Dans la famille «inventions les plus stupides»… le Sound Burger

Publié le par Daniel LESUEUR

Dans la famille «inventions les plus stupides»… le Sound Burger

Dix ans avant le lancement du CD, une firme japonaise tenta de commercialiser un tourne-disque portable totalement incongru.

Les Japonais sont les rois incontestés de la miniaturisation. Et depuis les années 50, ils n'ont cessé de tout miniaturiser, et particulièrement tout ce qui touche à l’image et au son : téléviseur, radio à transistor, mini-cassette (quelqu’un sait-il encore de quoi il s’agit ?), Walkman… jusqu’au CD, support sonore le plus pratique qui ait jamais existé et qui ne sera jamais égalé puisque après lui, le son n’a plus besoin de support physique.

L’avenir du disque

À partir de 1982, tout le monde se débarrassera des disques vinyles… mais, en 1970, tout le monde reste persuadé que jamais rien d’autre que le vinyle n’emportera le marché du disque. Et, assuré de cette permanence au premier plan dans les bacs des disquaires, un inventeur dont le nom restera à jamais inconnu, pensa en premier lieu aux collectionneurs qui hantent les vide-greniers, les brocantes et les foires aux disques, lieux par excellence dépourvus de tourne-disques : qui a intérêt à faire écouter à un client potentiel un vieux disque usé, rayé et qui gratte atrocement ? Mieux vaut nettoyer le disque, faire briller sa pochette pour faire croire qu’il est en bon état !

Pensant aux malheureuses victimes d’un marché de dupe auprès d’un vendeur que le collectionneur ne reverra jamais pour lui demander de le rembourser, un Japonais réfléchit…

L’inventeur phosphore… Eurêka, s’écrie-t-il (en japonais)

Il va inventer, en 1970, un tourne-disque portable que l’on va bientôt surnommer Sound Burger, car le disque vinyle est pris « en sandwich » entre les deux moitiés de son tourne-disque. Premier point : c’est vraiment pas esthétique.

Deuxième point : on n’entend rien, vu les faibles dimensions du haut-parleur. Qu’à cela ne tienne, notre inventeur rajoute des écouteurs.

D’où, troisième défaut de sa machine : c’est vraiment pas pratique !

3 défauts, 0 avantage !

Mais notre inventeur, loin de se décourager, fait, au contraire, preuve d’obstination et, au bout de près de deux ans, monte sa société et s’en va trouver un fabricant qui va dupliquer sa machine infernale. La voici débarrassée – du moins le croit-il – du nom grotesque de Sound Burger.

Elle sort de l’usine en 1972 et s’appelle désormais l’Audio Technica AT 770.

Pourquoi «AT 770» alors que « AT 001 » eut été plus juste ? Mystère !

Peut-être simplement parce que 770… ça en jette ! Comble d'ironie, le modèle suivant, sorti quelques mois plus tard, se verra doté d'une référence antérieure, AT 727. Soyons bons princes, cherchons des… euh… une qualité ! L’Audio Technica AT 770 possède une qualité, il est très léger : il pèse moins de 1 kg et ses dimensions sont petites. Notre inventeur envisage donc d’axer sa publicité sur le rêve de longues après-midi à la campagne, en musique.

Hélas… caramba, encore raté : l’Audio Technica AT 770 fonctionne sur piles, rapidement épuisées par la rotation du disque. Bref, l’après-midi en musique, oui… à condition d’amener de nombreuses piles de rechange. Et notre inventeur a également oublié que le vinyle est très lourd. Certes, à l’époque, on n’y faisait pas trop attention… mais lorsque surgira le CD en 1982 ?

Pour comparaison, un CD pèse 15 g, un 45 tours en vinyle pèse 65 g et un album vinyle 250 g. Et comme, durant cette après-midi de détente à la campagne, vous n’avez pas l’intention d’amener un seul disque (« La Danse des canards », toute une après-midi en boucle, c’est pas le rêve), vous voilà contraint, peut-être pas de louer un semi-remorque, mais au moins de trimballer un sac d’au moins 5 kg rempli de disques et de piles.

Conclusion…

Eh bien non, cet article n’aura pas besoin de conclusion. La conclusion sera votre réponse à cette question : depuis sa commercialisation en 1972, avez-vous jamais rencontré quelqu’un possédant un Sound Burger… pardon, l’Audio Technica AT 770 ? Il fait partie de l'histoire du vinyle, mais vraiment pas de notre vie de tous les jours.

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