Les méconnues du 20è siècle : Irène Bordoni (2è partie)

Publié le par Daniel LESUEUR

Les dernières années de la vie d'Irène Bordoni

Cette star internationale aujourd'hui totalement oubliée était montée trop haut, trop vite. La chute s'amorça dès 1930, elle termina sa vie dans l'anonymat

Petite, brune et ronde, elle ressemble à Betty Boop.

En 1928, elle est à l’affiche dans «Paris», premier film sonore et partiellement colorisé. Un film au succès immédiat… mais pas durable. La dure réalité La Warner, qui avait investi beaucoup d’argent dans ce film, déchanta lorsqu’elle constata qu’elle n’était pas rentrée dans ses frais. Immédiatement, l’image d’Irène ternit et l’on hésita désormais à lui confier de grands rôles.

Après des années vingt flamboyantes, des années trente chancelantes.

Son retour à l’écran, d’ailleurs, ne se fera qu’en 1937. Et encore n’a-t-elle un rôle (celui d’Irene Wrainwright) que dans un court métrage, « Du Barry did all right ». Pas de quoi la ramener au premier plan. La suite n’est guère plus engageante : certes elle tient le rôle de madame Yvonne Bordelaise dans le film à succès « Louisiana Purchase » (« L’Achat de la Louisiane », 1941)… mais son nom apparaît en petit sur l’affiche. Allait-elle pouvoir remonter la pente en retournant à sa passion première, la Revue?

Chanteuse de talent, ravissante de surcroît, elle avait eu d’innombrables admirateurs qui se déplaçaient parfois de fort loin pour venir l’acclamer. Jusqu’à Cole Porter qui avait placé son nom dans les paroles de « You’re the top », l’une de ses chansons : You’re the eyes of Irene Bordoni. Mais Irène avait vieilli, elle ne pouvait plus continuer à symboliser la « petite » Française…

Une anecdote révélatrice

Dans son livre « Vivre deux fois » (Robert Laffont éditeur, 1977), Georges Tabet explique à quel point on avait oublié Irène, et même à New York où se déroule l’histoire qu’il rapporte: Ladies and gentlemen, your attention please… Chacun se tut, intrigué. Qui allait-on annoncer comme artiste visiteur? Les regards se portaient de tous côtés.

« Vous la connaissez ! Vous l’aimez ! Vous avez adopté cette Française par amour ! ». Irène Bordoni devint rouge de plaisir. Elle rectifia les ondulations de sa coiffure pendant que le présentateur poursuivait : « Ladies and gentlemen, regardez, là, sur ma droite… Voici Miss Lucienne Boyer !!!».

Irène Bordoni pâlit. Tabet poursuit :

« Chaque fois que des artistes français venaient à New York, elle les recevait avec faste dans son hôtel particulier. Elle avait épousé un prince russe qui lui avait fait mener vie dorée. Irène voulut nous offrir un dernier verre chez elle. L’hôtel somptueux n’avait de grandiose que sa façade. L’intérieur était délabré. Son prince était mort, George Gershwin avait perdu tout contact avec sa jolie interprète au savoureux accent français ».

Mariée et divorcée deux fois, Irène avait connu gloire et fortune

Au sommet de la notoriété, elle possédait trois appartements à New York, une villa en Floride et des pied-à-terre à Paris et Monte Carlo. Un quart de siècle plus tard, il n’en restait plus rien. Sans appuis et sans engagements, Irène finit sa vie misérablement dans le pays qui avait fait d’elle une star. Pourquoi, en effet, serait-elle retournée au pays natal ? Pour y souffrir de l’anonymat ? Elle mourut à New York en 1953.

Les méconnues du 20è siècle : Irène Bordoni (2è partie)
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