L'Appel du 18 juin 1940 lancé sur les ondes

Publié le par Daniel LESUEUR

Sans télévision ni presse libre, le général De Gaulle, depuis Londres, s'était adressé aux Français via la radio, seul moyen de communication à sa disposition.

En 1940, il n'y avait pas encore question de transistor, mais la radio jouait déjà un grand rôle dans la vie des Français et pouvait être utile pour la survie de la nation.

En 1939, en France, on comptabilisait cinq millions de récepteurs

Ce nombre peut sembler faible, mais chaque poste s'adressait à plusieurs Français en même temps. Jusqu'à l'entrée en guerre, les famille avaient coutume de se regrouper, généralement dans le salon, autour d'un massif poste de T.S.F. comme on disait à l'époque.

Puis vint la débâcle...

Pendant quelques mois, l'écoute se fit individuelle. Lorsque les Français reprirent l'habitude d'écouter la radio ensemble, beaucoup de choses avaient changé...

La propagande allemande frappait vite et fort

Goebbels, maître des médias, inaugura La Voix de la paix et Radio Humanité, destinées à fourvoyer la population française, ne serait-ce que par leur nom ; la seconde prétendant être la voix du parti communiste français.

«Plus le mensonge est gros, plus il passe facilement», avaient écrit les nazis. Le 16 décembre 1939, Radio Humanité exhorta les Français à fuir sur les routes devant l'avance allemande. Le but, évidemment, était d'entraver le travail des troupes alliées.

Fin juin 1940, sa tâche accomplie, Goebbels ferma Radio Humanité, qui avait contribué à bloquer tout mouvement militaire, jusqu'à celui des ambulances, en jetant sur les routes onze millions d'hommes, femmes et enfants, souvent séparés de leurs proches. Quelques jours auparavant, un autre émetteur s'était fait silencieux.

C'était celui, extrêmement puissant, de Radio Cité : la Résistance l'avait détruit pour éviter qu'il tombe aux mains des Allemands. Ceux-ci consacrèrent toute une année à le réparer pour l'utiliser au brouillage de la B.B.C. Mais c'était trop tard : De Gaulle s'était exprimé et avait été entendu...

Le témoignage de Rémy Le Poitevin

C'était un enfant, à l'époque, mais il s'en souvient encore... «Nous n'avions jamais eu la radio avant la guerre (mes parents disaient T.S.F. et non radio, terme qui paraissait sans doute trop racoleur). Mais en juin 1940,alors que nous nous étions repliés en Dordogne, mon père, resté à Paris, nous avait enjoint d'écouter par tous les moyens la radio de Londres (seuls les connaisseurs l'appelaient BBC ; curieusement, elle n'était pas mentionnée sous ce nom dans l'indicatif qui précédait les émissions en français).

"Faute de poste, nous allions tous les jours chez le fermier voisin qui en avait gagné un dans une loterie. C'est là que, le 18 juin, dans l'interminable après-midi de cette journée la plus longue et la plus chaude de l'année, nous avons entendu, dans le cours des infos, sans aucune présentation particulière, un laconique "Le général de Gaulle vous parle". Je ne me rappelle pas si la radio anglaise était déjà systématiquement brouillée ; toujours est-il que, très parasitée, on la recevait d'autant plus difficilement que les ondes courtes demandaient du doigté. Mais on avait saisi les grandes lignes de l'appel... nous avions tout de suite, même moi qui n'avais que treize ans, été emballés par ce court message qui tranchait tellement avec la déprime ambiante (Rémy Le Poitevin, animateur de radio, journaliste à Cinémonde, Télé 7 jours, Paris-Match, rédacteur en chef de Radio magazine en 1962).

L'Appel du 18 juin était la réponse à celui de la veille

Le 17 juin 1940, le maréchal Pétain annonçait qu'il était prêt à un armistice avec l'Allemagne. Quelques heures seulement ont séparé ces deux discours jumeaux et antagonistes, indiquant clairement qu'en 1940 la radio était le seul média efficace en matière de rapidité et d'efficacité. Mais la guerre changea du tout au tout le visage des radios et, en quelques jours, redistribua les cartes : la convention d'armistice oblige les émetteurs de radio à cesser leurs programmes le 24 juin 1940 pour les reprendre à partir du 7 juillet sous contrôle nazi. Ce qui ne signifiait pas que la radio, techniquement, a cessé d'évoluer. Au contraire ! Tout le monde était conscient de l'impact de ce formidable média désormais destiné à la propagande ("Radio Paris ment... Radio Paris ment... Radio Paris est allemand...").

Ecouter la B.B.C. était relativement dangereux

Le fameux décret du 24 juin 1940 interdit la réception des émissions radiophoniques étrangères... et tout particulièrement la voix de Londres. L'émission «Les Français parlent aux français» était l'instrument de ralliement des résistants ; chaque soir, à la même heure, des messages codés étaient diffusés à l'intention des chefs du maquis. Même en zone libre, il était risqué d'écouter la radio anglaise : en novembre 1941, la justice de Vichy condamna à des peines allant de quinze jours à trois mois de prison ferme quatre Français d'Aix-en-Provence surpris à écouter la B.B.C.

L'Appel du 18 juin 1940 lancé sur les ondes

Publié dans Histoire, radio, MEDIAS

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