Surendettement, le bonheur est dans le prêt

Publié le par Daniel LESUEUR

Surendettement, le bonheur est dans le prêt

Un 4x4 pour aller chercher le pain, un écran plasma pour regarder des programmes d'une rare indigence... et dans l'assiette des mets sans goût et néfastes pour la santé

Les consommateurs irréfléchis ont toutefois conscience de leur faiblesse. Leur vocabulaire est révélateur : par honte ou par pudeur, ils déclarent "avoir fait un prêt" alors qu'ils devraient dire qu’ils ont contracté un emprunt.

Travailler plus pour dépenser plus...

Une réflexion du psychiatre Serge Hefez : "Des études montrent que les gens savent parfaitement quelles sont leurs sources d'épanouissement : construire des relations solides, appartenir à une communauté, cultiver une bonne estime de soi-même. Mais une redoutable alliance d'intérêts politiques et économiques s'efforce de les en détourner pour les faire travailler plus et dépenser plus".

La défense du pouvoir d'achat

Cette lutte se justifiait dans la première moitié du vingtième siècle, lorsque se nourrir constituait encore la question primordiale. Elle se justifiait également il y a cinquante ans lorsque la plupart des logements étaient insalubres, sans chauffage et sans salle de bains. Mais aujourd'hui, dans les pays riches, la revendication du pouvoir d'achat concerne les services (faire garder des enfants qui auraient tant besoin d'être un peu avec leurs parents) et les nouveaux biens de consommation dispensables : écran plat, téléphone portable dernier cri avec forfait illimité pour cancaner, second véhicule...

Un mode de vie calqué outre-Atlantique

En moins d'un demi-siècle, à l'initiative de Pompidou qui avait promis une voiture à chaque famille, les villes sont devenues des garages. Puis notre mode de vie s'est mis au diapason de l'Américain et il y a aujourd'hui, globalement, autant de véhicules que d'habitants, ceux qui n'en ont pas se trouvant contrebalancés par ceux qui en ont plusieurs.

L’avènement du crédit à la consommation a aggravé la situation de ceux qui ne savent pas contrôler leurs dépenses. Cela n’est pas près de s’arranger. L'ouverture des magasins le dimanche permettra de remplacer une promenade en forêt par une descente à la grande surface du coin. A midi, dans la poêle, les champignons payés au prix fort auront moins de goût que ceux qu'on avait l'habitude de cueillir soi-même.

Est-on moins raisonnable lorsqu’on est seul à gérer un budget ?

Deux personnes sur trois qui déclarent un surendettement sont des personnes seules ou à la tête d’un foyer monoparental.

On distingue deux catégories de surendettés, les passifs et les actifs.

- Le Surendetté actif correspond à une personne qui a un recours déraisonnable au crédit (mauvaise utilisation du crédit, manque d’information lors de la souscription, mauvaise gestion de son budget…). Il représente un quart des surendettés.

- Le Surendetté passif correspond à une personne qui subit les conséquences d’un accident de la vie (divorce, chômage, un arrêt de travail de longue durée). Il représente trois quarts des surendettés.

Bling-bling...

Serge Hefez ajoute : "A quel moment déciderons-nous que les coûts marginaux de la croissance dépassent les bénéfices marginaux ? A quel moment dans les pays riches considérerons-nous que nous avons atteint le point auquel nous arrêter ? Certes si tout le monde arrêtait de consommer, l'économie finirait par s'effondrer mais on ne peut s'empêcher de penser que ce système économique avec son coût exorbitant sur l'environnement est profondément malade".

Avant d’envisager la moindre dépense, pourquoi ne pas se poser la question de savoir s’il s’agit d’un réel besoin, qui répond donc à une nécessité vitale, ou à une envie, peut-être passagère d’ailleurs, et qu’il serait plus raisonnable d’assouvir uniquement si on en a les moyens !

Publié dans Société

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