DANIEL LESUEUR, femme écrivain... Auteure ou autrice ?

Publié le par Les auteurs libres

Si l'on en croit l'Agence Livre et lecture de Bourgogne - Franche-Comté, ça y est, on ne dit plus "auteure" mais "autrice". C'est quand même vachement moche, je trouve. Mais apparemment aucun des deux n'a encore été accepté par nos académiciens. C'est vrai que le code Napoléon qui interdisait aux femmes de porter le pantalon n'a été aboli qu'en février 2013 !

Beaucoup de femmes écrivirent, peu furent véritablement connues : dans l'Ancien Monde, celles qui se mettaient la plume dans la main plutôt que dans le cul, étaient très mal vues… et beaucoup, pour faire passer la pilule, prirent pour pseudonyme un nom d'homme.

Les critiques du début du XXe siècle furent frappés par l'entrée en force des femmes en littérature : il s'agissat véritablement d' « un fait social » écrit Paul Flat. Les chiffres donnés par les uns et les autres sont cependant disparates et discordants : un article de 1907 dans Je sais tout affirme qu'on compte 5 000 femmes parmi les 25 000 écrivains français, toutes catégories confondues ; L'Almanach Hachette pour 1901 dénombre 519 femmes de lettres sur cinq millions d'actives. Dans un ouvrage consacré à La Femme à Paris, Octave Uzanne dénombre 2 133 femmes de lettres dont 1 211 romancières en 1894 et, lors d'une seconde édition en 1910, 3 500 dont 2 800 romancières tous publics.

Tout le monde, bien sûr, connaît George Sand. Mais qui connaît ces femmes qui prirent pour noms Georges Maldague, Max Dervioux, Raoul de Navery, Gérard d'Houville (première femme à recevoir le Grand Prix du Roman de l'Académie française en 1918), Jean Bertheroy, André Corthis... La plus connue d’entre elles au début du XXè siècle, est Jeanne Loiseau, alias...

DANIEL LESUEUR, femme écrivain

Elle est née à Paris en 1860 et y mourra en 1920. Reconnaissante, la capitale lui offrira une avenue… sauf que l’avenue Daniel-Lesueur, à Montparnasse, est une impasse.

Elle entame sa carrière de plume en tant que poète et nouvelliste sous ce pseudonyme masculin. Elle n’a que vingt-deux ans lorsque « Fleurs d’avril », un recueil de poèmes, est récompensé par l’Académie française. Au même moment, elle publie son premier roman à l’eau de rose, « Le Mariage de Gabrielle ». Elle écrira près d’une trentaine de ces romans de quai de gare : « Un mystérieux amour », « L’Amant de Geneviève », « Haine d’amour », « Au-delà de l’amour », « Chacune son rêve », « L’Honneur d’une femme », « Passion slave », « Le meurtre d’une âme », « Les Lèvres closes ».

Pourquoi en parler encore aujourd’hui, de cette Daniel Lesueur ? D’abord parce qu’elle a publié trois tomes de traductions de l’œuvre de Lord Byron (il est d’ailleurs significatif qu’elle soit plus connue outre-Manche que dans son propre pays). Ensuite parce qu’elle se voit décerner la Légion d’Honneur en 1900. A partir de cette date elle rédige un ouvrage consacré à la condition féminine dans la société du siècle naissant. Intitulé « L’Évolution féminine », il sortira en 1905, une année décisive pour elle car, au même moment, son roman « Le Masque d’amour » est adapté et joué au théâtre Sarah-Bernhardt.

Elle se marie en 1904 avec un critique d'art réputé, Henry Lapauze, et devient Jeanne Lapauze. Mais, de pause, elle ne fait pas : elle est une seconde fois récompensée par un prix de l’Académie française (1905). Elle avait déclenché, du fait de son succès et de sa reconnaissance, une véritable révolution dans le monde de l’écriture.

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