Les derniers instants de Sam Cooke (1932-1964)

Publié le par Daniel LESUEUR

 Le 11 décembre 1964, Sam Cooke fut abattu dans un motel. Le célèbre artiste noir s’apprêtait à faire une infidélité à sa femme. A l'occasion d'un cocktail, il avait dragué une délicieuse jeune fille de vingt-deux ans, Elisa Boyer, une Blanche, et c’est peut-être là où le bât blesse. Il lui avait promis une balade romantique sous les étoiles¼ mais finalement sa voiture les conduisit à l'Hacendia Motel. A partir de là, quelques ombres subsistent. Deux interprétations s'affrontent, selon la véritable personnalité d'Elisa…

Première interprétation¼

S'il s'agit d'une jeune fille honnête (c'est d'ailleurs dans ce sens qu’ira sa déposition, on s'en doute), Sam aurait commencé à la caresser et à essayer de lui ôter ses vêtements. Elle résiste… Persuadée qu’il va tenter de la violer, elle aurait alors profité d'un moment où le chanteur s'était absenté dans la salle de bains pour s'enfuir. La scène fut peut-être plus chaude encore, car Elisa, partiellement dévêtue, se serait enfuie du motel en courant.

Seconde interprétation¼

Elisa se serait enfuie en volant à Cooke son portefeuille, que l'on imagine bien garni. L'incident tourne au drame : tandis qu'Elisa tente de téléphoner à la police (sans doute se sent-elle en danger), Sam se rend à la réception du motel.

A cette heure avancée de la nuit (autour de 3h du matin), la gérante, Mme Bertha Franklin, femme de couleur âgée de cinquante-cinq ans, a toutes raisons de se méfier, d'autant que Cooke défonce la porte de sa loge. Croyant à une agression, la gérante s'empare d'un tisonnier. Elle frappe Cooke puis, à l'aide du calibre 22 qui ne la quitte jamais, elle tire par trois fois. Le chanteur s'effondre. Légitime défense, puisque Sam est entré par effraction.

Bertha sera relaxée (en 1965, son avocat réclamera 200 000 $ de dommages et intérêts, soit l’équivalent de quatre années des revenus estimés du chanteur, au prétexte qu’elle est, depuis la nuit tragique, victime de dépression nerveuse et mentale ; elle obtiendra deux cents fois moins). Quant à Elisa Boyer, elle disparaît curieusement de l'histoire. S'agissait-il d'une frêle et farouche jeune fille, d'une prostituée ou d'une "monte-en-l'air" ? Dans certaines contrées des Etats-Unis, pour encore quelques années (Jimi Hendrix en fera les frais), il est mal vu, pour un Noir, d’être vu en compagnie d’une Blanche. La justice passera l’éponge sur la dangereuse aventure qui avait conduit à la disparition d'un artiste prometteur qui avait déjà publié quelques chefs-d'œuvre.

Aurait-on pu sauver le chanteur ?

Sam avait eu le cœur et les deux poumons perforés par les trois coups de pistolet. Il s'ensuivit une impressionnante hémorragie. Dès lors, il semble impossible qu’il ait pu être sauvé, même si une équipe de soins était arrivée au plus vite.

Hasard du calendrier, c’est un 10 décembre, mais en 1967, que disparaîtra un autre grand chanteur noir, Otis Redding, qui avait rendu hommage à son aîné Sam Cooke en interprétant sa composition « Shake » devenue aujourd’hui un classique du rhythm’n’blues (article extrait du livre Rock déglingue - cliquer ICI pour le feuilleter).

Publié dans musique, PEOPLE

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