William SHELLER : interview mai 1976

Publié le par Daniel LESUEUR

William SHELLER : interview mai 1976

CONVERSATION A BATONS ROMPUS AVEC WILLIAM SHELLER

L'auditorium de chez Philips, un tranquille après-midi de mai 1976. Entre l'écoute des deux faces de son dernier album, William Sheller est venu bavarder quelques instants. Ses débuts remontent donc déjà à 1968, lorsqu'il composa LE tube de l'année en France, «My year is a day» interprété par les Irrésistibles. Mais William, qui refuse de tomber dans le piège du succès facile, préfère voler de ses propres ailes, composer ce qu'il a envie, plutôt que d'écrire un deuxième hit pour ce groupe de jeunes Américains. La même année, il sort en collaboration avec Gérard Manset, son premier 45 tours. «Couleurs», sur C.B.S., suivi, peu de temps après, par «Leslie Simone» et «Adieu Kathy», les deux titres de son deuxième simple. Simple est, plus que jamais, le terme qui convient, puisque William fait une moue dégoûtée lorsque j'exhibe cette pièce de collection dont la pochette présente un dessin vraiment peu ressemblant de William :

- Mon premier 45, je l'ai fait avec un groupe semblable à celui avec lequel je travaille actuellement, ainsi qu'avec Gérard Manset, et, à l'époque, il fut chroniqué dans des magazines style «Elle» qui nous comparèrent à des sortes de Mothers of Invention français, ce qui fait que la maison de disque sabota complètement le deuxième simple pour en faire un truc commercial.

- Comment se fait-il alors que tu sois tout de même resté chez CBS et que tu y aies sorti LUX AETERNA ?

- En fait, cet album n'a aucun rapport avec les deux simples : je l'ai entièrement produit moi-même, et j'ai dû insister pour qu'il sorte.

Or il venait de ressortir, avec, en pochette, une photo récente du créateur de «Rock'n'dollars»...

- J'ai, de toutes façons, quitté C.B.S. après sa sortie, en 1968.

- Aujourd'hui, une nouvelle collaboration avec Manset te paraîtrait-elle possible, ou tout-au-moins envisageable ?

- Je revois Gérard de temps en temps, mais travailler avec lui est assez difficile dans la mesure où il fait réellement SA musique à lui et je ne vois pas vraiment ce qu'on pourrait faire ensemble. Ou alors un 33 tours avec chacun sa face !

- Que penses-tu de cette réaction, caractéristique du public français, qui laisse passer un disque aussi riche que «Lux Aeterna», et qui, par contre, fait de «Rock'n'dollars» un tube du jour au lendemain ?

- C'est effectivement dommage, mais on ne peut rien faire d'autre que constater : le public français, au départ, n'est pas musicien ; il accroche donc à des trucs plus «faciles». Quoi qu'il en soit, il faut aussi admettre que «Rock'n'dollars» a été l'objet d'une promotion dont n'avaient pas bénéficié mes dis antérieurs; j'ai toutefois été beaucoup plus heureux de constater le succès de «Photos-souvenirs», qui est un morceau beaucoup plus riche, que ce soit au niveau texte ou musique. Mais si j'avais continué à ne faire QUE des trucs style «Lux», j'aurais attendu le succès toute ma vie... Et il en aurait été sans doute de même pour Manset s'il s'était cantonné à d'autres «Mort d'Orion». Il en sera de même pour mon nouvel album : mon titre préféré est «Genève», mais ce n'est pas du «grand public».

- Venons-en donc a ce nouveau 33 tours. Travailles-tu avec les mêmes gens ?

- Oui, il s'agit toujours des. anciens du groupe Alice. Cet album devait démarrer sur «St Exupery Airway», mais la famille de l'aviateur a crié au scandale, et ce titre, sous cette forme, ne paraîtra pas sur le 30 cm; les 45 T déjà sur le marché sont retirés de la vente pour être remplacés par un single avec «Joker Poker» à la place. Quoiqu'il en soit, nous réenregistrerons ce même morceau, avec des paroles légèrement modifiées. Il suffit juste de remplacer «St Exupéry» par n'importe quel autre nom. De toutes façons, la face A de ce 45 T reste «Comme dans un vieux rock'n'roll ».

- Dans un autre titre, «Téléphone pas trop tôt», j'ai cru reconnaître le riff de «Here comes the Sun». Est-ce un clin d'oeil aux Beatles ?

- Je ne l'avais même pas remarqué ! Par contre, au studio, lorsque nous avons enregistré ce morceau, c'est plutôt «No reply» qui m'est revenu en mémoire.

- Maintenant que ça marche pour toi, que tu peux travailler avec moins de contraintes financières par rapport à ta maison de disques, est-ce que tu penses que cela va te permettre de faire des trucs nouveaux, peut-être même, pourquoi pas, totalement différents de «Rock'n'dollars», plus proches de «Lux», ou au contraire risques-tu de devenir prisonnier de ton public et donc, indirectement, d'un style musical bien défini ?

- A ce niveau, aucun danger : je sais exactement ce que j'ai envie de faire. Le succès me permet effectivement de vivre mieux... La preuve, j'ai pu récemment m'offrir un piano alors que j'en étais privé depuis deux ans! Mais je prépare des albums qui n'ont rien à voir avec l'image qu'a le public de moi; des albums peut-être même instrumentaux, avec des musiciens qui viennent d'un peu partout, au gré des sessions et de l'Inspiration.»

- En général, comment te vient l'inspiration pour une chanson? Le thème utilisé correspond-il toujours à un souvenir personnel bien précis ?

- Pas du tout ! La musique est toujours écrite avant. Je pars ensuite d'un mot, d'une image qui semble coller à la musique, et l'imagination fait le reste, d'après les deux ou trois phrases déjà écrites! De toutes façons, à chaque album, je compte mettre de plus en plus de musique, d'arrangements raffinés, le texte et ma voix n'étant en fait qu'un instrument de plus, à peine plus Important qu'une guitare (à suivre encliquant ICI pour la biographie de William SHELLER établie au printemps 1976).

Publié dans musique, PEOPLE

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