Années soixante : Chanteuses étrangères ayant enregistré en français (8)

Publié le par Daniel LESUEUR

Années soixante : Chanteuses étrangères ayant enregistré en français (8)

Israël

Malgré sa participation au Grand Prix de l'Eurovision en 1963 et, l'année suivante, plusieurs disques intéressants au style résolument romantique et interprétés en français, Esther Ofarim n'est pas parvenue à s'imposer en France. C'est finalement en 1968 qu'elle accède au hit-parade international en interprétant Cinderella Rockefella en anglais et en duo avec son mari Abi.

Sa compatriote Daliah Lavi (de son vrai nom Daliah Lewinbuk) est une actrice israélienne née en 1942. Maîtrisant plusieurs langues, elle chante et joue dans cinq films en français (dont Candide en 1960 avec Dario Moreno, Jean-Pierre Cassel, Jean Poiret, Michel Serrault), en anglais (en 1967 elle est une James Bond girl dans Casino Royale) ; on la voit également en Espagne, en Italie et surtout en Allemagne où elle a depuis concentré sa carrière. Son talent n’a pas séduit le public français et ses 45 tours restent rares (Un soir à la plage).

Esther Galil, qui avait publié son premier EP en 1966 sous le nom de Jackie Galil, reste à jamais l'inoubliable interprète de Le Jour se lève. Israélienne d'origine marocaine née en 1945, elle aurait pu devenir la Janis Joplin française. Elle s'installa à Los Angeles où elle devint une artiste peintre reconnue.

Afrique du Nord

Allegria Banon est née à Casablanca (Maroc) en 1951. Sa mère, une ancienne danseuse, est organisatrice de spectacles. Rien d'étonnant, alors, à ce que la petite Allegria soit précoce, pour ne pas dire enfant prodige : elle remporte son premier prix de chant et de danse à l'âge de trois ans ! Le roi Mohamed V, qui a eu l'occasion de l'applaudir, la surnomme la Reine, Malika en marocain. Elle conservera ce surnom à titre de pseudonyme jusqu'à l'âge de onze ans. Vedette confirmée dans son pays natal, elle attire l'attention de Lee Hallyday, le cousin de Johnny, qui lui offre la possibilité d'enregistrer quelques twists dans le but de faire carrière en France. Deux super 45 tours sont publiés, hélas sans succès. Considérant que ses racines nord-africaines constituent peut-être un frein à son acceptation par le grand public, elle publie un troisième disque sous son véritable nom tout en adoptant un prénom à consonance anglo-saxonne : Maguy Banon. Mais rien n'y fait : cette fois, elle souffre de la concurrence avec deux nouvelles venues, deux rivales au style semblable au sien sur qui la maison de disque préfère miser, France Gall et Michèle Torr. Sans renoncer définitivement à sa carrière d'artiste, elle la met en sourdine au profit des études. Ce n'est que cinq ans plus tard (1968) qu'elle revient au disque avec un troisième et dernier pseudonyme, Tina, en hommage à Tina Turner dont elle reprend River Deep, Mountain High en français (Comme le fleuve aime la mer). La même année elle publie Le Temps des fleurs, titre déjà évoqué dans le présent article ; hélas Tina ne peut rivaliser avec Mary Hopkin et Dalida, autres interprètes du titre. Le succès aurait enfin pu venir en 1969 avec son interprétation d'un thème de la nouvelle adaptation cinématographique de Roméo et Juliette par Zeffirelli. Un climat très romantique qui aurait dû porter Ils croient s'aimer, ils ont raison au sommet du hit-parade. Sur le plan de la vie privée, Tina divorce ; or son premier mari était également son directeur artistique, tandis que le nouveau lui demande impérativement de renoncer à sa carrière de chanteuse. Elle s'exécute... au moins pour une poignée d'années.

Mannequin, actrice, chanteuse et icône des années 1960 et 1970, Danièle Ciarlet dite Zouzou « la twisteuse » est née en 1943 à Blida, en Algérie ; elle doit son surnom à son zézaiement et non pas, comme on le dit parfois, au titre du film de Marc Allégret en 1934.

