il explique son problème. La voix l’informe qu’un passage ce jour est impossible. Quant à demain samedi, cela va être compliqué, car il y a moins de techniciens en service le weekend. Agacé, monsieur Lambert rappelle qu’il paie un contrat pour être dépanné rapidement. La standardiste semble le comprendre mais elle ne peut rien faire d’autre que signaler la panne. Monsieur Lambert se contient, râler contre cette employée ne va pas faire avancer les choses. Elle promet de lui trouver un dépanneur et le prévenir de sa visite. Elle l’engage à rester chez lui et attendre son appel.

 

Pas de chauffage en plein mois de février, ce n’est vraiment pas la bonne période. A l’extérieur, il pleut. Et puis c’est l’hiver, il ne doit pas faire beaucoup plus de zéro en température. Heureusement toutes les fenêtres sont en double vitrage, l’isolation est bien meilleure. Il jette un œil au thermomètre dans le salon : dix-huit seulement. Il est juste qu’il a l’habitude de baisser le chauffage la nuit. Bon il cherche à s’occuper. Il n’ose pas passer l’aspirateur, trop bruyant celui-ci risquerait de l’empêcher d’entendre le téléphone, si d’aventures… Il n’ose pas non plus aérer l’appartement car un courant d’air glacial de l’extérieur aurait le plaisir de venir s’installer. Il n’ose pas plus passer un chiffon pour retirer les poussières, il faudrait ouvrir une fenêtre pour le secouer. Bref, il pense soudain aux courses qu’il a remonté du coffre de sa voiture. Les produits frais sont dans le réfrigérateur depuis hier, il n’a que les fruits, les conserves, le pain et les croissants à ranger. Il constate que les bananes noircissent déjà et une orange est pourrie dans le filet. Il a bien vérifié toutes les dates limites de consommation sur les produits frais. En effet il fait ses courses au drive mais il a souvent constaté qu’il ne faut pas toujours faire confiance aux petits jeunes qui préparent sa commande passée sur internet. Ainsi aujourd’hui il n’a pas vu cette orange pourrie. Si le drive est bien pratique pour ne plus faire du pousse-caddy pénible, il faut tout de même être sacrément vigilant.

 

La pluie frappe sur ses carreaux, dehors le vent souffle fort, quel sale temps ! Bah c’est l’hiver après tout. Il est 9 heures et demie, il se décide d’appeler sa petite amie. Ils se sont brouillés pour une histoire trop bête, il va chercher à se réconcilier. Après tout cela fait déjà trois ans qu’ils se fréquentent. Ils ont tous les deux parfois un sacré caractère, mais il voit bien qu’à chaque crise, c’est lui qui revient tenter de l’effacer pour repartir de plus belle. Il est juste de préciser qu’elle a vingt-cinq ans de moins que lui. Il en est terriblement amoureux. Il forme son numéro. Il espère qu’elle décroche, mais non c’est le répondeur. Alors il lui chante « quand tes cheveux s’étalent comme un soleil d’été, et que ton oreiller ressemble aux champs de blé, quand l’ombre et la lumière dessinent sur ton corps, des montagnes des forêts et des iles aux trésors, que je t’aime, que je t’aime ». Il espère bien que ce message vocal va la persuader de renouer leur tendre relation, demain c’est la saint Valentin, la fête des amoureux, il ne veut pas la rater. Cela fait déjà trois jours qu’elle fait la tête dans son coin. C’est bien assez. C’est surtout bien trop. Il a vraiment besoin d’elle. Il appelle son meilleur ami pour lui demander un conseil. Il pense à la chanson qui démarre ainsi : « je sais ça t’ennuie, mais je veux ton avis, jusqu’au bout il faudra m’écouter, je vais te parler ». Celui-ci décroche, il lui fait part de son problème de chauffage puis il passe rapidement au sujet principal, la énième brouille avec sa petite amie. Son ami ne sait pas trop quoi lui dire, si ce n’est qu’en trois ans ils se sont bien séparés cinq ou six fois et cela n’a jamais duré plus de trois jours, donc s’il l’appelle en faisant amende honorable, la réconciliation est certaine. Monsieur Lambert précise qu’il vient justement de l’appeler. Son ami conclue qu’alors tout va bien. Ils parlent encore quelques minutes puis raccrochent. Avoir discuté avec son meilleur ami lui a mis du baume au cœur. Il va terminer de lire le dernier roman de Stephen King, un de ses auteurs favoris, pour penser à autre chose. Il enfile un bon pull avant de s’assoir dans son fauteuil et se plonge dans cette histoire passionnante.

