Radio Antwerpen, une station belge légendaire

Publié le par Daniel LESUEUR

Autorisée par le gouvernement en 1922, la radio cesse ses émissions au début de la Seconde Guerre mondiale… et les reprend illégalement en 1962 pour deux mois seulement

 

L’histoire de cette station très populaire remonte à 1922. Elle commence son aventure de manière tout à fait légale : Georges de Caluwe, technicien de la radiodiffusion, obtient une licence pour émettre car les radios indépendantes sont, à cette époque, autorisées en Belgique.

De Caluwe installe l’antenne sur le clocher de l’église d’Anvers (Antwerpen)

Sa station, officiellement enregistrée sous le nom de ON 4 ED, est plus volontiers connue sous celui de Radio Kerske (Radio Petite Eglise). C'est l'une des premières stations à diffuser de la musique enregistrée sur disques, grâce à l'invention toute récente du pick-up.

Un but non lucratif

De 1924 à 1935, la station survit principalement grâce au porte-monnaie de son directeur et animateur, mais lorsque, ruiné, il annonce la fin des programmes, une vaste chaîne d'amitié se crée dans toute la Belgique : le "Cercle des Amis d'ON 4 ED" regroupera jusqu'à 20 000 cotisants.

La station se saborde

A l’arrivée des Allemands, en 1940, de Caluwe préfère détruire le matériel que de le laisser tomber aux mains de l’envahisseur. A son retour d’exil, le gouvernement belge décide qu’il n’y aura plus de radios indépendantes sur son territoire. Ce qui met de Caluwe en fâcheuse posture car il avait, de son propre chef, repris ses émissions depuis quelques temps, après avoir fait l’acquisition d’un nouvel émetteur. Il n’est pas le seul dans ce cas, d’ailleurs, puisqu’on cite l’exemple de Radio Conférence, sans doute plus proche du pouvoir, qui, elle, sera tolérée. Une autre station, Radio Kerske, en revanche, est réduite au silence par la saisie de son émetteur, malgré un vaste mouvement populaire en sa faveur.

Une seule alternative : devenir pirate

Dépité, prenant modèle sur ces radios pirates suédoises et danoises de la fin des années 50, Georges de Caluwe, alors âgé de 73 ans, achète un vaisseau de la Marine nationale française, le Crocodile, et le fait enregistrer au Panama sous le nom de Uilenspiegel. Il sera ensuite rapidement équipé, dans le port d’Anvers, du matériel d’émission nécessaire.

Les programmes de la « nouvelle » Radio Antwerpen débutent le 13 octobre 1962, à 14h25, sur 201m

Ces programmes sont entièrement en flamand (sauf, chaque jour, un programme d'une demie-heure en français intitulé "Y'a d'la musique"). L’émetteur en ondes moyennes ne dispose que d’une puissance modeste (10 kW), mais un second émetteur, en ondes courtes celui-ci (7600 kHz), permet à la radio d’être entendue jusqu’au Canada. Deux équipages se relaient tous les quinze jours à bord.

Radio Antwerpen-Uilenspiegel

Le succès, foudroyant, incite son responsable à prolonger les programmes jusqu’à minuit. Comme toutes les radios "off-shore" (« au large de la côte »), Radio Antwerpen connaît son lot de problèmes (interférences, tempêtes, dérives et pannes) mais semble pouvoir résister. Le mois de décembre 1962 lui sera néanmoins fatal : la Belgique adopte la fameuse loi dite Marine Offences Acts qui signera l’arrêt de mort de toutes les stations européennes des années 60 et 70.

Quelques jours plus tard (le 14 décembre), Georges de Caluwe meurt

Son décès survient des suites d’une opération chirurgicale. Le 16 décembre, enfin, la tempête jette le bateau sur la côte. La rumeur prétend que, de toute façon, la police avait décidé de le prendre d'assaut ce jour-là ! La chaîne d'ancrage brisée, des signaux de détresse sont envoyés au moyen de fusées éclairantes et même de vêtements enflammés. Le bateau de sauvetage de Zeebruge vient à la rescousse de l'équipage.

Durant l'opération, rendue délicate par la tempête, un des marins est écrasé entre les deux navires et meurt rapidement.

Quatre hommes restent à bord. Les émissions peuvent continuer, malgré une puissance fortement diminuée. A minuit, les programmes s'achèvent par un traditionnel "A demain, et bonne nuit" qui sera le dernier message diffusé. Une vague gigantesque heurte le bateau qui prend l'eau ; les deux émetteurs se fracassent l'un contre l'autre. Un remorqueur, pourtant parvenu à fixer un câble à l'Uilenspiegel, doit renoncer à la manœuvre, considérée comme trop dangereuse. Les derniers hommes quittent alors le navire qui s'échoue bientôt sur la plage de Cadzand, en Hollande. Malgré tous les efforts entrepris, le navire s’enlisa inexorablement. Au point qu’en 1971 il fut jugé préférable de le faire exploser.

 

Publié dans radio

Commenter cet article