Les véritables débuts de Hugues Aufray

Publié le par Daniel LESUEUR

Le rescapé des sixties avait failli couler prématurément

Elu "Talents de Demain" en 1960 avec Ecoute mon cœur, il publie plusieurs succès en 1961, connaît un cuisant échec en 1962 et remonte la pente immédiatement

 

Il est né en 1932. La véritable orthographe de son nom est “Auffray”. Sa sœur, actrice, sera connue avant lui, sous le nom de Pascale Audret. Leur père est d’origine bretonne. Avec sa mère, Hugues découvre la région toulousaine ; à l’école, il fréquente Claude Nougaro. Avant d'être chanteur, Hugues, pour la firme de son père, est tout d'abord vendeur import-export de morue séchée venue de Mauritanie et redistribuée sur toute l'Afrique. Puis artiste peintre, comme Gainsbourg. De Gainsbourg, d'ailleurs, il chantera Le Poinçonneur des Lilas et Mes petites odalisques.

À 25 ans, Hugues est animateur de cabaret

Il chante, dans le brouhaha, au restaurant appelé La Polka des Mandibules ; le gérant lui propose un salaire de chanteur solo. Mais Hugues a une autre idée en tête, et propose de travailler un mois gratuitement à condition d'avoir un musicien pour enrichir sa prestation. Le patron acquiesce. Enhardi, il remet ça : à nouveau, un mois de travail bénévole en échange d'un deuxième accompagnateur. Hugues était bien parti pour avoir un orchestre complet. Mais le patron des Mandibules se tue en voiture. Hugues n'aura pas "son" groupe... du moins pas tout de suite. Dans l'immédiat, il se fait discret au sein du groupe "Bob Aubert et son Typic brésilien".

De chauds encouragements...

Aufray obtient un premier coup de pouce non négligeable en gagnant en 1960 le concours des "Talents de Demain" avec Le Poinçonneur des Lilas, son premier disque sous le nom de Hugues Aufray. Son deuxième 45 tours, La Complainte de Mackie, passe fréquemment à la radio. Le véritable succès populaire survient début 1961, avec San Miguel, et surtout fin 1961, avec Santiano.

Le disque suivant (juin 1962) lui reste en travers de la gorge

Sa version de J'entends siffler le train n'a pas la moindre chance face à celle de Richard Anthony : celle de Hugues est dans l'esprit folk, conforme à l'original américain ; celle de Richard, résolument pop. J'entends siffler le train est indiscutablement "la" chanson n°1 de 1962 mais Hugues a loupé le coche : son interprétation était trop dépouillée. Sa rivalité avec Anthony ressurgira l'année suivante : Hugues, qui se croyait détenteur, en France, du courant folk grâce à son amitié avec Bob Dylan, est coiffé au poteau : Anthony enregistre Ecoute dans le vent, adaptation du premier grand succès du jeune poète américain, Blowin' in the wind (Aufray se rattrapera en 1965 avec l'album 33 tours Aufray chante Dylan, "parolé" par Delanoë, qui en surprit plus d'un : en dépit ses sympathies à droite, il a merveilleusement adapté l'esprit gauchiste de Dylan).

Le printemps revient !

Aufray se ressaisit avec Je reviens (juin 1963), vaste succès populaire... L'année 1964 peut être considérée comme l'année Aufray : N'y pense plus, tout est bien (de Bob Dylan), Dès que le printemps revient, A bientôt nous deux et Debout les gars monopolisent le hit-parade en 1964. Dès lors, le succès ne l'abandonnera plus : Le Rossignol anglais, On est les rois, L'Homme-orchestre (encore de Dylan !) en 1965... Les Crayons de couleur, L'Epervier et surtout Céline en 1966... Il faut ranger ta poupée, La Blanche caravelle et C'est tout bon en 1967... Des jonquilles aux derniers lilas et Adieu monsieur le professeur en 1968. Une envie de liberté par rapport à sa maison de disque Barclay va hélas mettre un terme à une époque faste : en participant à la création du label La Compagnie, il commet une énorme erreur : ses disques, mal distribués, n'arriveront plus correctement chez les disquaires. Hugues tirait un trait sur cinq années d'un parcours irréprochable. Il entamait une pénible traversée du désert, heureusement adoucie par la ferveur de ses fans dans le monde entier, notamment au Canada où il avait toujours autant de succès.

 

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