Olive Thomas (1894-1920)

Publié le par Daniel LESUEUR

Le livre Stars et starlettes du Noir & Blanc (cliquer ICi) revient sur la vie de centaines actrices aujourd'hui oubliées, dont Oliva R. Duffy dite Olive Thomas (1894-1920). Elle fut la toute première beauté immortalisée par le célèbre peintre Alberto Vargas, et la toute première flapper (« garçonne »), bien avant Clara Bow, Louise Brooks et Joan Crawford. Issue d'une famille ouvrière de la périphérie de Pittsburgh, elle est contrainte de quitter l'école pour aider sa mère et ses deux jeunes frères après la mort prématurée de son père. En avril 1911, à l'âge de 16 ans, elle épouse Bernard Krugh Thomas à McKees Rocks. Durant les deux ans de son mariage, elle aurait travaillé dans un grand magasin Kaufman de Pittsburgh. En 1914, après avoir postulé à une offre publicitaire d'un journal, elle remporte le concours de « La Plus Belle Fille de New York » et se retrouve en couverture du Saturday Evening Post. Elle danse ensuite dans le spectacle des Midnight Frolic, qui prend place aux petites heures de la nuit dans le jardin du toit du New Amsterdam Theatre. Les danseuses y portaient des ballons pour tout vêtement, que pouvaient faire éclater les hommes du public avec leurs cigares. La légende raconte qu’Oliva devint la maîtresse de Ziegfeld

mais elle découvrit bien vite qu’il la partageait avec d’autres danseuses et qu’il ne quitterait pas sa femme pour elle.

Olive signe avec la compagnie International Film pour tenir le premier rôle des films du danseur Harry Fox. En octobre 1916, elle rejoint Triangle Pictures. En référence à la compagnie, elle est alors surnommée « The Triangle Star ». En décembre 1918, elle est persuadée par Myron Selznick de signer avec la Selznick Pictures Company. Elle espère obtenir des rôles plus sérieux, en ayant plus d'influence avec son mari employé dans la même compagnie. Elle devient aussitôt la première star Selznick en incarnant la « baby vamp ». Son seul défaut était sa vulgarité, dont elle n’avait pas conscience : à une vieille dame qui admirait sa bague en diamant et lui demandait où elle avait acquis cette merveille, Olive répondit simplement : « c’est simple, la bague est le résultat de deux ou trois culbutes avec un riche juif de New York ».

Olive rencontra l'acteur Jack Pickford, le frère de Mary Pickford. Ils se marièrent secrètement le 25 octobre 1916 car la famille Pickford était opposée à une telle union. Les tourtereaux furent bientôt séparés, Jack s'étant engagé en 1917. En 1919, Olive exprimait son désir d'enfantement : « Un de ces jours nous aurons une petite famille. J'adore les enfants ». Le couple n'en eut pas mais l'année suivante ils adoptèrent leur neveu de six ans à la mort de sa mère. Dans un entretien publié en juin 1919, elle évoque aussi la mort :

- « Je pense qu'on meurt quand le temps est venu et pas avant. Je ressens la même intuition pour le reste. Je ne crois pas qu'on puisse changer quoi que ce soit à ce qui va vous arriver ni à ce qui vous est déjà arrivé. C'est pourquoi je ne m'en fais pas ».

Elle aurait dû, pourtant... puisqu'elle va bientôt mourir. À l’été 1920, Olive ayant déjà tourné dans 24 courts et long métrages, elle et son mari entendent prendre des vacances pour enfin s’offrir la lune de miel qu’ils n’avaient pu s’accorder du fait de leurs deux carrières respectives. Jack décide d’emmener Olive à Paris. Le 10 septembre, la « déesse guillerette des Ziegfeld Follies » aura passé l’arme à gauche…

Curieusement, les circonstances de sa mort sont relatées de deux manières différentes... et l'on ne saura jamais la vérité tant qu'il restera un doute sur l'objet mortel : bouteille ou flacon ? Ça change tout !

