Le discours historique de Françoise ROSAY, 22 septembre 1939 (2è partie)

Publié le par Daniel LESUEUR

Le discours historique de Françoise ROSAY, 22 septembre 1939 (2è partie)

- " j'ai vu vos foyers dispersés par les exigences d’un parti impitoyable qui vous prenait vos filles et vos garçons pour les faire défiler en des parades théâtrales, au lieu de vous laisser leur donner l’exemple du travail bien compris et de l’économie domestique ; j’ai vu la délation s’installer dans vos maisons, les parents craindre les propos de leurs enfants, les amis se méfier les uns des autres ; j’ai vu enfin les femmes délibérément sacrifiées aux hommes : pour eux, les places, les parades, les succès ; pour elles, la cuisine et les enfants ; pour eux, les costumes clinquants ; pour elles, les robes misérables ; pour eux — ceux du parti — les Mercédès rutilantes, les palais, le caviar ; pour elles, les économies, le problème angoissant de vêtir décemment des enfants trop nombreux et de les nourrir avec des denrées médiocres et rationnées... Tout cela je l’ai vu de mes propres yeux. Et là, femmes allemandes, je ne vous ai plus comprises... Je vous demande si le fait de tout accepter sans esprit critique — des hommes qui vous dominent — n’est pas de la faiblesse, et si vous ne rempliriez pas mieux votre devoir de citoyenne et de mère en relevant parfois la tête, au lieu de demeurer courbées devant l’erreur... Car l’erreur, l’abominable erreur s’accomplit comme jadis.

Cette fois encore le destin de toutes les vies allemandes va se trouver sacrifié à l’erreur d’un seul. Femmes allemandes, on vous cache la vérité !

Exigez-la pour combattre cette grande erreur. Vous avez le droit de l’exiger, c’est même votre devoir... Mais cette vérité, quelle est-elle ? Je ne veux pas vous faire l’injure de mettre en doute les paroles de votre Führer, le chancelier Adolf Hitler, mais je voudrais attirer votre attention sur les contradictions suivantes :

- Le 6 septembre 1938, dans son discours au Palais des Sports, Adolf Hitler déclarait :

— J’ai proclamé, et je le répète ici, qu’à l’instant où la Tchécoslovaquie aurait réglé ses problèmes, ce qui signifie que lorsque les Tchèques se seraient mis d’accord à l’amiable et sans pression avec leurs autres minorités, je ne serais plus intéressé à l’Etat tchèque, El cela je le garantis. Nous ne voulons pas de Tchèques ! Il reçut les Sudètes et, au mépris de sa parole, le 15 mars 1939, il envahissait et occupait la Tchécoslovaquie par la force des armes.

- Hitler avait conclu avec la Pologne un pacte de non-agression de dix ans et avait garanti ses frontières. Le 12 septembre 1938, il déclarait solennellement :

— L’.Allemagne a donné l’assurance qu’elle considère ces frontières comme intangibles et définitives, afin de donner à l’Europe le sentiment de la sécurité et de la paix.

Le 1er septembre 1939, il lançait ses armées sur la Pologne imparfaitement préparée.

Le 20 février 1938, Hitler disait textuellement ;

— Il n’y a qu’un seul Etat avec lequel nous n’ayons pas cherché à avoir des relations et avec lequel nous ne souhaitons pas entrer en relations plus étroites, c’est la République des Soviets.

Le 23 août 1939, le même Hitler concluait avec les mêmes Soviets un pacte de non-agression ; aujourd’hui, ce pacte devient une alliance. Qu’adviendra-t-il de cette alliance ?... Moi, je l’ignore !...

.Mais Hitler en a prophétisé les effets :

Le 3 janvier 1937, Il disait :

— Car je crains, pour n’importe quel peuple, que le fait d’accepter l’appui des Soviets ne soit le signal de sa destruction.

Ces mots sont les siens... Ces actions sont les siennes... Son livre, la radio, les films en témoignent. Comparez-les et voyez... Si cet homme n’a pas menti, cet homme s’est trompé !

Enfin, le 2 septembre dernier, aux offres de négociation hautement compatibles avec l’honneur allemand, Hitler a répondu par l’invasion de la Pologne.

De lui seul dépendait la paix... Il a choisi la guerre.

Allez-vous sacrifier vos maris, vos enfants à une nouvelle erreur ?

Femmes, je vous adjure de réfléchir. Si vos yeux ne sont pas ouverts aujourd’hui, ils s’ouvriront bientôt. Nul ne peut arrêter la vérité. Elle arrivera jusqu’à vous malgré vos forteresses, malgré les murs de vos prisons, malgré les rigueurs de vos censures... Mais alors, femmes allemandes, il sera trop tard. Vos fils seront morts, votre patrie morcelée ; il ne vous restera plus, comme en 1918, qu’à pleurer d’humiliation, à regretter votre aveuglement et à vous reprocher jusqu’au tombeau votre asservissement à des époux égarés. Femmes allemandes, je vous ai parlé avec ma conscience. Je prends la responsabilité de chaque mot que je vous ai dit. Je suis Françoise Rosay, je suis la mère de trois grands garçons...

Publié dans Histoire

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