Un film sur Nico, pourquoi pas ?

Publié le par Daniel LESUEUR

  Nico, icône... Aviez-vous remarqué l'anagramme ?

Bon, déjà que je déteste les biopics, mais alors en plus lorsque l'actrice ressemble à Nico comme  avant janvier 2017 Fillon ressemblait à De Gaulle, moi je préfère relire sa bio (à Nico, pas à Fillon) dans un excellent bouquin (cliquer ICI pour le feuilleter, voire l'acheter en livre papier ou en e-book)

Pour un artiste, il y a pire que la chute de popularité, c'est la chute... tout court ! Christa Päffgen (1938-1988), Allemande qui renie sa nationalité, débarque à Paris et fait la connaissance du photographe Tobias qui la surnomme Nico d'après le prénom de son amant, le réalisateur Nico Patatakis. Elle pose pour des magazines de mode (Vogue, Jardin des Modes, etc.). En 1959, alors qu’elle traînait sur les plateaux de « La Dolce Vita », elle attire l’attention de Fellini qui lui offre immédiatement un rôle. Elle va ensuite partager sa carrière entre Paris et New York car là-bas elle s’est inscrite aux cours du célèbre Lee Strasberg, celui-là même qui avait révélé le talent de Marilyn Monroe et eut ou aura également pour élèves James Dean, Dustin Hoffman, Sidney Poitier, Marlon Brando, Al Pacino et Robert de Niro. Rumeur ! Nico inspire, paraît-il, Bob Dylan qui, pour elle, écrit le superbe « I’ll Keep it with mine ». Or il semblerait qu’il avait déjà proposé la chanson précédemment à Judy Collins.

En Grande-Bretagne, elle évolue dans l’entourage des Rolling Stones dont le membre fondateur Brian Jones lui permet d’enregistrer son premier 45-tours en 1965 (« I’m not sayin’ », un échec commercial). Un échec commercial mais son timbre de voix, très grave, n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd : Andy Warhol lui propose, en alternance avec Lou Reed, de chanter dans le groupe qu’il a monté de toutes pièces, le Velvet Underground.

  • J’ai conseillé à Andy de prendre Nico comme chanteuse, ce qui les rendrait meilleurs, car ils étaient franchement nuls (…) Lou Reed était tellement jaloux de son talent nettement supérieur au sien qu’il refusait de lui donner des compositions à interpréter. J’ai été le manager de Nico et du Velvet pendant des années. C’était elle que je préférais dans le groupe. Non seulement parce que c’était une interprète merveilleuse avec une voix magnifique, profonde, mais

  • parce que sa personnalité sur scène en tant que chanteuse était elle aussi remarquable. (…) Mais elle était autodestructrice et elle est tombée dans la drogue, qui a été son bourreau. Elle a commencé à déraper et à chanter avec des chuintements immondes du genre « ouhouhouhouu », des gémissements pleurnichards, atroces et stupides. C’est si triste, en un rien de temps elle s’est retrouvée incapable de chanter correctement et encore moins d’écrire des textes intelligents (Paul Morrissey interviewé par Fabrice Gaignaut, Egéries sixties, Fayard, 2006).

  • Il semble cependant que Reed, trop arriviste, l’ait poussée vers la sortie et que les autres membres du Velvet Underground n’aient pas fait grand-chose pour la retenir : « Ce sont des ordures, ce sont vraiment des ordures. Je n’ai aucun contact avec eux, çane m’intéresse pas, parce qu’ils m’ont virée d’une manière rouge, plutôt que bleu, ou plutôt vert. C’est ça, ils m’ont virée vert, même pas rouge » (Rock’n’roll musique n°10, janvier 1978).

    Après son départ du Velvet, Nico va enregistrer en solo des albums sombres et glacials (« The Marble Index » en 1969, « The Desert Shore » en 1970). Seul le premier, « Chelsea Girl » (1967), qui aurait dû n’être qu’une parenthèse dans sa carrière au sein du Velvet, aurait pu être accessible au grand public.

    Ses amants célèbres sont innombrables. En 1962, elle avait eu une liaison avec Alain Delon ; de cette liaison est né un fils que l’acteur refusa de reconnaître bien qu’il en confia la garde à ses propres parents. Nico passera ensuite entre les bras de nombreuses stars dont Tim Buckley et surtout Jim Morrison, dont elle reprend « The End » en 1974. De 1970 à 1979 elle vit avec le réalisateur Philippe Garrel et s’illustre dans ses films, dont le mythique « La Cicatrice Intérieure » (1972). Son dernier compagnon sera le chanteur punk John Cooper Clark : le 18 juillet 1988, à Ibiza, elle est victime d’une insolation. Elle part quand même à vélo, fait une chute et meurt d’une hémorragie cérébrale. Elle aurait eu 50 ans trois mois plus tard. Elle est enterrée à Berlin. Ses copines des années 60 l’ont peu regrettée, comme en attestent ces deux témoignages recueillis par Fabrice Gaignaut (Egéries sixties, Fayard, 2006) :

  • Amanda Lear : « Comme toujours complètement abrutie avec sa grosse voix monotone d’outre-tombe et d’outre-Rhin ».

  • Zouzou : « Je n’aimais pas du tout Nico parce qu’elle tenait des discours fascistes. Je me souviens d’un concert… Le rideau s’est levé, elle s’est redressée, la main tendue faisant le salut hitlérien et en hurlant « Heil Hitler ». Puis elle s’est mise à entonner « Deutschland über Alles ». C’était de la provocation au trois centième degré mais je n’ai pas trouvé ça amusant du tout. Je suis sortie de la salle, écoeurée. Je n’ai rien dit à sa mort parce que tout ce que je pouvais dire de Nico, c’était négatif. A ses débuts chez Catherine Harlé, elle nous faisait croire qu’eller était suédoise. Elle ne voulait surtout pas dire qu’elle était allemande. Mais dès qu’elle avait un verre dans le nez elle débloquait en allemand. On a alors compris qu’elle mentait. »

  • Valérie Lagrange : « Elle était glaciale et je n’ai jamais vraiment réussi à parler avec elle. J’aime la générosité, l’ouverture, le partage. Est-ce que Nico incarnait ça ? Je n’en suis pas certaine ».

 

 

Publié dans musique, PEOPLE, CINEMA

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