33 + 45 = 78

Publié le par Daniel LESUEUR

33 + 45 = 78

Sans aller jusqu'à évoquer une intervention divine (il a quand même autre chose à foutre, le Grand) cette espèce d'équation est pour le moins troublante...

33, 45 et 78 (tours par minute) sont les vitesses de rotation des disques durant la majeure partie du 20è siècle. On pourrait donc penser, si on ne s'intéresse par particulièrement au disque, que... c'est normal parce que, justement, 33 + 45 = 78. Or les trois vitesses sont sans rapport ; de plus la troisième (78 tours) est sortie par miracle du chapeau du prestidigitateur.

Les vitesses de 33 tours et de 45 tours, en effet, ont été décidées une fois pour toutes, mais le "78 tours", lui, est sorti un peu par hasard puisque aux alentours de 1900 la vitesse des disques était tout aussi bien de 70 ou bien 80 tours/minute que de 120, 140 ou 150. Et, en concurrence avec le disque rond et plat, il y a les cylindres dont la vitesse de rotation idéale varie d'un cylindre à l'autre : de 100 à 125 tours à la minute jusqu'à 1900 ... puis de 144 t/mn en 1900, vitesse inaugurée par les rouleaux New Process Record... et enfin 160 t/mn à partir de 1902.

Pourquoi la vitesse de 78 tours s’est-elle imposée plus qu’une autre ?

Par simple mesure d’économie pour le territoire américain : le moteur électrique synchrone alimenté en 60 Hz (fréquence utilisée aux U.S.A.) tourne à 3 600 tours/mn ; équipé d’un réducteur de rapport 46, le disque tourne très exactement à la vitesse de 78,26 t/mn.

En 1929 les Américains virent fonctionner, dans les salles de cinéma, un enregistrement du chanteur de jazz Al Jolson sur disque d'un diamètre de 96cm et tournant à la vitesse de 33 tours à la minute.

Ce test à 33 tours à la minute dut sembler concluant : bien que le disque "Longue Durée", tel que nous le connaissons (microsillon), ne soit rendu public qu'en 1948, il a connu diverses poussées de fièvre dès sa première utilisation vingt ans plus tôt. Après une première commercialisation, infructueuse, aux USA en 1931 par la firme Victor sur disque en vitrolac (un enregistrement de la 5ème symphonie de Beethoven), on vit apparaître, en 1936, un disque au sillon beaucoup plus serré que celui du 78 tours traditionnel... que l'on ne peut néanmoins pas encore désigner par le terme de "microsillon". Entendons-nous, d’ailleurs, sur le terme de “microsillon”: il s’agit d’un sillon environ trois fois plus ténu que par le passé.

Par centimètre, on compte cent “tranches” de sillon sur un 33 tours ou sur un 45 tours, tandis qu’on en compte 36 sur un 78 tours.

C'est le 21 juin 1946 qu'est mis au point, par les ingénieurs René Snepragers et Peter Goldenmark, le premier microsillon, à l'intention de la firme Columbia. Ses caractéristiques sont, pour l’époque, étonnantes, sa lecture s’effectuant par des pointes de 15 microns (1 micron = 1 millième de millimètre).

Officiellement, le microsillon commence son règne en 1948. Mais les techniciens ont du mal à définir une vitesse de rotation idéale; en conséquence, ce seront deux vitesses qui seront retenues, celle de 33 tours et un tiers (ce nous appelons couramment un “33 tours” tourne en réalité à 33,333T) mais aussi de 45 tours à la minute (des expériences sans grand lendemain seront également tentées à la vitesse de 16 tours à la minute).

Conclusion...

Une fois que l'on sait tout ça, force est de constater que les 3 vitesses du disque n'ont AUCUN rapport entre elles. Et pourtant, 33 + 45 = 78 !

Commenter cet article