 

Vers midi il a fini le roman, il l’a beaucoup apprécié. Il va revoir le thermomètre du salon, celui-ci ne lui indique plus que dix-sept. Un degré a été perdu ce matin. Monsieur Lambert n’est pas frileux, mais il endure ce pull bien chaud qu’il a enfilé pour passer le reste de la matinée à lire après avoir appelé son ami. Il est vrai qu’il est assez acheteur compulsif surtout sur le net. Il se remémore le nom compliqué de la maladie liée à cette trop forte inclination : c’est la syllogomanie, enfin quand cela devient un trouble psychique. Il ne pense pas en être à ce point bien qu’il doit avouer faire beaucoup d’achats sur internet, sans doute trop. Mais c’est si facile. Et puis c’est bien agréable de ne pas avoir à se déplacer, les commandes arrivent régulièrement et rapidement directement dans sa boite aux lettres voire dans un point relais si la valeur lui semble importante afin d’avoir une sécurité de la réception. Monsieur Lambert pense qu’on n’est jamais trop prudent. La matinée s’est donc écoulée, il a faim. Il va se préparer un repas rapide. Il ne passe jamais trop de temps à choisir ce qu’il va déjeuner. D’abord il juge que ce serait du temps perdu, et puis il se sait médiocre cuisinier. Alors tout ce qui peut se réchauffer au micro-ondes lui convient parfaitement. Voilà, il est treize heures, il a fini, il va se poster dans un fauteuil dans le salon en face de sa télévision écran plat de grande dimension afin de s’informer des dernières nouvelles au journal télévisé. Il cherche la télécommande. Il ne la trouve pas. Il réfléchit, quand s’en est-il servi en dernier ? Hier soir, allongé sur le canapé, il a visionné un film. Bon, elle a dû glisser entre deux coussins. Il les soulève, rien. Il regarde par terre, il s’énerve à chercher cette fichue télécommande. Il s’allonge sur le sol et soudain il l’aperçoit à moitié glissée sous le fauteuil. Il la saisit en la maudissant de s’être ainsi planquée. Il s’assoit, il appuie sur la touche « on », il ne se passe rien. Il se rappelle qu’il doit changer les piles. La veille déjà, cette fichue télécommande s’est montrée un peu récalcitrante. Bon, il fouille dans le tiroir prévu pour et trouve un paquet de piles. Il vérifie la date de validité, pas de chance elle est dépassée d’un mois. Il les essaie tout de même, on ne sait jamais, mais non inutile d’insister, lui qui essaie d’être toujours prévoyant, il a oublié cet achat de piles en réserve.

 

Dehors, il pleut toujours. Bon tant pis, il va aller en voiture au centre commercial, il a trop besoin de ces piles. Il s’habille et crac, il casse un lacet de chaussures. Il en trouve un paquet, il change les deux lacets, ce sont les deux derniers, c’est encore un motif d’énervement. Il se dit qu’un achat de basket avec des scratchs est surement une bonne idée. Voilà, il est prêt, il sort. En voiture, il parcourt sous une forte pluie les deux kilomètres qui le séparent du magasin. Il chantonne « rain and tears are the same, but in the sun you got to play the game » (pluie et larmes sont identiques, mais dans le soleil tu dois jouer le jeu). C’est un jour de flotte, le soleil fait grève. Bien sûr, il n’y a pas de place libre assez proche de l’entrée sur le parking. Ouf il en trouve une à une bonne soixantaine de mètres de distance. Cela suffit pour être bien trempé. Il entre dans le magasin et cherche le rayon électroménager. Le voilà, plein de piles, mais pas celles dont il a besoin. Il avise un vendeur et se renseigne. Le type lui répond qu’ils sont en rupture de stock jusqu’à demain. Déçu, Monsieur Lambert en conclut qu’il va devoir s’en passer aujourd’hui et qu’il va devoir revenir le lendemain. Avoir affronté la pluie pour rien, ça l’agace encore plus.

