Les BEACH BOYS à l'Olympia le 1er juin 2017

Publié le par Daniel LESUEUR

Daniel LESUEUR avec Mike LOVE en 1980

En attendant le 1er juin, voici un extrait d'une interview que j'ai réalisée il y a 36 ans !

C’était en 1980. Les Beach Boys bouclent alors leurs vingt ans de carrière et viennent nous rendre visite. Le retour de la vague ! A Paris pour un unique concert au Palais des Sports : leur notoriété quelque peu écornée par l’absence de tube (le dernier, « Do It Again », remonte à 1969. Onze ans en arrière !) les contraint à faire les yeux doux aux médias pour reconquérir des fans indolents. Autant par obligation que par courtoisie, les Beach Boys m’accorderont une longue interview, chose impensable du temps de leur splendeur. Enfin, quand je dis « LES » Beach Boys, entendons-nous bien : Brian Wilson est absent, physiquement et intellectuellement (j’avais pu le remarquer, déjà, durant le concert. Pour saluer la foule enthousiaste, ses comparses avaient dû l’accompagner, presque le porter jusqu’au micro). Mike Love semble en toute évidence lui avoir succédé en tant que porte-parole du groupe

 

- Quels sont à votre avis votre meilleur album et votre meilleur single ?

- En single, c’est très certainement « Good Vibrations ». Mais aussi « Fun Fun Fun » et « Surfin’ USA ». En album, « Pet Sounds », bien sûr, mais également « Smiley Smile », excessivement réussi quant aux harmonies.

- Vous étiez très acolytes avec les Beatles, à cette époque, semble-t-il…

- C’est indéniable. J’étais auprès de Paul durant son séjour en Inde, et je pense avoir eu un peu d’influence sur lui. D’ailleurs « Back In The USSR » est un hommage appuyé à notre style musical. Au cours d’un petit déjeuner, Paul était assis à côté de moi. Il est arrivé avec une guitare sèche et a joué l’ébauche du titre. Je lui ai suggéré de parler des filles russes, un peu comme nous dans « California Girls »… mais en l’occurrence il faudrait vanter la beauté des filles d’Ukraine et de Géorgie.

- Au-delà de l’amitié qui vous liait, y-avait-il également rivalité avec les Beatles ? On raconte en effet que Brian a perdu la boule en voyant « Sergeant Pepper’s… » arriver chez les disquaires au moment où il était sur le point de livrer son grand’ œuvre au public ?

- C’est la raison généralement invoquée… mais l’on omet de rappeler que nous étions à cette époque en délicatesse avec Capitol. En mars 1967, nous les poursuivions en justice pour des royalties non versées. Bref, même si un album avait été prêt, nous, nous ne l’aurions peut-être pas proposé à Capitol… et Capitol de son côté n’aurait peut-être pas accepté de le sortir, pour nous « punir » ! Plus d’un an avant que les Beatles ne fondent Apple, nous étions déterminés à mettre sur pied notre label Brother Records.

Sans vouloir déprécier la qualité intrinsèque de « Pet Sounds », il faut bien admettre que sa pochette, par exemple, n’arrive pas à la cheville de celle de « Revolver », son contemporain…

- Oui, mais elle colle bien au titre, puisque « pet » sont les animaux, les animaux de compagnie principalement. En fait le titre est venu après : nous étions en séance de photo au zoo de San Diego, et, en voyant les animaux, j’ai suggéré le titre « Pet Sounds ». La pochette n’est peut-être pas géniale, en tout cas pas très inventive, mais à l’époque je ne m’en souciais guère. D’ailleurs, un jour Paul McCartney m’en fit la réflexion : « Mike, vous devriez faire un effort pour réaliser des pochettes un peu plus élaborées ». Je l’ai remis à sa place, en lui expliquant que nous visions surtout à soigner le contenu. Ca lui a cloué le bec !

Malgré l’indéniable succès de « Good Vibrations » (qui, d’ailleurs, fut pas mal conspué au moment de sa sortie), ces années constituent un véritable calvaire pour les Beach Boys qui se produisent aux quatre coins du monde sans leur leader historique, tandis que celui-ci s’enferme en studio pour produire un album…

- En août 1967, juste après avoir achevé « Smiley Smile », nous nous sommes produits en concert à Hawaï dans le but de rapidement sortir un album en concert « Lei’d in Hawaii ». On l’attend toujours ! Pour en revenir à 1965 / 1966, Capitol nous mettait la pression. Je crois encore les entendre crier « Un album, un album ! » Hélas « Pet Sounds » était loin d’être achevé. En désespoir de cause, dans l’urgence, alors que Capitol réclamait du matériel et Brian de plus en plus de temps, il nous a fallu enregistrer, en quelques séances, ce qui devint « Beach Boys Party ». Nous étions à mille lieux d’imaginer que l’on puisse en extraire un single, « Barbara Ann », et qu’en plus il casserait la baraque ! Cela nous a permis de faire patienter notre public, car sinon ni n’aurions pas eu le moindre album nouveau sur la marché durant deux ans. De son côté, Capitol-Angleterre commercialisera « And Then I Kissed Her », un single présenté en 1967 comme une nouveauté alors que nous l’avions enregistré longtemps auparavant. En Grande-Bretagne, nous étions véritablement adulés. A tel point qu’une année le New Musical Express nous a classés premiers devant les Beatles (deuxièmes) et les Rolling Stones (troisièmes) (Ndr : 1966, catégorie meilleurs groupes vocaux).

