P. P. ARNOLD

Publié le par Daniel LESUEUR

   L'ex-petite amie de Mick Jagger et de Rod Stewart, grande star de la soul et de la pop, est totalement inconnue en France ( titres conseillés à cliquer : "Angel of the morning", "Aleonor rigby", "The First cut is the deepest", "To love Somebody" et, plus récent, "Different drums"). Elle publie sous peu un nouvel album. "Nouvel"... bien qu'enregistré en 1968.  THE TURNING TIDE, c'est son titre, sortira le 6 octobre ; il aura mis un demi-siècle à voir le jour ! Et il a bénéficié à l'époque de l'apport d'Eric Clapton et des Bee Gees

Pat Arnold dite P.P. Arnold est une Afro-Américaine née à Los Angeles en 1946. Elle fut une "Ikette", c'est-à-dire une choriste et danseuse de la revue de Ike and Tina Turner

Etre Ikette ? Dur métier !

Si Tina Turner essuyait les coups que lui infligeait son mari, les Ikettes, toujours au nombre de trois, n’étaient pas mieux loties : cet escroc de Ike leur donna l’occasion d’enregistrer une poignée de 45 tours qui obtinrent carrément plus de succès que ceux de Ike et Tina… mais elles ne virent pas la couleur de leur royalties , Ike conserva tout pour lui. Et comme il n’y avait pour elles apparemment aucun moyen de rentrer dans leurs droits, elles démissionnèrent de la Revue. Croyaient-elles qu’il s’agissait d’un moyen de pression, qu’elles pourraient poursuivre leur carrière ailleurs ?

Ikettes… Ce nom appartenait à Ike .

Elles tentèrent alors de percer sous le nom de The Mariettes, ex-Ikettes . Mais même « ex-Ikettes », elles n’avaient pas le droit d’utiliser ce qualificatif. Les avocats de Ike se firent menaçants et les pauvres filles tombèrent dans l’anonymat…

Aucune fille n’est unique

Elles furent immédiatement remplacées par d’autres, de « nouvelles » Ikettes. Parmi les nouvelles, Patricia Ann Cole, dite Pat Arnold, qui a tapé dans l’œil de Mick Jagger dont elle devient la petite amie (elle est de trois ans sa cadette). Elle s’installe en Angleterre où elle fera une jolie carrière sous le nom de P.P.Arnold sur le label Immediate cornaqué par les Rolling Stones. Elle est aujourd’hui une grande dame de la black music, toujours très réclamée… davantage adulée, d’ailleurs, par les artistes que par le public.

Mauvais départ dans la vie

Mariée contre son gré à un type hyper violent qui la battait autant qu’Ike battait Tina, elle avait déjà deux enfants. Elle était devenue Ikette grâce à Tina qui l’avait prise sous son aile en l’engageant tout autant pour ses qualités vocales que pour lui permettre d’échapper à une vie d’enfer. Mais deux ans plus tard, après la tournée britannique de 1966, lorsque son patron, le tyrannique Ike Turner, avait découvert qu’elle avait une liaison avec le chanteur des Rolling Stones, il commença à lui mener la vie dure. Pat préféra démissionner plutôt que de continuer à supporter la violence et la cupidité de son boss (si une Ikette avait un accroc à son costume de scène, elle devait le payer de sa poche ; or les pauvres étaient mal payées, de 25 à 30 $ la semaine). Sans Mick, Pat aurait, à coup sûr, était grillée dans le métier : Ike avait interdit à quiconque, y compris Tina, de la revoir.

Il voulait bousiller sa carrière

Pat représentait un « mauvais exemple » pour les autres Ikettes qui auraient pu entrevoir un avenir autre qu’auprès de l’ignoble individu !

« Mick vit en moi ce que je n’avais pas vu moi-même, et m’encouragea à devenir artiste solo , explique-t-elle au magazine Record Collector (n°295 de mars 2004), c’était son idée de me faire signer sur le label Immediate de son manager Andrew Oldham ». Pour Pat, Mick représentait sa première relation sexuelle interraciale : de nombreux Etats américains étaient encore ouvertement racistes.

Hasard du calendrier...

Pat avait atterri à Londres en même temps que son compatriote Jimi Hendrix. Ils deviendront amis :

- Jimi était comme un frère. Et il était l’Attraction : tout le monde voulait être vu avec lui. Les filles, toutes les filles, évidemment, mais aussi les mecs comme Eric Clapton ou les Stones. Il y avait toujours un monde fou chez lui alors, comme il habitait pas loin, il venait chez moi pour trouver un peu de calme . Il m’a beaucoup aidée à rester moi-même : j’étais une femme, Américaine, en plein milieu de cette révolution musicale qui balayait l’Angleterre. On était jeunes, on croyait que « ça » aller durer éternellement. Aucun d’entre nous ne pensait au business , c’est pour ça qu’on s’est tous fait avoir !

Pat –ne serait-ce qu’en raison de sa vie privée : elle est venue en Europe avec ses enfants- reste étrangère aux orgies auxquelles se livre le guitariste gaucher :

- Ca m’a très certainement sauvé la vie : quand je me rendais à une soirée, je n’y passai pas la nuit et me méfiais de la drogue. Moi je devais bosser pour nourrir mes mômes !

Rod Stewart ? Un mufle !

Si encore aujourd’hui Pat vénère le souvenir de Jimi, son aventure avec Rod Stewart fut moins glorieuse :

- La dernière fois que je l’ai vu, il a fait semblant de ne pas me connaître. Mais en 1967, Jagger, avec qui je n’étais plus, nous a produits. Mick était jaloux que je sois avec Rod ! On a fait « Come home baby » de Wilson Pickett. Une horreur ! Atroce… Pas moyen de trouver la bonne tonalité : quand j’étais dans le ton, Rod n’y arrivait pas. Et inversement. Et puis, au même moment, j’avais acheté les droits de la chanson « The first Cut is the deepest » de Cat Stevens. Ma version, sortie en 1967, a gentiment marché, mais la version de Rod en 1976 lui a apporté la renommée mondiale… sans qu’il ait la galanterie de dire que c’est moi qui lui avais conseillé de la chanter ! En outre nous avons enregistré de nombreuses chansons ensemble ; il m’a toujours présentée comme choriste, il n’a jamais reconnu qu’il s’agissait de véritables duos. Avec Rod, lui et moi ça pouvait pas durer longtemps, il était trop arrogant, égoïste et imbu de sa personne.

 
 

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