Harry BAUR

Publié le par Daniel LESUEUR

Le livre 150 biographies insolites du XXe siècle (cliquer ICI) revient sur l'étrange destin de Henri-Marie Rodolphe Baur dit Harry Baur, né en 1880 d’un père alsacien et d’une mère lorraine. Une éducation religieuse trop stricte le rebutant, il fuit à Marseille et partage son temps entre les études, la pratique du rugby et l’apprentissage du théâtre. C’est d’ailleurs une actrice, Rose Grane, qu’il épouse en 1910 et à qui il donnera trois enfants (elle décède en 1931). C’est également une actrice, Rika Radifé, qu’il épousera en secondes noces en 1936.

Harry Baur était une immense vedette. Du fait de sa carrure, colossale, et de son talent, immense, sur l’écran on ne voyait que lui, de Beethoven (1908) à Un grand amour de Beethoven d’Abel Gance (1936) en passant par Volpone (1940). Au théâtre il avait repris en 1931 le rôle de Marius tenu par Raimu dans Fanny.

Baur fit l’objet, fin 1940, d'une campagne acharnée l'accusant d'être juif, communiste et Franc-maçon. Comme le montre le film de Joseph Losey Monsieur Klein, « cherchant à se blanchir, il ne fait qu'augmenter la suspicion des autorités vichystes à son égard ». Baur, qui doit pouvoir prouver qu’il n’est pas juif s’il veut échapper aux persécutions, produit une attestation de son origine aryenne. Goebbels reste persuadé que c’est un faux et s’acharne après lui comme Javert après Jean Valjean, rôle que Baur avait tenu dans Les Misérables (1933). C’est du moins l’une des hypothèses avancées ; il en existe d’autres :

- que Baur était véritablement juif bien que baptisé et confirmé dans sa foi chrétienne, et qu’après s’être vanté d’avoir mystifié l’Occupant, il aurait été dénoncé par un acteur jaloux (on pense évidemment à Robert Le Vigan : ils ont tourné ensemble dans Golgotha, 1935, et L’Assassinat du père Noël, 1941)

- qu’il aurait été un grand résistant, comme l’écrit Robert Aron dans l’Histoire de l’épuration

- que Goebbels ne lui aurait pas pardonné d’avoir refusé de signer le brevet lui offrant le statut de citoyen d’honneur du peuple allemand (Dictionnaire de la censure au cinéma de Jean-Luc Douin).

Son image se trouble lorsqu’il accepte de tourner en Allemagne pour la Continental, compagnie à capitaux allemands, le film Symphonie d'une vie. Il représente désormais la collaboration artistique franco-allemande. Après son retour en France une fois le film achevé, il est arrêté avec son épouse. Rika Radifé est libérée après quinze jours, ayant été reconnue de confession musulmane. Baur, lui, est mis au secret et torturé par la Gestapo. Il est relâché quatre mois plus tard, le 19 septembre 1942, ne pesant plus qu'une quarantaine de kilos (il en pesait auparavant une centaine). Il rentre chez lui et meurt le 8 avril 1943. On dit que sa femme se convertit ensuite au catholicisme, conquise par la pitié du prêtre qui avait apporté le confort spirituel à son mari durant son incarcération. Les milieux du cinéma craignant de se compromettre, peu d'acteurs assistèrent à ses funérailles.

Harry BAUR tourne un bout d'essai en 1896

Harry BAUR tourne un bout d'essai en 1896

Harry BAUR

Publié dans PEOPLE, Société, LIVRES, CINEMA

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