- Aux States, en revanche, vous traversez une période de disgrâce à la fin des sixties…

- Exact : dès 1966, nos ventes d’albums n’arrivaient pas à décoller. Ou alors de façon incohérente et anarchique : « Pet Sounds », aujourd’hui encensé, se vendait très mal alors que nos « Best Of » partaient à la tonne… sauf le « Best Of Volume 3 » qui a connu un échec cuisant ! « Friends » n’est pas monté plus haut que 126e et « 20 / 20 » 68e. Pourtant, ce n’était pas faute de l’avoir poussé : quatre singles en furent extraits (« Do It Again », « Bluebirds Over The Mountains », « Cotton Fields » et « I Can Hear Music »). Vers la même période, il nous est même arrivé de jouer devant seulement deux cents personnes. Devenus les victimes de la contre-culture américaine, nous avons même envisagé de changer de nom, car « Beach Boys » était devenu synonyme de « ringards ». Ce n’est qu’en 1974 que nous avons redressé la barre, retrouvant à nouveau la première place des ventes de 33 T. Et encore, avec un album de vieux titres, « Endless Summer ».

- Votre implication en tant que parolier se fait surtout sentir sur « Wild Honey », album sur lequel vous signez neuf des onze textes, contre un seul sur « Pet Sounds ».

- Logique, j’étais en tournée avec le groupe lorsque Brian réalisa « Pet Sounds ». Je me suis fait piquer ma place de parolier par Tony Asher.

- Le succès et les royalties relatives aux paroles de « Good Vibrations » vous avaient-ils incité à écrire davantage ?

- Ca m’a surtout incité à plus de rigueur et plus de prudence ; je dois m’obliger à moins faire confiance à autrui. J’écris des chansons depuis l’âge de dix ans, et, pour les Beach Boys, j’ai écrit de nombreux morceaux de textes, portant sur une vingtaine ou une trentaine de chansons, pour lesquels je ne suis pas crédité, et qui auraient dû me rapporter des millions. Prenez « California Girls ». L’idée m’en est venue de retour de tournée. Après avoir sillonné le monde, je rentrais au bercail, heureux de constater que les filles, en Californie, étaient toujours aussi jolies: c’est du Mike Love, indiscutablement. Pourtant je ne suis pas crédité. Et cette situation remonte pratiquement à nos débuts. Prenons « 409 », « Catch A Wave », « Little Saint Nick », « Help Me Rhonda », « Be True To Your School » que j’ai co-écrits, et qui pourtant ne me sont pas co-crédités : Brian se les est appropriées à cent pour cent. Pareil pour « All Summer Long ». Il n’est pas impossible qu’un jour ou l’autre j’intente une action en justice pour être rétabli dans mes droits d’auteur car j’ai mis la main à la plupart des titres qui sont devenus des tubes. C’est moi notamment qui ai pondu la première ligne de « I Get Around », Round, round, get around, I get around, une accroche géniale. Al Jardine pourra en témoigner. En revanche, à l’égard de ses frères, Brian se montrait nettement moins pingre : j’ai demandé à Carl s’il avait vraiment écrit le texte de « Dance Dance Dance ». Et non ! Il a seulement trouvé la ligne de guitare. Pourtant il est crédité pour 50% du titre. Mon erreur fut de ne pas entrevoir la valeur de mes écrits. J’écris rapidement, sans difficulté aucune. Du coup je ne réalise pas que mes lignes valent de l’or car elles sont faciles à faire jaillir. Un exemple typique : « Wild Honey ». C’était l’époque où l’on commençait à se préoccuper de ce qu’il y avait dans nos assiettes. On cherchait à consommer des produits sains et naturels, non trafiqués. Et, un jour de répétition à la maison, tandis que Brian et les autres travaillaient une musique, je suis allé préparer le thé, je suis tombé en arrêt sur un pot de miel dit « sauvage ». J’ai écrit les paroles dans la foulée. Ca va vite, une fois que l’inspiration est sur les rails. Des fois, des évènements précis coïncident avec l’écriture d’une chanson. Je me souviens que nous avons créé « The Warmth Of The Sun » vers une heure ou deux du matin le jour de l’assassinat de John Kennedy.

 

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