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Les moucherons, durant des décennies, ils m'ont énervé, pour ne pas dire enmerdé : ces petits salauds, ils sont tellement légers qu'ils n'ont pas même besoin de faire le moindre effort pour t'échapper : tu les vises au mieux, genre oeil de lynx ou mafiosi sur le parcours de la bagnole de Kennedy en 1963, paf ! Rien que le déplacement d'air de la main (la mienne, pas la leur : ils en ont pas) et la bestiole est sauvée sans même avoir fait l'effort de se sauver.
Chez vous, je sais pas, mais chez moi la bestiole, c'est à l'heure de l'apéro qu'elle se manifeste. Et pas sur le coca des mômes mais sur mon verre de jus de fruit - rhum à 40°. Bon, je la chasse, et ça m'énerve parce que j'aimerais bien boire mon (mes...) verre(s) tranquillement. Et un soir se produisit un truc étrange : cette fois là, au Monop', j'avais mis la main sur une boutanche à 50° au prix de celle à 40°. Sûr que j'avais pas réfléchi ni hésité longtemps. Et le soir même, apéro jus de fruit - rhum à 50°... Comme d'hab', moucherons en vue. De ma part, un instant d'inattention, un de ces petits bordels noirs parvient à rentrer dans mon verre, le salaud, et sous la violence, l'intensité du rhum, le voilà les bras en croix. Ivre mort. J'allais quand même pas le boire lui aussi juste par colère, pour me venger... De mon index doux et délicat (si si, vous pouvez demander aux rombières de la région), j'extirpe le petit salopard, et... Que me passa-t-il par la tête ce soir là ? (sans doute les effets du troisième verre), au lieu d'écraser la bestiole, je la laisse sur mon bout de doigt (je pouvais, j'avais rien d'autre à faire, pas de bricolage en vue, rien. Juste picoler). Et puis comme j'ai plus la télé (je l'ai bazardée il y a presque dix ans, le soir de l'élection de Macron), à la place j'ai regardé le moucheron mort.
Mort ? tu vas pas le croire ! Au bout de quelques minutes, il s'est secoué (sans doute pour sécher ses ailes, de peur de se faire engueuler par sa femme quand il rentrerait : "Toi, t'es encore allé picoler chez Lesueur")... Et puis il a commencé à sa balade, de l'index jusqu'à la paume de la main (ça chatouille même pas). Frais come un gardon, qu'il était. Et dessaoulé. Puis il m'a fait aurevoir avec sa patrte et il s'est barré. J'en ai déduit que les moucherons c'est des poivrots. des collègues de travail, en quelque sorte. depuis j'aime bien les moucherons.