- première version : nous sommes dans le cadre hautement accueillant de l’hôtel Crillon, place de la Concorde (d'autres sources évoquent le Ritz). Le valet de chambre a dû utiliser son passe-partout pour porter le petit-déjeuner de la star internationale. Il la trouve nue près d’un manteau de zibeline, une fiole de granules toxiques encore à la main. Elle aurait donc été seule.

- seconde version : huit jours plus tôt, le couple était rentré d’une fête a une heure du matin, et Jack, fatigué - le couple devait prendre l’avion pour Londres le lendemain matin - partit s’allonger en conseillant à Olive de se coucher rapidement. Jack finit par s’endormir, mais il fut réveillé par Olive qui lui dit qu’elle avait une terrible migraine. Il lui conseilla de prendre de l'aspirine ; elle se rendit alors dans la salle de bains sans ouvrir la lumière et, quelques minutes après, poussa un grand cri. Jack se précipita, alluma la lumière et trouva Olive debout devant le miroir tenant à la main une bouteille qui n’était pas de l’aspirine, mais du bichloride de mercure, un poison violent lorsqu’il est ingéré à forte dose. Il tenta de diluer la dose en forçant Olive à boire de l’eau, se précipita à l’accueil de l’hôtel et réclama du beurre et du lait. Les cuisines étant fermées à cette heure, ils parvinrent néanmoins à se procurer quelques produits laitiers que Jack força Olive à boire. Entre-temps il avait appelé une ambulance qui conduisit la malheureuse, en proie à des convulsions, à l’Hôpital américain de Neuilly. Les médecins, très pessimistes, lui firent un lavage d’estomac par trois fois. La jeune femme souffrant horriblement, Jack ne quitta pas son chevet. Son agonie dura huit jours ; les deux derniers jours, un mieux se faisant sentir, Olive confia ses projets d’avenir à son mari. En vain : elle meurt à l’âge de vingt-cinq ans.

Cette mort subite déclencha l’un des premiers scandales d’Hollywood sans lequel le code Hays n'aurait peut-être jamais été rédigé... et le livre de Kenneth Anger, Hollywood Babylone, n'aurait pas compté autant de pages !

Les journalistes parlèrent de suicide et de violentes scènes de ménage, d’autres s’interrogèrent sur la présence d’une bouteille de mercure dans la chambre du couple. Jack expliquera qu'il l'utilisait comme désinfectant pour les toilettes : il est atteint de syphilis et le dangereux produit lui avait été prescrit par un médecin français, le traitement durant en général trois ans. Avait-il transmis la syphilis à sa femme ? C’est plus que probable…. Du coup, la police française conclut à l’accident, la femme de ménage ayant rangé côte à côte les deux flacons d’aspirine et de mercure dans la salle de bains du couple : les deux bouteilles avaient le même aspect et Olive n’avait pas allumé la lumière avant de se saisir de la mauvaise bouteille. Mais une autre version circule...

L'enquête établit qu'une sortie nocturne avait eu pour but de se procurer de l'héroïne, drogue dont le couple était dépendant. Olive se rendit à la taverne Pousset, boulevard des Italiens, un établissement doté d'une fumerie d'opium dans son sous-sol. L'actrice fut trompée par les dealers et dépouillée de tout l'argent qu'elle possédait. En manque, elle rentra à l'hôtel et avala plusieurs comprimés du produit toxique, non pas pour se suicider, mais, croyait-elle, pour se défoncer. On parla aussi de meurtre...

La mort d'Olive alimenta les médias jusqu'à ce qu'une autre « garçonne » vienne prendre sa place : Louise Brooks, dont on n'a retenu qu'un seul film, Loulou (Lulu, en version originale, inspiré de Pandora’s Box), chef-d'œuvre de Pabst longtemps amputé et censuré. Or Louise Brooks tourna dans plus de 25 films entre 1925 et 1938. L’actrice a toujours fait l’objet d’un véritable culte, mais ne fut ni Dietrich, ni Garbo (cliquer ICI).

 

 

Publié dans PEOPLE, CINEMA

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