L'actrice Jetta Goudal était-elle la fille de Mata-Hari ?

Publié le par Daniel LESUEUR

L'actrice Jetta Goudal était-elle la fille de Mata-Hari ?

Après quatre années passées sur la côte Est (à Broadway), en 1922, on vit arriver à Hollywood une exotique beauté d'une vingtaine d'années dont le visage rappelait certains traits de la fameuse espionne Mata-Hari : Jetta Goudal. La cité du cinéma fut enthousiasmée par l'arrivée de cette nouvelle étoile, mais elle fut bientôt déçue par la réserve et la distance qu'elle imposait à tous ceux qui l'approchaient. On n'hésita pas à dire qu'« il n'y avait pas une artiste au monde, à quelque catégorie qu'elle appartienne, qui soit enveloppée d'un mystère plus troublant ».

Les histoires qui ont circulé pendant des années sur elle et ses origines n'ont servi qu'à épaissir le voile qui entoure « l'énigmatique visage aux longs yeux d'Orientale ».

Essayant de se renseigner sur son passé, un journaliste lui demanda incidemment si elle avait encore sa famille. Elle répondit d'une voix douce :

« Cela doit vous gêner beaucoup de poser des questions si indiscrètes ; si mon travail appartient à la presse, convenez que ma vie privée n'appartient qu'à moi seule ».

Elle avait entamé, déjà, une brillante carrière sur les scènes européennes lorsque, avec sa famille, elle avait quitté le Vieux Continent début 1918, craignant le pire de cette guerre qui n'en finissait pas. Débarquant à New York, elle cacha sa confession juive et ses origines néerlandaises, se prétendant parisienne, prétendant être née à Versailles en 1901 alors que, de son vrai nom Julie Henriette Goudeket, elle est née à Amsterdam en 1891.

- La vie de Jetta Goudal repose sur un passé lourd de suppositions que certaines coïncidences ont rendues vraisemblables. Aussi bien gardés que soient les détails de sa vie pendant son enfance, il est à peu près certain qu'une parenté directe, affirment quelques-uns, l'unit à la fameuse Mata-Hari que les fossés de Vincennes ont vue tomber sous les balles du peloton d'exécution. Là est peut-être la raison de son silence quant à sa naissance (Cinémagazine n°13 de mars 1929).

« Jetta n'ambitionnait nullement une place prépondérante dans le cercle lumineux des astres de l'Ecran », écrit encore l'hebdomadaire, « elle désirait seulement interpréter les rôles qui lui plaisaient, que ceux-ci soient de premier, ou de second plan ».

Elle avait peu, très peu d'intimes, et malgré la discrétion de ces derniers en ce qui concerne le passé de leur fascinante amie, c'est par eux qu'on a pu rapprocher les faits : Jetta se disait de descendance hollandaise et que son grand-père avait été au service consulaire de Java.

La Hollande et Java : deux points d'ancrage de Mata Hari.

Il n'en fallut pas plus pour que Jetta passât pour sa fille :

- Si, devant elle, on fait une allusion à sa ressemblance avec Mata Hari, elle sourit ; et son sourire n'est ni une affirmation ni une dénégation. Elle connaît le pouvoir de sa beauté. Elle sait qu'elle intrigue les imaginations et que la légende de sa naissance prend place entre une histoire vraie et un conte fantastique. Son attitude crée autour d'elle une atmosphère singulière, son talent, reconnu sans publicité, la place à un rang particulier, sa vie élégante et discrète lui assure une renommée aristocratique.

« Si sa mère est Mata Hari, son père n'est-il pas quelque prince hindou, ayant transmis à l'énigmatique Jetta le charme de l'Orient ? Ou bien est-il le noble Chinois dont le nom circule autour de Jetta et qui lui aurait légué l'impassibilité asiatique ? Serait-ce encore un avocat européen qui s'est occupé d'elle pendant son enfance et qui lui a donné la culture française qu'elle possède ?"

Quelles que soient ses origines, Jetta Goudal, figure pâle et attirante, resterait l'actrice la plus mystérieuse d'Hollywood : en dehors des photos, il semble bien que, pour la voir, il ne reste plus qu'entre 1 et 2 minutes du film Wounded Heart de 1929 malgré le succès, en 1925, Salome of the Tenements : après, Jetta tourna sous la direction de Cecil B. De Mille mais elle se montra si « chiante » qu'il la renvoya... Elle l'attaqua en justice pour rupture de contrat injustifiée et... gagna son procès. C'est ainsi que, involontairement, elle devint un symbole du pot de terre contre le pot de fer... et du syndicalisme, à la suite de quoi de nombreux studios refusèrent de l'engager par crainte des ennuis qu'elle pourrait leur créer !

Sa carrière cinématographique s'acheva définitivement en 1930, mais auparavant elle avait pu tourner près d'une vingtaine de films dont, en 1928, The Cardboard Lover produit par William Hearst et Marion Davies, Lady Of The Pavement (Griffith, 1929) et un film en français (Le Spectre vert de Jacques Feyder).

Publié dans CINEMA

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