Les méconnues du 20è siècle: Yvonne George

Publié le par Daniel LESUEUR

L'interprète la plus bouleversante de l'entre-deux guerres, mais pas la plus connue aujourd'hui, c'est elle, Yvonne de Knops, dite Yvonne George.

Une étoile filante, mais quel brillant !

Née à Bruxelles (1896), c'est là qu'on la découvre. Immédiatement "importée" à l'Olympia, elle déclenche sifflets et huées. Elle chantait « J'ai pas su y faire » !

L'auteur Michel Vaucaire révèle qu'elle était sa chanteuse préférée mais que, droguée à mort, elle arrivait souvent sur scène en titubant, "ombre de velours vert s'accrochant au rideau pour ne pas tomber" (Jean Tranchant) et en s'embrouillant dans son texte.

Son tour de chant est si controversé que des bagarres éclatent fréquemment dans la salle. Que lui reproche-t-on ? D'être une intellectuelle !

Ses défenseurs sont nombreux, passionnés et illustres : Jean Cocteau, le prodigieux dialoguiste de cinéma Henri Jeanson et le célèbre compositeur Georges van Parys, qui l'accompagnait au piano, et qui voyait en elle "une femme exceptionnelle" :

- Deux yeux admirables dans un visage tourmenté dont les tics à peine perceptibles viennent accuser le tragique. Un léger rictus de la bouche trahit parfois l'amertume ou l'ironie. Il émane d'elle une féminité sauvage ; puis le regard de biche traquée s'anime, s'éclaire et laisse éclater une telle intelligence qu'on est vite rassuré.

Elle ne changera pas !

Ce sera au public de devoir s'habituer ; c'est chose faite en 1926 lorsque la chanteuse obtient un fameux succès avec « Nous irons à Valparaiso (goodbye, farewell...) » qu'elle aura mis six ans à imposer.

S'il ne devait rester qu'une seule chanson du vingtième siècle, optons pour sa version de "Pars". Et elle partit prématurément, Yvonne George, à l'âge de 34 ans, ravagée par la tuberculose et la morphine, après un dernier voyage vers le soleil dans l'espoir de guérir. On la retrouva morte dans une chambre d'hôtel du port de Gênes.

Elle avait été la muse de Robert Desnos

Le célèbre poète surréaliste vécut avec elle un amour impossible (c’est pour elle qu’il écrivit « J’ai tant rêvé de toi »). C’est elle qui lui fait goûter à l’opium. C’est également en pensant à Yvonne que Desnos écrivit « La Liberté ou l’Amour », ouvrage condamné pour obscénité par le tribunal de la Seine. Il semble malheureusement qu’il n’existe pas de documents filmés la concernant.

Et en ce qui concerne sa discographie, le constat est déprimant : une quinzaine de chansons, un point c’est tout (les pointilleux vous diront 22, mais c’est faux : ce nombre tient compte des versions différentes de la même chanson. Par exemple, trois versions de « J’ai pas su y faire », deux versions de « Adieu chers camarades », etc. Elle enregistra également « Je te veux » qu’Erick Satie avait composé pour Paulette Darty. Mais tout cela fait bien peu. Or son répertoire était composé de près de 200 chansons. Des trésors disparus à jamais ? Rêvons qu’un collectionneur un jour ouvre ses archives… Mais n'y comptons pas trop : à cette époque, le magnétophone n’existait pas. Il est à craindre qu’aucun document ne fasse un jour surface.

Les méconnues du 20è siècle: Yvonne George
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