 

Il passe dans le rayon chaussures, autant être venu pour quelque chose. Il choisit d’abord deux paquets de lacets de tailles différentes puis il les glisse dans une de ses poches de blouson pour trouver une paire de baskets à scratch. Il en trouve une seule à sa pointure. Il veut les essayer et marcher avec mais c’est impossible, la paire est reliée par un fil de fer et un antivol, l’essayage est donc impossible. Il râle contre ces magasins qui en rajoutent sur la sécurité. Il décide tout de même de les acheter et il les glisse dans leur boite correspondante. Il passe devant le rayon des disques, il aperçoit que le dernier CD des Rolling Stones est exposé. C’est depuis sa jeunesse un de ses groupes favoris. Il ne peut résister à cet achat. Pour plus de facilité de transport, il glisse le disque dans la boite à chaussures et se dirige vers les caisses.

 

Bien sûr, celle qu’il a choisi est la moins rapide. Voilà une des raisons pour laquelle il fait depuis plusieurs années ses courses au drive. Faire la queue l’énerve. De plus la personne devant lui paie en chèque et pas en carte bancaire, alors elle doit chercher une pièce d’identité pour justifier de celle-ci, ça prend du temps. Il lui en faut pas mal pour ensuite ramasser tous ses achats sur le tapis. Monsieur Lambert se rêve balançant le tout sans ménagement dans son chariot. Enfin voilà c’est enfin son tour. Il sort le CD de la boite et le pose dessus. L’employée lui rappelle qu’il existe des caisses pour dix achats maximums pour passer plus vite. Il préfère ne rien répondre, il a un peu perdu l’habitude du pousse-caddy. Il paie avec sa carte bancaire. Il remet le disque dans la boite. Dès qu’il a passé la caisse, il se fait interpeller par un type du magasin qui lui demande de le suivre. Il ne voit pas pourquoi, mais il voit bien qu’il doit obéir, vu le ton légèrement menaçant du mec. Ils vont dans un local où on lui demande le ticket de caisse.

 

Monsieur Lambert prouve bien qu’il n’a pas planqué le CD mais que c’est juste pour un transport plus pratique qu’il a réussi à le glisser dans la boite sans pour autant bien la fermer. D’un air narquois le type lui demande s’il n’a rien oublié puis il lui ordonne d’un ton sec de fouiller dans ses poches. Soudain Monsieur Lambert se souvient des paquets de lacets. Le type esquisse un rictus de satisfaction en grinçant : « vous les aviez vraiment oubliés ? « Il a insisté lourdement sur le « vraiment ». Très clairement il accuse Monsieur Lambert. Celui-ci a le tort de se fâcher. « Mais vous me prenez pour qui ? » « Pour quelqu’un qui ne paie pas toutes ses courses » répond le type qui ajoute : « si vous préférez que j’appelle les flics, c’est tout à fait possible » Monsieur Lambert se sent très énervé, il se chantonne : « if you’re looking for trouble, you came to the right place, if you’re looking for trouble, just look right in my face » (si tu cherches la bagarre, tu es venu à la bonne place, si tu cherches la bagarre, regarde-moi bien en face) puis il arrive à se contenir et lâche d’une voix encore blanche : « Pour deux malheureux paquets de lacets, vous voulez déranger ces messieurs ! » « Moi je constate, c’est tout, que ces lacets n’ont pas été réglés. Vous connaissez surement la formule « qui vole un œuf… » « Ça va, j’ai compris, le coupe Monsieur Lambert, dites-moi combien je vous dois ? » Le type s’en amuse, fier de son statut de surveillant sans doute » Pour cela il va falloir repasser en caisse, pour vous être agréable laissez vos achats régulièrement payés ici, vous les reprendrez en sortant. »

