Les nombreuses vies de Little Richard

Publié le par Daniel LESUEUR

Les nombreuses vies de Little Richard

Le livre ROCK DEGLINGUE (cliquer ici) présente une vaste galerie de portraits de rockers dingues dont Little Richard

En pleine gloire il s’était retiré, touché par la grâce du Seigneur... Il était devenu le révérend Richard Penniman. Mais la passion de la scène et du rock était plus forte que tout

De 1958 à 1964, il n'avait enregistré que des chants religieux. Mais cela ne l’empêcha pas d’avoir « une vie ». Une vie qui basculera une seconde fois.

Ca s’était fait tout naturellement : à la fin des années 50, le rock’n’roll recueillait plus de succès en Angleterre qu’aux States.

Un promoteur, Don Arden, avait parlé à Richard de sa formidable réputation en Grande-Bretagne. Et comme lui avait envie de découvrir ce pays, c’est tout naturellement qu’il avait accepté une proposition de tournée en Europe en 1962. Bon, d’accord, il s’était un peu fait avoir car il croyait qu’il s’agissait d’une tournée de gospel et il fut bien surpris de voir le nom de Gene Vincent sur l’affiche (Vincent, qui, d’ailleurs n’avait pas le droit de chanter car dépourvu de permis de travail).

Dès le deuxième concert, Richard avait réinvesti son répertoire rock. A partir de là, un manager malin, Brian Epstein en l’occurrence, proposa à Little Richard de se produire à Liverpool, ce qui ne pouvait que donner un coup de pouce supplémentaire à ses poulains les Beatles qui assureraient la première partie de ses concerts.

Après Liverpool, ce serait Hambourg, avant que Richard retourne aux States. Non content d’avoir tourné en 62 avec le plus grand groupe pop de tous les temps, il reviendra en Angleterre en 63 tourner avec le deuxième plus grand groupe pop de tous les temps, les Rolling Stones, eux aussi en bas de l’échelle à ce moment-là.

En 1964, Richard apprend que les Beatles viennent d'enregistrer « Long Tall Sally ». Requinqué par un tel hommage à son talent d'auteur-compositeur, il décide de son véritable retour ; jusqu’alors il hésitait encore à se remettre à fond au rock’n’roll. Car le rock, pour son entourage, était une évocation du Diable ; au même moment, en effet, Richard devait passer un examen afin d’être intronisé évangéliste. Pendant ce temps-là, sur scène, des femmes lui lançaient leur culotte ou une photo d’elle nue avec leur numéro de téléphone inscrit au verso !

Revenu au monde du spectacle, il obtient un tout petit, tout petit tube avec « Bama Lama Bama Loo » (1964). Les Américains sont loin de lui faire la fête. En revanche, sa troisième tournée européenne est une réussite, comme le seront les suivantes, portées par la vague de rock'n'roll revival du printemps 1968.

De concerts aux Etats-Unis en tournées en Europe, on le croit reparti pour de bon. Mais la vie trépidante qu’il mène l’a conduit à prendre goût à la cocaïne. Et comme en outre il boit beaucoup, sa santé s’en ressent.

En 1970, son médecin craint qu’il ait un cancer à l’estomac. La qualité de ses spectacles s’en ressent. Lui et tous ses musiciens, l’œil vitreux, déçoivent jusqu’aux fans de la première heure.

1975 n’est pas une brillante année...

- Son concert à Paris en juin est annulé faute de réservations.

- A Lyon et à Marseille il joue devant à peine 300 personnes.

Financièrement ça tourne au naufrage : les dépenses (hôtels première classe, orgies, drogue) dépassent largement les cachets demandés, pourtant exorbitants. Et la santé chancelante de la star l’obligeait plus souvent qu’à son tour à annuler des représentations :

« La cocaïne avait fait de moi un parano et une vraie ordure. Mon homosexualité s’exacerba. Je ressemblais à une tantouze doublée d’un cinoque ! Pour finir, je devins alcoolique », raconte-t-il à Charles White.

La faune qui gravite autour des dealers n’est guère recommandable

Un ami de Richard, un jeune de 21 ans, fut retrouvé dans la maison d’un trafiquant avec une balle dans la tête. Un autre se fit agresser par une bande qui le roua de coups, l’enferma dans le coffre d’une voiture. Dans un coin sombre, il fut dépecé à l’aide d’un couteau de boucher puis jeté dans une ruelle abandonnée. D’autres décès, certes non liés à la mafia de la drogue, assombrirent l’univers de Richard. Réalisant qu’il serait le prochain sur la liste noire, la religion l'accapara une nouvelle fois.

En 1977, il vendait des bibles au porte-à-porte. En 1979, il était redevenu prédicateur. En janvier 1984, sa mère meurt. Sa mère avec qui il vivait, cloîtré à Los Angeles, depuis de longs mois. Il est au plus bas…

Contre toute attente, sa biographie qui aurait dû sortir sans grand tapage, devient un best seller.

Le producteur anglais Stuart Coleman, qu’il rencontre en avril 1985, lui offre l’opportunité d’enregistrer un nouveau disque à Londres avec une confortable avance. En liquide, évidemment.

Toujours imprévisible, il part en pleine séance d’enregistrement, prend l’avion, arrive à Los Angeles, loue une voiture et, épuisé par le décalage horaire, s’endort au volant. A croire que cela faisait partie de sa promo : une équipe de caméraman de la télévision étaient tout près du lieu de l’accident. C’est ainsi que des millions d’Américains assistèrent presque en direct à l’extraction du chanteur de la carcasse du véhicule par un commandant de pompiers prénommé… Jesus. Seul bémol : la caméra n’a pas fixé sur la pellicule l’image du petit malin qui s’est emparé de la mallette contenant les quelques milliers de livres sterling glanés à Londres. Vu la violence du choc, Richard aurait dû y passer, ou au moins se faire amputer d’une jambe ; il se réveillera dans un hôpital où il passera un trimestre, avec une pile de télégrammes à dépouiller. Il y trouvera une alléchante proposition pour tourner un épisode de « Miami Vice ». Il était redevenu à la mode !

Publié dans musique

Commenter cet article