Anita PALLENBERG (1942 - 2017)

Publié le par Daniel LESUEUR

   Le célèbre modèle fut l'égérie des ROLLING STONES il y a plus d'un demi-siècle...

Très précisément, elle surgit dans l’univers du groupe en septembre 1965, à l’occasion d’une tournée en Allemagne. Comble de la provoc’, Mick Jagger, sur scène, fait le pas de l’oie et le salut hitlérien (Keith Moon pratiquait également ce genre d'humour d'extrême mauvais goût). Anerie à ne pas porter au compte d’une bouffée délirante : le groupe s’est récemment déguisé en nazis pour des photos de presse, et Keith, à nouveau en 1971 et 1989, affichera des symboles relatifs au IIIème Reich. Brian Jones, au contraire, est gêné.

Actrice, mannequin, Anita est connue mondialement. Pas autant que les Stones, mais quand même ! Brian est le premier à s’intéresser à elle, les autres l’ont snobée. Il a même fait l’effort de prononcer quelques mots en allemand. Le courant passe immédiatement et Anita devient la première fille véritablement acceptée dans l’intimité du groupe. Les autres auraient pu protester, refuser cette intrusion ; au contraire, ils reconnaissent qu’elle a une influence bénéfique sur Brian. Bien dans sa peau comme il ne l’a peut-être jamais été, ses performances d’artiste s’en ressentent positivement. Ce n'est pas pour autant qu'il renonce à se détruire. Durant leur longue tournée américaine de fin juin à fin juillet 1966, Brian fait un séjour dans un hôpital de Chicago : il consomme chaque jour deux litres de whisky et, avant de monter sur scène, ingurgite une poignée de pilules d'amyl-nitrate.

Pour balader la dame de ses pensées, de retour à Londres il achète une nouvelle voiture, et pas n’importe laquelle, une Rolls-Royce, preuve incontestable de réussite (euh... il l’a rachetée d’occasion à George Harrison !). Et puis quand il le peut, Brian se repose. En août 1966, en vacances au Maroc avec Anita, il se fracture la main gauche. Il n’en faut pas plus pour que les Stones lui cherchent un remplaçant (Jimmy Page et Eric Clapton sont immédiatement pressentis). Il y a un fauteuil éjectable en permanence installé sous le cul des musiciens !

Printemps 67... Brian signe la musique de « Mord Und Totschlag », film de Volker Schlondorf (« Vivre à tout prix ») dont Anita Pallenberg est l’actrice principale. Aujourd’hui film culte grâce à Fassbinder qui en a fait l’éloge, « Mord Und Totschlag » sera à sa sortie un échec commercial. Mais en 1967, nul ne se soucie de l'avenir de la pellicule : les Stones, qui en ont grand besoin, vont s'accorder quelques jours de détente plutôt que faire la promo d’un film qui ne concerne que l’un d’entre eux. Ils ont prévu de se retrouver à Tanger. Jagger et Faithfull prendront l'avion. Keith, qui vient juste d'obtenir son permis, Brian, Anita et deux amis effectueront un périple en voiture qui leur fera traverser la France et l’Espagne. Hélas, pour un asthmatique, les changements d'air sont néfastes. D'autant qu'on est toujours en hiver. Brian tombe malade et doit rester à Albi pour soigner une pneumonie. Placé sous respirateur et sous cortisone, il prend pour au moins cinq jours d'hosto. Grand prince, il refuse de gâcher les vacances de ses compagnons de route et promet qu'il va les rejoindre au plus vite.

Coup de théâtre : à peine 48 heures se sont-elles écoulées que Brian, qui considère qu'il est rétabli, envoie un télégramme à Anita la sommant de revenir. Las, la belle a changé de draps et le câble restera lettre morte, tout comme les nombreux autres qui vont suivre et s'amonceler. Elle ne répondra à aucun, prétextant qu'ils seraient à chaque fois parvenus après son départ de chaque ville de l'itinéraire prévu. Faut-il ajouter que les retrouvailles furent glaciales ? Difficile pour Brian de ne pas se douter de quelque chose tant Keith évite son regard. N'empêche qu'ils seront bien obligés de cohabiter, au moins sur scène et peut-être en studio d'enregistrement. Peut-être, car l'emploi du temps du groupe est à l'époque très flou.

Présenté à Cannes, « Mord Und Totschlag » donne l’occasion à Schlondorf, Pallenberg et Jones de passer quelques jours sur la côte d’Azur. Mais Richards déboule... et c’est la merde : Schlondorf, consterné, ne peut qu’assister impuissant au jeu sadique interprété par Anita et auquel se prêtent les deux Stones rivaux. La voir passer du lit de l’un à l’autre en dit long sur la rivalité entre les deux hommes. Comme de toute évidence il ne pourra y avoir de durable ménage à trois (Keith et Brian se détestent trop), l’un d’eux sera évincé. Et dans quelques mois, lorsqu'on apprendra qu'Anita est enceinte, Keith s'empressera d'annoncer que c'est de lui (cet article est extrait du livre Brian Jones, le Rolling Stone déchu (cliquer ICI).

Publié dans musique, CINEMA, PEOPLE

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