Une merveille de 1936 à redécouvrir : Vertige d’un soir (La Peur) avec Gaby MORLAY

Publié le par Daniel LESUEUR

  Vertige d’un soir (La Peur) : une merveille miraculeusement disponible actuellement sur YouTube (cliquer ICI).

 

Sur un scénario de Joseph Kessel, ce très beau film est sorti le 10 avril 1936 (on notera la présence de Ginette Leclerc dans un rôle, au final, inutile). Victor Tourjanski met en scène Gaby en épouse délaissée d'un célèbre avocat (Charles Vanel). N'eut-il pas, à la dernière minute, refusé de l'accompagner pour un séjour en amoureux sur la Riviera, qu'elle n'aurait pas succombé au charme d'un pianiste de renom (Georges Rigaud) qui va ensuite la poursuivre de ses assiduités alors qu'elle regrette sa faiblesse, son « vertige d'un soir », et l'implore de l'oublier. Hélas une ancienne amie du musicien (Suzy Prim) la fait chanter, du moins le croira-t-on presque jusqu'à la fin. La peur est « la pire des punitions », selon son avocat de mari... La peur, donc, de voir son foyer détruit, pousse l'épouse aux abois à faire une tentative de suicide. Pas de petite rire sec ni de mouchoir tortillé, c'est un rôle grave, de la dimension du Bonheur deux ans auparavant. Les transformations du visage sont impressionnante, d'une Gaby très belle en début de film auprès du pianiste qu'elle vient de rencontrer, aux traits ravagés d'une femme qui a vieilli de dix ans en quelques semaines, sous les coups de boutoir de l'angoisse. Mais, comme écrit Colette, il reste toujours son « grand regard dans sa petite figure ».

 

 

Dans son numéro 387, Pour vous – L'Intran écrit :

- "Quel dommage que l’on n’ait pas gardé le titre de la nouvelle de Stefan Zweig, dont le film est tiré, La Peur. C’était un beau titre. Mais il paraît que les exploitants, les fameux exploitants, les tout-puissants exploitants n’en ont pas voulu. Vertige d'un soir, cela fait un peu bon marché, cela fait roman à dix sous, mais l’on affirme que c’est ce qu’il faut pour tenter et attirer le public. C’est, me semble-t-il, bien mal le connaître et le mésestimer. Quand on a une affiche où voisinent Gaby Morlay et Charles Vanel dans un film mis en scène par Tourjansky, auquel Kessel a collaboré, ne croyez-vous pas que c’est suffisant ? Le talent de Gaby Morlay et celui de Charles Vanel mettent beaucoup de vérité et d’émotion dans cette œuvre. Je crois pour ma part que le film eût gagné en intensité dramatique si l'on avait choisi l’amant dans un autre milieu. Au lieu de prendre un Rigaud, pianiste mondain, j’aurais pris un Gabin, moins reluisant et plus inquiétant".

Publié dans CINEMA

Commenter cet article