Fouiller les poubelles des stars, un job à plein temps

Publié le par Daniel LESUEUR

Les déchets des uns sont la mine d’or des autres. L’illustration la plus répugnante de cette affirmation : une femme de ménage d’Elvis Presley, pendant des mois, ne se contenta pas de nettoyer sa baignoire : au lieu de les jeter, elle collectait bien soigneusement les poils pubiens du King qui auraient risqué de boucher l’orifice d'évacuation des eaux. Après la mort d’Elvis, elle vendit aux enchères ce sachet de poils de c*** !

Le premier « poubellomane »

Il faut toujours savoir être le premier, quelle que soit la discipline. Noël Gaudin, le premier à avoir écrasé une tarte à la crème au visage d’une célébrité, est aujourd’hui entré dans l’Histoire ; on a même inventé un mot pour désigner son étrange métier : entarteur.

De même, le premier à avoir fouillé les poubelles d’une star se nomme A.J. Weberman et il a sa page dans Wikipedia. Grâce à lui, on a inventé le mot « garbalogy » (de « garbage » : les ordures). Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Weberman est loin d’être un fantaisiste.

Fan de Dylan jusqu’au bout des ongles… crasseux Weberman était un immense fan de Bob Dylan. Il se fit connaître en publiant une étude des textes de chansons du grand artiste américain. Mais, comme tous les fans du monde entier, il se posa la question de savoir si l’Homme (ou la Femme) est, dans la vie de tous les jours, à la hauteur de l’Artiste –avec un grand A dans le cas de Dylan.

Reconnu en tant qu’auteur, Weberman pouvait tout se permettre…

Il partit du principe que le contenu d'une poubelle est révélateur de la vie privée de son propriétaire.

Il paye des gars pour faire les poubelles de Dylan

Le magazine américain Rolling Stone écrit que « Bob Dylan était terrorisé par ce type qui, chaque jour, venait avec son équipe, étudier le contenu de ses poubelles ». N’empêche que Weberman fut le premier à révéler que Dylan était toxicomane (à l’époque de ces fouilles, il était accro à l’héroïne). Weberman continua ses investigations Bien sûr ce n’est pas le Watergate, mais Weberman, après avoir cerné la véritable personnalité de son idole, se coltina successivement les poubelles de Richard Nixon, du cinéaste, écrivain et journaliste Norman Mailer et d'autres célébrités moins connues en France.

Fouiller les poubelles, une atteinte à la vie privée ?

Vous risquez peut-être un procès ou au moins un coup de pied au c** en vous immisçant un peu trop dans la vie d’une célébrité via ses déchets. Ne prenez pas de risques inutiles si l’argent est votre seule motivation : le serveur d'un snack a récupéré les restes d'un sandwich oeuf-tomate-laitue laissé par Britney Spears. Il les a revendus sur eBay pour la coquette somme de 15 250 dollars. A peine moins que le sachet de poils du King.

Faites votre marché à la morgue si le cœur vous en dit

Cela reste en effet le seul moyen d’acquérir des « souvenirs » qui, au lieu de partir à la poubelle, sont précieusement conservés. En 1995 eut lieu une vente tout à fait exceptionnelle : six mèches de cheveux du président Kennedy. Pas besoin de chercher bien loin le vendeur : c’était Harry Gelbart, un coiffeur qui les avait coupés au domicile du beau-frère de Kennedy, l’acteur Peter Lawford, peu avant la mort du président (1963). Pourquoi révéler cette anecdote plutôt qu’une autre ?

Parce que parmi les célèbres clients du barbier (qui coiffa Kirk Douglas, Clark Gable, Charlie Chaplin, etc.) figurait Jack Ruby, « l’assassin de l’assassin ». Comprenez par là que Jack Ruby avait tué, « en direct », devant les caméras de télévision, le tristement célèbre Lee Harvey Oswald, le prétendu meurtrier de Kennedy. Ces mèches, évidemment, ne furent pas vendues dans un vulgaire sachet cellophané, mais encadrées avec un portrait du président (voir nos deux illustrations).

La boucle est bouclée

Au printemps 2007, Pascal Rostain et Bruno Mouron, deux photographes de Paris Match, présentèrent à la Maison européenne de la photographie l’exposition Dans les poubelles des stars : « On faisait, à l'époque, des photos de Serge Gainsbourg. Un jour, on a pris ses poubelles et c'était une telle caricature de Serge, avec paquets de Gitane et bouteilles de Ricard, qu'on a même hésité à aller plus loin, de peur qu'on ne nous croit pas. Mais c'était le meilleur portrait possible. On a donc continué en faisant les poubelles de Yannick Noah, Jean-Marie Le Pen, Brigitte Bardot… Une dizaine en tout. Et on a publié ça dans Lui, un magazine qui a disparu. Ca a tellement bien marché que notre patron, Daniel Filipacchi, nous a dit d'aller le faire à Los Angeles ».

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