LES CORRUPTEURS, film invisible de 1942

Publié le par Daniel LESUEUR

   Marie-Louise Mourer a commencé sa carrière cinématographique durant l'Occupation pour la Continental, dirigée par Alfred Greven, un ami de Göring ; elle ne s'appelle pas encore Martine Carol (1920 – 1967) :

« Parce qu'elle était superstitieuse, Martine Carol a changé deux fois de nom », pouvait-on lire dans Ciné mondial n°130 de mars 1944 :

- « L'ingénue qui nous a été révélée par La Ferme aux loups, n'est pas nouvelle dans le métier. Sous le nom de Maryse Harlay elle avait déjà tourné dans Les Corrupteurs. Maryse apprit un jour que les noms de treize lettres étaient bénéfiques ; or, Maryse Harlay ne possédait que douze lettres. Elle changea de pseudo et sous le nom de Martine Carole tourna son premier grand film. Mais on lui a dit depuis que le chiffre 13 était maléfique. Que faire ? Reprendre Harlay ? Garder Carole ? Elle a tranché en enlevant un « e » à son nom... Martine Carole est morte. Vive Martine Carol !

Ce que l'hebdomadaire se garde bien de signaler, c'est que Les Corrupteurs était un docu-fiction ouvertement antisémite et anti-américain. Les autres actrices de ce film honteux étaient Christine Paulle, Simone Arys et Hélène Navachine qui, si elle n'a pas laissé la moindre trace dans l'histoire du cinéma, se trouve « ressuscitée » dans un livre de Modiano qui, assurément, ignorait son existence, le nom faisant écho à celui de l'économiste russe Dimitri Navachine assassiné à Paris à la fin des années trente par les terroristes de la Cagoule. Or, après la publication de Accident nocturne, Modiano fut contacté par Serge Rezvani dont Hélène, justement, avait été l'amour de jeunesse. Curieux de savoir si elle est encore en vie, il chercha sa trace sur internet et finit par écrire son histoire dans Le Corps d'Hélène.

Simone Arys au petit visage mince et asiatique, n'en était pas à son premier film de propagande puisqu'elle figure au générique de Forces occultes commandité en 1942 par la Propaganda-Abteilung Frankreich. Le film s'en prend avec virulence à la franc-maçonnerie, au parlementarisme et aux Juifs, et cherche à prouver l'existence d'un complot judéo-maçonnique.

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