Il y a cinquante ans, le 14 août 1967, les radios pirates britanniques cessèrent d'émettre

Publié le par Daniel LESUEUR

Vingt-cinq millions d'auditeurs dans toute l'Europe s'attendaient à la fin de trois ans de liberté des ondes. Pour en savoir plus, cliquer ici .

Entre 1964 et 1967, une douzaine de radios, profitant de leur extra-territorialité, émettaient au large des côtes britanniques, soit depuis un bateau (voire deux, dans le cas de Radio Caroline) soit depuis des fortins de DCA abandonnés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais c’était trop beau pour durer : l’Etat passait à l’offensive, les déclarant illégales à compter du 14 août 1967.

 Combien en restait-il vraiment ?

Face à la difficulté de trouver des annonceurs publicitaires, certains navires n’étaient plus que des vaisseaux sans gains ! Radio City, par exemple, avait cessé ses programmes le 9 février 1967 à minuit. La station avait existé à peine plus de deux ans et demi.

Radio 390

Les programmes de Radio 390 avaient commencé le 25 septembre 1965. Le succès fut immédiat car Radio 390 se mettait en marge des autres pirates par une programmation, non pas de pop music, mais de musique légère, directement à l'intention d'un public plus adulte : commerçants dans leurs magasins, hommes d'affaires coincés dans les embouteillages, ménagères et employés de bureau. Radio 390 diffusait plus volontiers Frank Sinatra que les Beatles ! Faute de rentrées financières, Radio 390 cessa définitivement ses programmes le 28 juillet 1967. Deux semaines avant la date fatidique.

Radio London a juré de rester. Mais…

Fin mai 1967… La menace de la loi anti-pirate se fait de plus en plus précise, en cette fin de printemps. En prévision des difficultés d'approvisionnement en matériel électronique ou autre qui ne manqueront pas de se manifester après la date fatidique du 14 août, Radio London fait livrer à son bord des composants électroniques de première importance qui doivent lui permettre d'émettre durant encore trois années. Les "milieux bien informés" considèrent qu'après le 14 août, si l'on excepte Radio Veronica, qui s'exprime en néerlandais, il ne restera plus que deux radios pirates pour se partager l'immense auditoire de 25 millions d'Européens anglophones : Radio Caroline et Radio London. Or, le 28 juillet, à la surprise générale, cette dernière annonce qu'elle renonce à défier la loi et cessera ses émissions le 14 août à 15 heures. Il n'est pas déraisonnable de penser que "Big L" n'est pas parvenu à trouver suffisamment d'annonceurs publicitaires pour assurer sa continuité dans des conditions devenues beaucoup plus précaires.

Immédiatement les messages de sympathie se multiplient

Ils sont enregistrés afin d'être diffusés à l'antenne lors du programme d'adieu. De nombreuses stars du moment manifestent leur émoi (Ringo Starr, des Beatles, les Animals, Dave Clark, Dusty Springfield…). Les Who, quant à eux, publient un 33 tours, The Who Sell Out , littéralement truffé de jingles de Radio London.

Les animateurs de Radio London sont de vraies stars

Ils furent adulés au point de déclencher une véritable émeute dans les rues de Londres lorsqu'ils revinrent à terre après la fermeture définitive de Radio London ; ils avaient en effet annoncé à l'antenne qu'ils rejoindraient la capitale par le train de 18h40… sans imaginer que des milliers de jeunes les y attendraient sur le quai, portant des banderoles et scandant "reviens Radio London" ou encore " Pendez Harold (Wilson) ".

Keith Skues dut s'enfermer dans les toilettes des dames en attendant l'arrivée de la police. Pour les autres animateurs, la situation n'était guère plus brillante: l'amour des fans se révélant aussi dévastateur que leur haine du Premier ministre. Voulant saluer ses idoles, en dépit de toute consigne de sécurité, la foule défonça les barrières de protection et les vitres du train volèrent en éclats. Quelques policiers qui s'interposaient furent molestés ; plusieurs centaines de fans déchaînés se mirent à fouiller fébrilement les wagons tandis que les animateurs, eux, arrivaient péniblement à trouver un taxi… qui fut, lui aussi, pris d'assaut. Les vedettes du jour s'en sortirent, finalement, avec les vêtements déchirés et quelques touffes de cheveux arrachées par les filles en délire.

Une demi-douzaine de stations restait encore en sursis...

Publié dans radio

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