 

Notre héros se souvient du conseil de la caissière, il fait le tour et se présente devant la caisse dix articles. Il voit bien l’inspecteur le suivre du regard de l’autre côté. Il présente ses paquets de lacets. Pas de chance le montant est inférieur au paiement exigé en carte bancaire. Comme il est sorti sans espèces sur lui, il ne peut régler ces fichus lacets autrement. La caissière refuse en lui désignant la pancarte où c’est bien indiqué. Enervé, Monsieur Lambert laisse les lacets sur le tapis et retourne chercher sa boite de chaussures, suivi par le type qui manifestement s’amuse bien. Il lui jette ; « vous saviez que je ne pouvais les régler par carte. Vous m’avez fait perdre mon temps » L’autre prend un ton très commercial « Revenez nous voir » Furieux, Monsieur Lambert se promet de ne plus jamais mettre les pieds dans ce magasin de merde, il décide aussi qu’il va changer d’enseigne pour ses courses. Il existe d’autres drives après tout. Il affronte à nouveau la pluie pour remonter dans sa voiture. Il va rentrer chez lui sans ces foutues piles. Non, il préfère aller dans une autre grande surface.

 

A nouveau il a bien du mal à trouver une place de parking à moins de cent mètres de l’entrée. A nouveau il doit se faire bien mouiller. Mais miracle, il trouve des piles dans le rayon, il en prend trois paquets puis il y ajoute trois paquets de lacets. Ainsi il est sûr que sa carte bancaire va être acceptée puisque le montant à régler dépasse bien le montant minimum affiché. Enfin il sort du magasin. Toujours sous la pluie. Il arrive près de sa voiture. La conductrice de celle garée près de la sienne n’est pas a priori bien douée. Il voit et entend bien son parechoc frotter sur une de ses ailes, laissant une bonne rayure bien marquée. De plus, elle joue l’indifférence et elle s’apprête à s’évader. Monsieur Lambert lui bloque le passage et lui crie après : « Hey, ma voiture ! Ne vous défilez pas ! ». La dame au volant semble surprise. Il a besoin d’insister : « venez voir ce que vous venez de faire ». Elle lui fait signe qu’il pleut et qu’elle n’a pas envie de retourner sous la pluie.

 

Il insiste et lui lance qu’il faut faire un constat amiable. Elle semble toujours décidée à s’en aller rapidement. Il doit la menacer. Il prend plusieurs photos avec son téléphone portable. Elle est coincée. Elle consent à le laisser monter près d’elle. Evidemment elle n’a pas de formulaire de constat amiable. Heureusement notre héros en a toujours un rangé dans son vide-poches. Il le remplisse. La femme fait des difficultés pour sortir les papiers nécessaires, permis de conduire, carte grise, attestation d’assurances. Ça prend du temps, elle gémit qu’elle va se faire engueuler par son mari. Ce n’est pas le problème de Monsieur Lambert. Il comprend surtout qu’elle a failli lui laisser cette superbe rayure en cadeau. Heureusement qu’il l’a vue mal manœuvrer. Enfin il la laisse partir et remonte dans sa voiture. Il prend la direction de son domicile. Il pleut toujours.

 

Sur la route, il est suivi par un « colle au cul » pénible. Il ne comprend pas que certains chauffards se croient ainsi permis de rouler trop près, surtout sous la pluie. Il ne modifie pas sa vitesse tout en gardant un œil sur son rétroviseur où ce connard apparait. Si jamais il doit freiner rapidement, ce suiveur débile risque de lui enfoncer l’arrière. Enfin il

