Se masturber rend sourd… mais pas aveugle

Publié le par Daniel LESUEUR

Que n'a-t-on dit... ou plutôt pas dit sur la masturbation, sujet tabou s'il en est, au même titre que "Pour qui tu votes, toi ?" ou "Tu gagnes combien, par mois ?". Même au bistrot à l'heure de l'apéro, le sujet est rarement abordé.

« La masturbation rend sourd »

Le site santé-médecine.net nous apprend que cette idée fausse circule depuis le 18è siècle. Et l’on entend déjà les quolibets qui ont dû circuler sur le compte de Beethoven (le compositeur, pas le chien) dont un humoriste déclara qu’il était tellement sourd que toute sa vie il avait été persuadé qu’il faisait de la peinture. Le pauvre n'entendait rien d'autre que ses oreilles siffler.

Etude comparative

Google, référence en la matière, souligne à quel point il est difficile de se renseigner sur la masturbation. Soyons concret : tapez « manger » et vous obtenez 511 millions de réponses… Tapez « dormir », 151 millions de réponses. En revanche, « éternuer » est au bas du hit-parade, avec seulement 41 000 réponses. Conclusion basique au regard des chiffres que nous vous communiquons : manger et dormir sont plus importants que faire l’amour… mais se masturber est plus important qu’éternuer.

Tapez "faire l'amour", 37 millions... contre 80 millions 600 000 réponses pour "masturbation". Du simple au double !

Quelle conclusion en tirer ?

37 MILLIONS CONTRE 80 MILLIONS... Il y a deux fois plus d'écrits sur l'acte solitaire que sur l'acte en couple. Se masturber consiste à faire l’amour tout seul, ce que confirme Woody Allen : « Se masturber c’est faire l’amour avec quelqu’un qui vous aime réellement ».

Paradoxalement, ce n'est pas sur Google, mais dans la France profonde, la fameuse « France d’en bas » de monsieur Raffarin qu’il faut puiser l’information, la vraie, celle à laquelle on peut faire confiance. Le dossier le plus complet sur la masturbation se trouve sur le site En Beauce.com :

« La masturbation ne rend pas sourd. Au contraire, lors de cette pratique solitaire, un bon nombre de personnes ont tendance à avoir l’ouïe plus aiguisée. La peur de se faire surprendre à se masturber peut expliquer le fait d’être sur ses gardes en écoutant plus attentivement le moindre bruit. Encore de nos jours, une panoplie de fausses croyances est véhiculée concernant la masturbation et, malheureusement, la pensée ou l’acte de se masturber semble être encore synonyme de culpabilité et de plaisir honteux ».

Là ou ça se complique, tout en soulignant la beauté du vocabulaire, c’est lorsqu’on fait l’amour tout seul mais à plusieurs. Au cinéma, par exemple.

Se masturber au cinéma : un moindre mal

D’abord, faisons la nuance entre « au cinéma » et « dans un cinéma ». « Au cinéma », c’est dangereux, pas directement devant la caméra, mais quand on rentre chez soi. forcément, on confond pellicule et vie réelle, comme en atteste le décès de l’acteur David Carradine qui associait son plaisir solitaire sexuel à la strangulation. Mais c’était dans sa penderie qu'il s'est pendu ; il y a donc une logique qui n’échappera à personne.

Recentrons le débat sur la masturbation « dans » un cinéma. Et là se pose la question : la masturbation rend-elle sourd ?

Un début de réponse nous est apportée par le journaliste Benjamins Gans : le sous-titrage de films X pour sourds et malentendants a été rendu obligatoire par le CSA (Conseil supérieur de l'Audiovisuel) depuis le 12 février 2010. A ceux qui auraient du mal à imaginer les Neuf Sages (c'est ainsi qu'on nomme la tête du CSA) se pencher sur la question, rappelons leur mission : "Le CSA est compétent pour examiner les éventuelles difficultés de réception des programmes rencontrées par les auditeurs et les téléspectateurs". Effectivement, pour un sourd, ne pas entendre les dialogues d'un film X est une "difficulté de réception". Mais revenons à Benjamin Gans qui est à Rocco Siffredi ce qu'est Henri Guaino à Nicolas Sarkozy.

Benjamin Gans, c'est lui qui le dit, se prétend le Christophe Colomb des temps modernes, le Neil Amstrong de l'audiovisuel car, à la demande de Canal +, il a sous-titré le film « Les Coquines de l'île de beauté ».

Le premier sous-titrage en français d’un film… français

Pas si facile qu’on croit, car on n’est pas chez Bergman, là c’est plutôt « Cris et sussottements ». Bref Benjamin Gans doit sous-titrer, non pas des dialogues, mais des bruits.

Quelques exemples : inscrire, en bas de l'écran, "râle de jouissance" ou "jouissance intense" quand l'acteur éjacule sur le visage de sa partenaire, "claquements de fesses" pour signifier le bruit d'un postérieur féminin frappant contre un torse masculin, "bruit de succion" pour un dévorage de poitrine.

Difficile de savoir si Benjamin Gans est favorable au report de la date légale du départ à la retraite : être payé jusqu’à 62 ou 64 ans (au lieu de 60) pour visionner des films X… Pénibilité du travail ?

Se masturber rend sourd… mais pas aveugle

Publié dans Société et modes

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