Années 60, les reines de la soul et du rhythm'n'blues

Publié le par Daniel LESUEUR

Années 60, les reines de la soul et du rhythm'n'blues

Si nul n'a oublié Aretha Franklin, on ne peut pas en dire autant de sa soeur Erma ni même de Martha Reeves et de Gladys Knight. Dommage !

Diana Ross est la Reine incontestée de la soul et du r'n'b des années 1960. Elle a tant marqué son époque que, dans nos mémoires, elle a occulté celles qui auraient pu... "être reines à la place de la Reine" !

Martha and the Vandellas

Elles ne furent jamais aussi connues que les Supremes (que Diana Ross ait été la maîtresse de Berry Gordy explique sans doute la différence de traitement). Chez Motown, elles existèrent de 1962 à 1972.

A l’instar des Supremes qui firent d’abord une modeste carrière en tant que Primettes, Martha and the Vandellas eurent elles aussi « une vie avant Motown » chez qui elles signèrent pratiquement en même temps que leurs rivales. C’est sous le nom des Del-Phis qu’elles se produisirent de 1957 à 1961, publiant un 45 tours sur Checkmate Records, sous-marque de Chess, puis un autre sous le nom des Vels.

Une histoire de rendez-vous manqués retarda la naissance des Vandellas : c’est d’abord Martha qui se trompe de jour pour venir passer une audition. La voyant dépitée, le patron de Tamla lui procure un job de secrétaire ! De plus, Gordy engage les trois Vels comme choristes pour le deuxième album de Marvin Gaye. Quelques mois plus tard c’est au tour de Mary Wells (interprète du tube « My Guy ») de rater une séance d’enregistrement et de se voir remplacer au pied levé par Martha qui, du coup, est engagée en tant que chanteuse et invitée à mener les Vandellas.

Elles eurent cinq tubes imparables

"Jimmy Mack", "Nowhere to run", "Heatwave", “Quicksand" et surtout "Dancing in the street”, composition de Marvin Gaye aujourd'hui sur toutes les lèvres, qui faillit bien être condamnée à l'échec. L'interprétation du trio féminin noir sortie une première fois en 1964 fut considérée à tort comme un appel à la violence. Malgré la censure d'un certain nombre de stations radiophoniques, le titre se place à la deuxième place des hit-parades américains.

Erma Franklin

Dur de vivre dans l’ombre d’une star ! C’est ce qu’a dû longtemps penser la chanteuse (1938-2002), sœur aînée de celle qu’on a surnommée Lady Soul. Erma faillit accéder à la notoriété en enregistrant en 1967 une chanson de Bernt Berns, "Piece of my Heart". Hélas c’est de la version de Janis Joplin publiée l’année suivante dont on se souvient. La version d’Erma avait stagné à la 62e place des classements américains, pas de quoi pavoiser. Elle vendra nettement plus de sa réédition en 1992 qui sert de support à une pub télé pour Levi’s. Il est rageant de devoir sa notoriété, non pas à ses cordes vocales, mais à des jeans ! D’autant qu’Erma n’était pas plus nulle qu’une autre : l’échec de sa carrière est surtout dû à des problèmes contractuels, ses différentes maisons de disques n’ayant jamais pu lui fournir un répertoire adéquat.

De guerre lasse, elle choisit de devenir choriste de sa sœur ; on l’entend notamment sur "Respect", titre qui permit à Aretha de devenir une vedette mondiale (en 2004, Rolling Stone a élu Aretha plus grande voix de tous les temps. Le disque n’existant que depuis 1877, le titre est peut-être un peu ronflant !).

Aretha Franklin

Née à Memphis (Tennessee) en 1942, elle avait six ans lorsque ses parents se séparèrent, dix lorsque mourut sa mère, chanteuse et pianiste réputée qui avait pour amis Sam Cooke, Clara Ward et Billie Holiday. Et c’est justement par le producteur de cette dernière, John Hammond, qu’Aretha est repérée en 1960.

Ses débuts se font hésitants

Chez Columbia, on lui "colle" un répertoire à la Nat King Cole. Or les violons sirupeux ce n’est pas son truc, Aretha n’est pas faite pour susurrer ni pour caresser dans le sens du poil. Elle n’est pas opposée à l’idée de déranger, au contraire. C’est la raison pour laquelle, après avoir signé pour Atlantic, elle sera propulsée au sommet des hit-parades par une chanson dérangeante. Dérangeante à double titre, car non seulement cette chanson prône la liberté de la femme mais elle est, de plus, interprétée par une Noire. Avec "Respect" Aretha allait réussir le pari tenté par Martha Reeves.

On est en mai 67... la chanson préfigure les mouvements de libération de la femme (Women's Lib là-bas, M.L.F. ici). Avec ce morceau, Aretha explose les hit-parades et, dans la foulée, décoche une volée de tubes en un temps record : "Baby I love you", "A Natural Woman" et "Chains of Fools" en 1967, "Since you’ve been gone", "Think" et "I say a little prayer" en 1968. Un challenge, car dans ce registre r’n’b, la concurrence est âpre, notamment avec Gladys Knight : fin 1967, elle avait vendu deux millions et demi de 45 tours, réalisant ainsi la (jusqu’alors) meilleure vente de toute l’histoire de Tamla.

Gladys Knight and the Pips

Ils commencent leur carrière en 1959. Ils connaissent le succès assez rapidement avec deux 45 tours bien classés dans le hit-parade en 1961 et 1962. Deux ans plus tard, Gladys quitte la formation pour cause de mariage… mais doit la réintégrer en 1964 pour élever ses enfants. Le succès ne reviendra qu’en 1966, coïncidant avec la signature d’un contrat avec Tamla.

En 1967, c’est la consécration, en Grande-Bretagne avec le fabuleux "Take me in your arms and love me" (repris en 1971 par les Flirtations) et aux Etats-Unis avec “I heard it through the grapevine” qui grimpe à la deuxième place du hit-parade… mais passe totalement inaperçu dans le reste du monde. Il faut attendre 1969 et la version de Marvin Gaye pour retrouver le titre n°1 simultanément en Angleterre et aux Etats-Unis. Si l’on écoute les deux versions, celle de Marvin Gaye et celle de Gladys Knight, on a l’impression d’entendre deux chansons différentes. Pourtant elles avaient été enregistrées en même temps. Gladys réitère avec "If I were your woman" et “Help Me Make It Through the Night”, relatif succès pour elle en 1972 malgré la concurrence avec les versions de son créateur Kris Krisstofferson et celle de sa petite amie du moment Joan Baez (1970), celles d’Elvis Presley, de Sammy Smith et de Jerry Lee Lewis (1971).

Publié dans musique

Commenter cet article