arrive au bas de son immeuble, il passe la porte grande ouverte. Il est suivi car ce chauffard impatient est un voisin, dont le parking doit être plus loin vers le fond du sous-sol. Monsieur Lambert souhaite se garer mais l’imbécile ne semble pas prêt à le laisser facilement manœuvrer. Il est donc obligé d’ouvrir sa portière et il se penche pour lui signaler qu’il le gêne. En rouspétant le « colle au cul » finit par reculer de quelques mètres, puis il s’arrange pour doubler la voiture de Monsieur Lambert puisque le sous-sol est assez large. Ce mauvais coucheur l’injurie au passage. C’est un comble. Pour se calmer, il fredonne : « le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est con, on est con. Qu’on ait vingt ans, qu’on soit grand-père, quand on est con, on est con ». Il conclue que ce cher voisin en est un de première classe. Cette journée lui a permis d’en rencontrer quelques-uns. Voilà il peut enfin se garer en maudissant ce crétin.

 

Il monte chez lui. Il commence à y faire plus frais. Le thermomètre dans le salon indique seize degrés maintenant. Sur son répondeur du poste fixe, il voit le voyant clignoter. Il a donc reçu des appels en son absence. Il écoute les messages enregistrés, il y en a trois : il efface vite le premier, un de ces emmerdeurs de vendeurs de fenêtres, idem pour le deuxième qui souhaite lui faire utiliser son compte de formation, il est tout jeune retraité il n’a nul besoin de ce compte qu’il ne connait pas d’ailleurs. Enfin le troisième, c’est bien la fille de la compagnie d’entretien de la chaudière. Elle prend une voix désolée pour lui annoncer que le technicien va pouvoir passer seulement le lendemain vers huit heures. Il se promet de résilier le contrat car sur celui-ci on lui a promis de venir réparer toutes pannes dans la journée. Comme la promesse n’est pas respectée, c’est bien une clause de résiliation. Il va donc devoir supporter le manque de chauffage toute cette nuit.

 

Il met de nouvelles piles durement trouvées ce jour dans la télécommande de sa télévision. Il peut enfin avoir une chaîne nationale lui donnant des informations. Il évite certaines chaînes en continu sur la TNT car il n’a absolument aucune confiance en elles, particulièrement Cnews, cette chaîne appartenant au riche Bolloré, un milliardaire très conservateur voire davantage. Il sait qu’il soutient l’extrême droite, ce qui est insupportable pour Monsieur Lambert qui a plutôt des idées de centre gauche.

Aussi il préfère sélectionner France télévision dont il espère plus de sincérité. Les nouvelles du monde et de la France sont désespérantes comme d’habitude. Il parcourt les autres chaînes et tombe sur un merveilleux documentaire animalier sur Arte. Il n’est jamais déçu sur cette chaîne franco-allemande, les programmes sont toujours de qualité. Vers dix-neuf heures, il éteint la télévision pour écouter le CD des Rolling Stones qu’il vient d’acheter. A ce moment, son téléphone sonne. Il décroche, c’est sa petite amie, charmée par sa chanson ce matin sur son répondeur. Il lui fait part de son ennui de chaudière. Alors elle l’invite à venir passer la soirée voire plus chez elle. Il accepte tout en précisant qu’il va devoir être de retour chez lui pour huit heures le lendemain matin afin de recevoir le technicien pour remettre en route sa chaudière. Elle éclate de rire à cette évocation. Il raccroche et va se rendre au domicile de sa petite amie en voiture. Finalement cette sale journée se termine mieux qu’elle n’a commencé. Au fait sans être superstitieux, il se souvient que c’est le vendredi 13. Il quitte son appartement en chantonnant : « when you believe in things you don’t understand, then you suffer, very superstitious ain’t the way” (quand tu crois à des choses que tu ne comprends pas, alors tu souffres, être très superstitieux n’est pas le chemin)

Quelques références musicales :

. « Le téléphon » Nino Ferrer (1965)

. « Que je t’aime » Johnny Hallyday (1969)

. « La dernière fois » Eddy Mitchell (1966)

. « Rain and tears » Aphrodite’s child (1968)

. « Trouble » Elvis Presley (1958)

. « Le temps ne fait rien à l’affaire » Georges Brassens (1961)

. «  Superstition » Stevie Wonder (1971)

 

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