L'actrice POLA NEGRI internée à Dachau en 1938

Publié le par Daniel LESUEUR

  "On ne savait pas, on ne savait rien" est la phrase qu'on entendit trop fréquemment. Les Français (et d'autres), "n'étaient pas au courant de l'existence des camps de concentration", et soi-disant les découvrirent, ébahis, lors de leur ouverture en 1945. Mais quelle foutaise ! Fallait-il qu'ils aient fermé les yeux, car... "ON" savait, comme le prouve cet article paru dans "Pour nous - L'Intran" fin 1938 :

« Depuis quelques semaines, une femme a disparu des salons berlinois. Mais ce n'est pas parce qu'elle est dans sa petite villa de la banlieue de Cracovie, ni à Venise où on la croyait en villégiature. Cette femme n'est pas sortie d’Allemagne. Depuis qu'on a constaté sa soudaine disparition, au début du mois de septembre, aucune nouvelle officielle n'a permis de savoir ce qu'elle est devenue. Une seule indication, discrète mais formelle, est venue coïncider avec l'abandon soudain du somptueux appartement que Pola Negri occupait dans un grand hôtel d'Unter den Linden et où ses bagages se trouvent encore, bien que sa correspondance ait déjà été saisie. Cette indication laisse entendre que Pola Negri, arrêtée le 10 ou le 12 septembre, fut immédiatement mise sous surveillance, jugée, puis envoyée à Dachau, le seul camp de concentration allemand qui possède une « section féminine ». Le nombre des détenues femmes au camp de Dachau doit être assez faible. Il serait de cent cinquante environ. Les motifs qui auraient amené Pola Negri là sont interprétés de diverses façons par les anciens amis de la vedette polonaise. De toute manière, on estime qu'une telle condamnation est plus que sévère.

RIVALITÉS DE FEMMES

Pola Negri aurait succombé aux attaques de ses deux ennemies intimes : Leni Riefenstahl et la princesse Stéphanie de Hohenlohe von Wildenburg-Schillingfurst. La course à l'influence sur le Führer, que l'on avait crue déclenchée entre ces deux femmes et Pola Negri, ne paraît pas avoir été le véritable motif de leur rivalité. Le vrai motif serait plutôt le titre de « déléguée féminine à la propagande », office créé par le Dr Goebbels, qui fit comprendre au Führer qu'une femme pouvait être d'une extrême utilité..

La bataille semble avoir été gagnée pour l'instant par la princesse Stéphanie. On dit d'ailleurs que s'il n'en avait tenu qu'à elle, une demi-douzaine au moins des femmes qui fréquentent les salons de la chancellerie eussent été immédiatement expédiées à Dachau. Mais seule Pola Negri, dont on peut dire

que la discrétion n'éait pas la première des qualités, paya pour les autres.

On aurait accusé l'ex-Mme Valentino, ex-princesse Mdivani, etc., de s'être laissé aller àpublier sous un pseudonyme, dans un journal polonais, quelques indiscrétions sur les difficulté économiques allemandes, ainsi que quelques échos qui paraissaient avoir été recueillis à la chancellerie même. Ces « informations » étaient mal venues à un moment où le Reich et la Pologne font

une politique de rapprochement et d'amitié. Pola Negri, n'eût été son nom, aurait sans doute été accusée d'espionnage. Sa condamnation serait assez comparable à celle du célèbre joueur de tennis Gottfried von Cramm et serait du même ordre : un an de détention.

 

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