Années soixante : Chanteuses étrangères ayant enregistré en français (6)

Publié le par Daniel LESUEUR

Années soixante : Chanteuses étrangères ayant enregistré en français (6)

Le disque, en 1960, est devenu une industrie florissante. Les marchés étrangers sont des espaces à conquérir. Nos artistes enregistrent en langue étrangère. En contrepartie, dans l'Hexagone, on presse des disques d'étrangers chantant en français. C'est de bonne guerre !

Grande-Bretagne

D'outre-Manche surgissent quelques étoiles filantes mais, pour elles, le marché américain s'avère plus intéressant, d'autant qu'elles n'ont pas besoin de faire de prouesses linguistiques pour le conquérir.

Dusty Springfield propose Demain tu peux changer et trois autres chansons en français ; les chœurs sont assurés par les Breakaways, trio vocal féminin de Liverpool à qui Dusty en personne a appris la prononciation française.

Kiki Dee, qui obtiendra un succès international avec sa version d'une chanson de Véronique Sanson (Amoureuse, 1973) enregistre Je vais partir loin de toi et C'Est Bien Mieux Ainsi en 1967.

Helen Shapiro sait jouer à merveille de sa voix chaude pour séduire le cœur des Français et, dans une plus large mesure, celui des Anglo-Saxons : en 1961, elle est deux fois n°1 du hit-parade britannique avec You Don't Know et Walkin' Back To Happiness, dont la version française, Je reviens vers le bonheur, profite à sa rivale Gillian Hills. En 1962, elle enregistre quatre titres en français, dont Tout ce qu'il voudra, adaptation de son troisième tube, Tell Me What He Said... mais se fait "griller la politesse" par les Chats Sauvages dont la version Tout ce qu'elle voudra remporte tous les suffrages. Dans la foulée, elle part en tournée avec les Beatles qui, paraît-il, écrivent à son intention « Misery » qui figurera sur leur premier album. Or, bien longtemps après, Helen révélera que jamais on ne la lui fit écouter et qu’elle regrette amèrement de ne pas avoir été la première à enregistrer une chanson signée Lennon-McCartney : à partir de 1964, en effet, Helen est victime de la vague pop générée par le groupe de Liverpool. Elle n’a pourtant que 18 ans, mais elle est déjà passée de mode, tout comme sa compatriote Louise Cordet, filleule du prince Philip, duc d’Edinbourg, qui, fin 1962, obtenait un succès prometteur avec « I'm Just A Baby ».

Louise Cordet

Elle aussi, avec Helen Shapiro et Petula Clark, compta parmi les premières à chanter les Beatles : en 1963, sa version de « From me to you » est contemporaine de celle des Fab Four. De parents français, elle n’eut aucune peine à enregistrer neuf chansons dans notre langue, dont son hit (« Je n’suis qu’un baby »)… ce qui n’eut toute fois aucune incidence positive sur sa renommée en chute libre. C’est elle qui, en 1965, coacha Marianne Faithfull au moment d’enregistrer son premier disque en français.

La plus turbulente de la bande des filles issues du British beat fut certainement Marianne Faithfull… Fille d’aristocrates née en 1946, elle attire l’attention des Rolling Stones qui lui proposent d’enregistrer une de leurs compositions avant qu’eux-mêmes ne la publient, “As Tears go by”. Le succès est immédiat (n°9 en Grande-Bretagne en 1964). Marianne est même l’une des rares chanteuses anglaises à impressionner les Américains. Dans la foulée elle enregistre neuf chansons en français (« A bientôt nous deux », « Coquillages », « Les Parapluies de Cherbourg »...) ; pas suffisamment, hélas, pour justifier, chez Decca, la publication d’un album.

Marie McDonald McLaughlin Lawrie… Un peu long pour faire carrière dans la pop music ! La jeune Ecossaise née à Glasgow en 1948 prend le pseudonyme de Lulu. En 1964, alors qu’elle n’a que quinze ans, son premier disque, sa version du « Shout » des Isley Brothers (1959) grimpe à la 7è place en Angleterre (et seulement 94è aux USA). Au départ elle a un groupe qui l’accompagne, les Luvvers, mais s’en sépare rapidement pour faire carrière seule. Elle s’éloigne du rock mais garde la confiance du public qui achète en masse ses 45-tours, qu’il s’agisse de slows comme « To Sir With Love », n°1 aux Etats-Unis en 1967, ou de franche variété tel ce « Boom Bang-A-Bang » qui remporte le Grand Prix de l’Eurovision en 1969 et qu'elle a l'impudence d'enregistrer en français (titre inchangé).

Dana Gillespie apparut en vamp sur la pochette de son album de 1973, « Weren’t Born A Man » (ça, on n’en doute pas). La pulpeuse interprète était à l’époque dans un trip bowiesque, bien éloigné du style de ses débuts. De son nom complet Richenda Antoinette de Winterstein Gillespie (ouf !), elle est une authentique baronne autrichienne née en 1949 dans le sud-est de l’Angleterre. A 14 ans, elle a déjà couché avec David Bowie. Au milieu des années soixante, grâce à son petit ami le chanteur de folk Donovan, elle enregistre ses premiers disques dans l’indifférence la plus totale malgré un premier single produit par Jimmy Page (« Thank You, Boy », 1966) et même un 45-tours en français (« Tu N’As Vraiment Pas Changé », de Donovan, et « Il M'Aime, Il Ne M'Aime Pas », 1968). Sa plastique généreuse (son tour de poitrine avoisinait les 112 centimètres) lui permet de décrocher des petits rôles dans des petits films, notamment « Le Continent Perdu » (1968).

Sandie Shaw, "la chanteuse aux pieds nus", recueille chez nous énormément de succès (Mais tu l'aimes, Tu l'as bien compris, etc.) surtout après avoir remporté en 1967 le Grand Prix de l'Eurovision (Comme un tout petit pantin).

Mary Hopkin, jeune Galloise parrainée par les Beatles, obtient en 1968 un succès mondial avec Those were the days et l'enregistre en français, devenant Le Temps des fleurs. Mary triomphe haut la main, bien que talonnée par les versions de Dalida, Tina et Yvan Rebroff, un pseudonymepour cet Allemand qui veut passer pour russe. Mary enregistre ensuite Un Prince en Avignon, superbe chanson de Jean-Pierre Bourtayre composée en hommage à Gérard Philipe. A l'origine, la chanson fut proposée à Mireille Mathieu, qui la refusa pour ne pas trop évoquer sa ville de naissance et attendit vingt ans avant de l’enregistrer. Entre-temps, la chanson avait été brillamment interprétée par la canadienne Fabienne Thibault et précédemment par Esther Ofarim, chanteuse israélienne de renommée internationale.

Publié dans musique

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