François CUSSET : un bien brillant cerveau

Publié le par Daniel LESUEUR

    ... et ça fait fichtrement plaisir lorsque, de temps à autre, on parle dans les médias de gens qui le méritent. Ces jours-ci ce sont France Culture, Télérama, Libé et La Tribune qui nous incitent à découvrir et acheter le Déchaînement du monde de François CUSSET.

 

Dans un de mes précédents livres (John Wayne GACY le clown tueur (CLIQUER ICI) je faisais remarquer que le phénomène du serial killer connut un temps d'arrêt pendant toute la durée de la Seconde Guerre mondiale. Alors... VIVE LA GUERRE ? C'est ce genre de conclusion couillonne que livre un type comme Steven Pinker dans La Part d'ange en nous : notre société est en passe de devenir le "meilleur du monde" car les guerres tuent moins.

Heureusement que François CUSSET est là pour remettre... les pendules en place avec son livre le Déchaînement du monde (la Découverte), expliquant que la violence n’a pas reculé, mais qu'elle a simplement changé de visage. Elle n’est plus irruption soudaine, mais elle infuse notre quotidien. Elle n’est plus un accident mais un rouage de notre système. Encouragés par le marché, nous sommes devenus de «nouveaux sauvages».

La violence psychique a toujours été indissociable de la violence physique. Ce qui me semble nouveau c’est qu’elle est désormais une condition explicite, légale, managériale, prévue et théorisée, du fonctionnement d’ensemble du système. Là où la violence psychique relevait de l’exception, elle est aujourd’hui l’ordinaire. Elle n’est plus l’œuvre d’un patron sadique, elle est le rouage clé d’un système fondé sur l’accélération, la pression, la performance, la permanence de la précarité.

Même les guerres aujourd’hui ont rejoint l’ordinaire : un quart de siècle au Congo, déjà huit ans en Syrie. Elles sont désormais tout à fait compatibles avec le développement économique et les échanges commerciaux.

Toutes ces violences appartiennent à une même dynamique…

Un ferment majeur les relie : la violence de l’économie, et la consigne qu’elle nous donne de nous lâcher. Tout le monde aujourd’hui est incité à se lâcher. Se «lâcher» n’est plus un trait psychique singulier mais une injonction, présentée comme la condition de l’épanouissement intime et collectif. «Libérer les énergies !» : on comprend mieux le slogan macronien, néolibéral et très suspect, à la lumière d’une tradition intellectuelle - la psychanalyse, Bataille ou Baudrillard - qui analyse les rapports sociaux en terme d’énergies affectives. Nos énergies pulsionnelles, il faudrait les intensifier, les optimiser pour en tirer le plus grand profit. Regardez le syndrome Trump-Sarkozy : insultant les femmes ou les immigrés, lançant du «casse-toi pauvre con», ces hommes politiques ne se contrôlent plus, et sont appréciés pour cela et non malgré cela.

Publié dans Société, LIVRES

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