Lorsque la France dominait les hit-parades du monde entier...

Publié le par Daniel LESUEUR

« Dominique » en 1964... « Je t'aime, moi non plus » en 1969. et ensuite plus un succès français à l'étranger jusqu'aux années 80. Mais le temps perdu fut vite rattrapé !

Ce regain d’intérêt des marchés étrangers pour la chanson d’origine française est un effet de la naissance de la FM en 1981… même si cela prit plusieurs années : les artistes et les studios d’enregistrement furent dans l’obligation de se conformer plus ou moins rapidement aux nouvelles sonorités, ce qu’on appelle « le son FM »… et également à la législation concernant les quotas.

Ce fut long

Dix ans après l’ouverture de la bande FM, le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel, qui a succédé à la CNCL - Commission nationale de la communication et des libertés- qui elle-même avait remplacé la Haute Autorité de la Commission Audiovisuelle) décida en 1991 d’obliger les RLP (radios locales privées) à respecter un certain quota de chanson française ou régionale fixé à 20%.

Une mesure salutaire pour la chanson de variété d'expression française

Les artistes qui, jusqu'alors, n'avaient pas grand espoir d'être entendus, retrouvèrent l'espoir. L'émulation fit le reste pour permettre à notre production discographique de s'exporter et à nos studios d'enregistrement d'acquérir rapidement une qualité de rang international :

- On doit à la bande FM dans son ensemble la qualité du son. Auparavant, la chanson mêlait des paroles et de la musique. Depuis l'arrivée de la FM, il y a le son en plus. Et en France nous ne sommes pas vraiment mauvais puisque des groupes anglo-saxons viennent enregistrer leurs disques dans nos studios (Patrick Renault, délégué à la communication pour la SACEM interviewé en 1987 par Jean Bénetière et Jacques Soncin).

La conquête des marchés étrangers

Malgré un démarrage un peu lent dans les hit-parades, Voyage voyage (1986) par Desireless (de son vrai nom Claudie Fritsch), réalise la conquête d’un véritable marché international (notamment n°4 en Angleterre). Un public averti l'avait découverte sous le nom de Air avec un premier single, Qui sommes-nous ?

C’est l’explosion !

F.R. David avec Words (N°2 en Angleterre, N°1 en Allemagne, N°2 aux Pays-Bas), France Gall avec Ella, elle l'a (N°1 en Allemagne), Stéphanie de Monaco avec Ouragan (N°2 en Allemagne), Quentin Dupieux alias Mr. Oizo avec Flat beat (N°1 en Angleterre), Caroline Loeb avec C'est la ouate etc.

Le cas Paradis

Joe le taxi s'est vendu à trois millions d'exemplaires ; sorti le avril 1987, il est n°1 en France en juillet-août et se vend en outre à près de 650 000 exemplaires à l'étranger (3ème en Angleterre, 8ème en Allemagne, 1er en Suisse, au Canada, en Israël et en Belgique, 5ème en Italie, 7ème en Suède). Elle réitère avec Be my baby (6ème en Angleterre).

Mais les autres ?

Yves Duteil, interrogé en 2002 par Platine (n°92) restait plus que sceptique :

- Quand il n'y a pas une véritable volonté, on peut faire passer des lois, mais elles ne changeront pas grand-chose. Il n'y a aucune volonté aujourd'hui dans les radios d'être le reflet de la diversité. D'ailleurs, s'il y a eu une loi, c'est bien qu'il y avait une défaillance d'une profession. Je vais donner deux chiffres qui vont vous éclairer : en 1995, on a diffusé sur les 30 principales radios françaises 56 300 titres différents. En 2001 ce chiffre était tombé à 16 400, soit une diminution de 71%. En ce qui concerne le nombre d'artistes, en 1991 on en diffusait 31 000 différents ; en 2001, seulement 5290, ce qui signifie une baisse de 83%.

- Vous avez pourtant été à l'origine des quotas en France...

- Oui, mais pas derrière les mesures d'assouplissement qui n'ont pas atteint leur but et ont eu, de plus, des effets pervers. Par exemple, les quotas imposent un nombre de chansons. Comment lutter contre les radios qui contournent la loi en ne passant qu'une minute par chanson au lieu des trois ou quatre qui font sa durée d'origine ?

Hélas le CSA dut bientôt se rendre à l'évidence

De nombreuses radios ne jouaient pas le jeu. La loi du 1er février 1994 entrant en vigueur le 1er janvier 1996 instaure alors un quota de 40% dans la tranche horaire de 6h30 à 22h30 et précise que la moitié doit être consacrée à de nouveaux artistes, c'est-à-dire ceux qui ont vendu moins de 100 000 disques, ce qui oblige les programmateurs à opérer une véritable traque du talent.

Publié dans musique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article