Surnommée la Brenda Lee française, Jocelyne est un petit bout de bonne femme. Petit, car elle commence sa carrière à douze ans et demie. Petit car, hélas, la vie lui est ravie à l'âge de vingt et un ans. Née à Tunis en 1951, décédée à Bry-sur-Marne en 1972, Jocelyne Esther Journo publie sept super 45 tours et un album en un temps record (1964 - 1966), "fait" l'Olympia et une télé aux Etats-Unis avant de s'exiler au Canada pour un séjour qui, hélas, ne lui apportera pas la carrière internationale qu'elle aurait méritée. De retour en France, elle enregistre My Way (Comme d'habitude) ; le disque sort le jour de son tragique accident de moto. Rétrospectivement, sa première publicité parue dans Disco-Revue n°1 (octobre 1964) a quelque chose de prémonitoire : elle est sur un deux-roues, l'accroche indique "Un visa pour l'avenir", et le titre de la chanson est La vie c'est bon.

Bien souvent, " artiste culte " constitue une formule polie pour désigner quelqu'un totalement inconnu ! Le cas de Jacqueline Taïeb est différent : née à Carthage en 1948, elle devint une vedette dès la sortie de son premier disque qui, il faut le préciser, fut enregistré dans l'un des meilleurs studios londoniens. Elle est artiste culte car l'une des rares d'expression française à être parvenue à avoir, dans les années soixante, un certain impact sur un public outre-Manche... un public réputé à l'époque pour son protectionnisme. Mais, soyons honnête, ce "certain impact" resta au niveau du succès d'estime. Ce fut certainement très dommageable pour la carrière de la chanteuse : alors que sa chanson Sept heures du matin sortait au printemps 1967, sa version en anglais simplement intitulée 7 A.M. n'arriva chez les disquaires britanniques qu'un an plus tard. Du coup ses fans anglais avaient oublié Jacqueline (elle-même, interviewée trente ans plus tard par le Jukebox magazine, reconnut avoir complètement oublié qu'elle avait enregistré sa chanson fétiche en anglais !). Sur un seul titre (car depuis elle n'est jamais retournée au hit-parade), Jacqueline mène depuis une carrière internationale, confidentielle mais indiscutable, agrémentée de nombreuses signatures pour autrui : l'Américaine Dana Dawson à la fin des années 80 venait bien après, entre autres, Stone (La Vie est belle, 1979), Michel Fugain (Les Sud-Américaines, 1979 également) et Jeane Manson (My Happiness, 1976).

Hongrie

Hédika fut présentée (sérieusement !) comme la "rivale féminine de Johnny Hallyday". Née à Budapest, elle fait le tour du monde avec ses parents, les Penzes, qui présentent un numéro de danse acrobatique. Pendant ce temps, la gamine apprend la guitare, le piano, l'accordéon... et à chaque fois la langue du pays où elle réside quelques mois. De passage en Turquie, à quinze ans, elle est remarquée par un imprésario qui lui propose un rôle important au cinéma, dans Un gamin de la rue. Puis ses parents s'installent définitivement à Paris où elle a l'opportunité, en 1961, d'enregistrer deux super 45 tours sur lesquels elle interprète des twists : Croque la pomme, Hey Pony.

Canada

D'une éblouissante beauté, Nanette Workman publie « Et tout recommence » en 1967 sur Riviera. Elle est d’abord choriste de Johnny Hallyday, avant d’enregistrer, en 1972, Apprendre à vivre ensemble, en duo avec l’Idole ; une initiative qui, visiblement, manquait de tact aux yeux de ceux qui connaissaient sa relation avec Johnny, qui lui-même traversait une période de turbulence dans le couple qu’il formait encore avec Sylvie Vartan. Nanette, qui tenait le rôle de Sadia dans la première troupe de Starmania, a enregistré de nombreux albums, aussi intéressants les uns que les autres (notamment le 33 tours Chaude et le CD Une à une), toujours accompagnée par le gratin des musiciens internationaux... musiciens qui l’avaient cotoyée lorsqu’elle était simple choriste pour des célébrités comme John Lennon, les Rolling Stones, Elton John ou encore Joe Cocker.

Pauline Julien publie « Jack Monnoly » en 1965 sur CBS. Elle est décédée avant d'obtenir la renommée qu'elle méritait. Née en 1928, elle est d'abord comédienne. C'est en arrivant à Paris en 1956 qu'elle se tourne vers la chanson, sans qu'il lui prenne encore l'idée d'écrire ses propres textes : c'est grâce à ses poignantes interprétations de Ferré, Vian, Anne Sylvestre et Brecht qu'elle commence à se faire un nom sur la Rive gauche. A partir de là, elle effectue de nombreux allers-retours entre la France et le Canada, devenant là-bas une immense vedette, ce qui ne sera pas le cas dans l'Hexagone. On se souviendra d'elle comme d'une militante. Militante des droits de la femme ou du Québec libre, mais se battant toujours pour une cause. Elle fit ses adieux à la chanson en 1986.

Publié dans musique

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