La Génération perdue, de Gertrude à Johnny !

Publié le par Daniel LESUEUR

La Génération perdue, de Gertrude à Johnny !

En 1966 Johnny Hallyday publie l'un des meilleurs albums de toute sa carrière : « La Génération perdue », sur des paroles de son ami Long Chris, merveilleuse chanson à écouter (en document rare : les répétitions) en cliquant ICI..

Johnny Hallyday a toujours été influencé par les Etats-Unis. A ses débuts il se prétendait américain . Vingt ans plus tard il chantera « Mon Amérique à moi » sur des paroles de Philippe Labro. Entre-temps il aura publié « La Génération perdue » qui annonce Mai 68 avec deux ans d’avance.

La littérature américaine

Lorsque Johnny chante « Quelque chose de Tennessee » il évoque l’écrivain américain Tennessee Williams (1911-1983). De son côté l'Américaine Gertrude Stein invente la formule « génération perdue » qui désigne une école de romanciers qui compte parmi ses rangs Ernest Hemingway et Sherwood Anderson.

En 1903, Gertrude Stein (1874 - 1946), amie de Picasso, s'était établie à Paris où elle recevait nombre d'artistes et intellectuels américains de passage dans notre capitale.

Comment la formule passa-t-elle de Gertrude à Johnny ?

Gertrude Stein, écrivaine, vécut à Paris. Dès lors, il n'est pas étonnant que le parolier Christian Blondieau, alias Long Chris, très influencé par les Etats-Unis, ait fait référence à l'auteure de l' "Autobiographie d'Alice B. Toklas » (1933) pour le titre qu'il écrit à l'intention de son ami Johnny Hallyday.

Chanson d’espoir à l’intention des blousons noirs de 1960, des hippies de 1967, des jeunes des banlieues d’aujourd’hui, « La Génération perdue », pour son côté intemporel, peut se réécouter sans honte ni nostalgie. Hallyday, personnage complexe qui louvoie entre les modes, se contentant parfois de les suivre par opportunisme, cette fois les devance

Les paroles, écrites en 1966, annoncent l'état d'esprit qui animera mai 68

Les jeunes contestent une autorité qui ne se justifierait que par son antériorité, par son âge. La chanson commence par "Ta génération en veut à la terre entière". Après une telle accroche, il était indispensable d'adoucir les propos de l'Idole des jeunes, considéré, certes pas comme un intellectuel, mais au moins comme un leader ; en tant que tel, il se doit, à l'époque, d'observer une ligne de conduite. C'est ainsi que, de façon imperceptible, dans un effort de réconciliation des générations, en ne changeant qu'un seule phrase revancharde du texte original, le sens de la chanson sera modifié, édulcoré : “Le nom que l’on t’a imposé” est remplacé par “Le nom que ton père t’a donné”.

Mais Johnny Hallyday ne vivra pas les "événements" de mai 1968 à Paris : il sera en tournée en Amérique du Sud, puis en enregistrement à Londres Le conflit des générations Il faut se souvenir que, dès 1960, c'est-à-dire dès l'émergence de la Nouvelle Vague de la chanson française, deux générations, celle des "croulants" et celle des "yé-yé", s'étaient vivement affrontées verbalement dans un conflit attisé par les médias. Il était inutile de le raviver. D'autant qu'entre-temps le rapport des forces s'était modifié : les jeunes Français, qui ne craignaient plus d'aller mourir en Algérie, représentaient désormais les forces de la nation, avec son économie et ses médias. Leurs aînés, bientôt, ne tiendraient plus le haut du pavé. Ils avaient creusé la terre, pour ses minerais ou pour l'industrie agro-alimentaire. Cette même terre qui recouvrait tant d'eux, tombés au cours des deux guerres mondiales...

Désormais le monde, la vie seraient moins rudes, du moins le croyait-on en 1966-1968. Dans une certaine mesure, les parents prenaient leur revanche sur une première moitié de siècle impitoyable : ils avaient bâti une société où l'argent semblait devoir couler à flots, où les études semblaient devoir assurer un avenir professionnel encourageant, voire attractif.

Une vie de confort, et même de luxe, si l'on se replace dans le contexte : qui, à la Libération, aurait prédit qu'un jour presque chaque Français pourrait disposer d'une salle de bains, du téléphone, de la télévision et d'un véhicule à quatre roues ?

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