Et si le pourissement de la société française provenait... de la TVA ?

Publié le par Daniel LESUEUR

Je vous l'avoue, je ne suis plus de première fraîcheur (65 ans au printemps). Je porte donc sur la société française un regard qui dure, juge et évalue depuis plus d'un demi-siècle. Sans me poser en "historien" de la société française, ce regard est néanmoins aussi pertinent que celui des "experts" que l'on voit sur les chaînes de télé de merde qui réfléchissent à court terme sur "la petite phrase" qui a été prononcée la veille. Experts... dont on se demande s'ils sont vraiment "experts" : la définition de l'expert est de voir juste sur son sujet de prédilection. Or, dès que l'on met deux experts face à face, ils ne sont plus d'accord. Et s'ils ne sont pas d'accord, c'est qu'au moins l'un des deux a tort ! Et lorsqu'il y a PLUSIEURS experts, c'est pire !

Revenons cent ans en arrière....

Le peuple français avait toujours été plutôt sympathique. Râleur, mais plutôt honnête et travailleur. Bien sûr il y avait des excès, des scandales... Mais pour UNE affaire Stavisky (1934), aujourd'hui il y a CENT affaires Cahuzac. D'où vient ce pourrissement ?

Qu'est-ce que la TVA ?

Le Français, râleur hier, geignard aujourd'hui (il ne râle plus comme autrefois, il se plaint tout le temps, c'est déprimant) n'a jamais trop aimé l'autorité quand elle est mal placée. Le percepteur n'est pas le personnage préféré des Français, on est plutôt du côté robin Des Bois. Or, en instaurant la TVA, on a voulu faire des commerçants et des artisans des collecteurs d'impôts. Mais c'est pas leur boulot, bordel !

-  les assujettis à la TVA jouent en fait auprès de leurs clients le rôle de collecteur d'impôt pour le compte de l'État

C'est pas moi qui le dis ! Cet impôt moderne est mis en œuvre à partir de 1954. Il faudra le choc politique de 1958 pour qu'elle soit appliquée progressivement à l'ensemble des biens et services. On peut dater l'achèvement de cet impôt sophistiqué sur la consommation à 1967. Et cela représentait, pour les petits commerçants et petits artisans, en complexifiant leur comptabilité, un surcroît de travail non rémunéré, donc, au final, le rapt, le vol, l'amputation d'un grand nombre d'heures volées au temps de loisir ou de repos. Un scandale légal !

C'est à partir de ce moment que certains commerçants et artisans commencèrent à dire en douce à leurs clients "Si vous me payez en liquide et sans demander de facture, vous paierez moins cher  (sous-entendu : pas la TVA)".

C'était au début des années 60.... Et à la fin des années 60, toute la France connaissait la combine. Et ça s'est mis à tourner dans les p'tites têtes :

- Et bin, si lui il peut truander les impôts, moi aussi...

Avec son corollaire sur les chantiers, dans les usines : travailler au noir pour ne pas payer d'impôts, engager du personnel au noir pour ne pas payer les charges.

Au début, il y a un demi-siècle, c'était risqué. mais à partir du moment où truander est de venu un sport national, et même pratiqué par certain ministre du budget, aujourd'hui c'est celui qui ne truande pas ou qui ne trafique pas, qui passe pour un couillon.

Et de travailleur et honnête, le Français devint roublard et combinard. Mais ça n'allait pas s'arrêter en si bon chemin. Ceux qui n'étaient ni commerçants, ni artisans, se sentirent "laisés" (!). Pourquoi, EUX, ils n'auraient pas le droit - pardon, la possibilité de truander ? c'est vrai, c'était injuste, non ? La seconde phase, après avoir demandé des aides, était l'ode à la paresse : qui n'a jamais entendu la phrase "Je gagne autant en ne travaillant pas... Alors pourquoi me faire chier?"

La phase suivante...

Gagner autant sans travailler qu'en travaillant, c'était bien... mais n'était qu'une étape. Avec l'avènement de l'ultra-libéralisme et les beaux exemples donné par les golden boys, on a commencé à vivre avec une ambition : TOUJOURS PLUS; celui qui gagnait autant en ne travaillant pas qu'en travaillant, avait du TEMPS LIBRE... Alors pour GAGNER PLUS, les petits trafics s'imposèrent, puis les gros trafics.

Du bas de laine au paradis fiscal...

Une fois la machine mise en branle, bien huilée, il apparut plus intéressant de planquer son fric aux îles Caïman que de risquer de laisser son bas de laine sous son matelas : on estime à 526 millions d'euros la somme des billets en francs qui n'ont pas été rapportés à la Banque de France après le passage à l'euro (cliquer ICI).

Enfin, tout cela sera bientôt fini : l'Etat envisage d'organiser son propre trafic de drogue... Pardon, de dépénaliser le cannabis, la formule est politiquement correcte. http://www.youtube.com/watch?v=wW6d3X8QbL8

 

Publié dans Société

Commenter cet article