1913 : le premier Dîner de cons

Publié le par Daniel LESUEUR

1913 : le premier Dîner de cons

Dans le livre 150 biographies insolites du XXème siècle (cliquer ICI) on apprend qui fut la première victime consentante d'un dîner de cons : le génial Jean-Pierre BRISSET

Impossible de se pencher sur ses écrits sans éclater de rire. Pourtant, une fois calmée la crise d’hilarité, on en vient à penser que ses pseudo délires tiennent debout dans des « zones de relative cohérence qui correspondraient à peu près aux classifications traditionnelles des savoirs » (Michel Pierssens). Au diable l’hilarité : « Si l’œuvre, remarquable entre toutes, de Brisset vaut d’être considérée dans ses rapports avec l’humour, la volonté qui y préside ne peut en aucune façon passer pour humoristique » (André Breton). Même si c’est avec une certaine moquerie que Jules Romains proposa qu’on le proclame Prince des Penseurs, il n’en est pas moins un personnage respectable.

Le Figaro du 13 avril 1913 jette cependant une ombre au tableau… Notre héros fut très vraisemblablement la victime du premier Dîner de cons :

- Brisset, ignorant ce complot démodé qu'on avait tramé autour de lui, paraissait très heureux. Ingénu, il souriait à ses bourreaux et, de temps en temps, fermait les yeux, comme pour mieux savourer sa joie intime. On l'emporta vers un restaurant. Le vieillard s'assit à la place d'honneur. On l'appelait Maître. On l'accablait sous les hyperboles. On se confondait en admiration à ses moindres mots. Et puis, on détournait la tête pour rire à l'aise. On s'amusait bien. Mais l'heure approchait où l'on devait mener le vieillard sur la place du Panthéon, afin que « le Prince des Penseurs » rendît visite au Penseur de Rodin. Il remarqua que « pour penser, on n'est pas obligé de quitter ses vêtements et de contorsionner son corps comme on le voit sur ce chef-d'œuvre. »

Le rédacteur du Figaro conclut :

« Je ne puis trouver plaisant qu'on ait posé, sur cette tête blanche, une couronne dérisoire. »

Brisset approchait de 80 ans. Trois mois plus tôt il était encore inconnu : c'était un ancien employé de chemin de fer qui s'était mis un peu tard à penser... et à inventer : il avait déposé le brevet de la « ceinture-caleçon aérifère de natation » puis celui d’une « planchette calligraphique » destinée à l’enseignement de l’écriture et du dessin.

Publié dans PEOPLE, Histoire

Commenter cet article