Philippe de Dieuleveult, Agent secret et vedette du petit écran

Publié le par Daniel LESUEUR

Philippe de Dieuleveult, Agent secret et vedette du petit écran

Il est né à Versailles en 1951 dans une famille nombreuse (il a sept frères).

Au milieu des années soixante-dix il devient caméraman pour la deuxième chaîne de télévision française.

En 1978 il se classe troisième au classement de l’émission-concours La Course autour du monde qui lui donne l’envie de jouer au globe trotter.

En 1981 il est en charge de l’émission La Chasse au trésor qui obtient un succès phénoménal.

Plus qu’un simple animateur, il paye de sa personne en faisant découvrir chaque semaine aux téléspectateurs un pays nouveau : chute depuis un hélicoptère, plongée sous-marine, saut en parachute en direct…

Des expéditions souvent risquées, jusqu’à la dernière, en raft, au Zaïre.

L’émission avait achevé sa quatrième année d’existence. Son équipe avait entrepris la descente du fleuve Zaïre à bord de deux radeaux pneumatiques.

Le 6 août 1985, plus de nouvelles, sa radio ayant cessé d’émettre.

Un peu plus tôt le matin, deux de ses assistants, François Laurenceau et Jean-Louis Amblard, avaient déclaré forfait, considérant que l’épreuve prévue, à savoir franchir les rapides d’Inga, était insurmontable ; de Dieuleveult disparaîtra mystérieusement avec six autres membres de l'opération aux environs du barrage hydroélectrique d'Inga.

Noyade, accident, assassinat ?

Il était agent secret de la DGSE. Un seul corps de l'expédition a été retrouvé. Les tourbillons du fleuve peuvent entrainer un corps vers le fond, le plaquer sous un rocher ; la présence de prédateurs comme les crocodiles géants ou les poissons carnivores n’est pas non plus à dédaigner.

A chaud, on pensa à un malheureux accident puisque, justement, les survivants sont ceux qui avaient refusé de tenter l’impossible.

Envoyés spéciaux au Zaïre, des journalistes du quotidien belge Le Soir publient, sur plusieurs semaines, leurs conclusions, contradictoires : un ingénieur zaïrois, Tunasi Atanga et un ami affirment avoir vu le lendemain de la tragédie, vers 11 h, depuis un escarpement près du bout de l’aéroport trois hommes blancs aller et venir autour du bateau intact.

Ils « paraissaient ranger des sacs jaunes sur le bateau ».

Les sacs de l’expédition étaient en effet jaunes vif.

Il précise avoir allumé un feu et fait des signes avec une chemise blanche, mais, affirme-t-il, « ils ne semblaient pas en danger. »

Vers 16 h, ces trois hommes blancs auraient disparu (partis dans la montagne ?).

Une semaine plus tard, Atanga n’est plus aussi formel sur la couleur de la peau des trois hommes, estimant qu’à cette distance d’environ un kilomètre et demi, à la jumelle, « on ne pouvait pas reconnaître la couleur de la peau ».

L’aurait-on intimidé pour lui faire changer sa version des faits ?

Toujours est-il que dix jours plus tard la conclusion des journalistes est bien différente : plusieurs employés du barrage ont regardé les radeaux pneumatiques dévaler les rapides.

Ken Selman, un conseiller américain, raconte que le raft de Philippe de Dieuleveult a dérivé sur le fleuve avant le virage en tête d’épingle puis a été happé par les courants vers l’ouest devant le barrage. Il a vu plonger l’embarcation cinq secondes, sauter en l’air en se retournant et sombrer de nouveau avant de réapparaître. Salman et son collègue n’ont vu personne à bord. Ils ont aperçu une pagaie qui a effectivement été retrouvée sur le bateau échoué. Il ne croit pas qu’un équipage non attaché comme celui de Philippe de Dieuleveult, ait pu se maintenir sur le radeau au moment du looping. Le second raft aurait sans doute chaviré dès les premiers mètres des terribles rapides.

Durant huit ans, ses admirateurs n’auront aucune autre information. Et puis, en 1994, paraît le livre J’ai vu mourir Philippe de Dieuleveult de Okito Bene-Bene, un ex-officier des services secrets zaïrois. Si l’on en croit ses écrits, de Dieuleveult aurait été exécuté avec quatre de ses compagnons dans la nuit du 9 août 1985 après avoir été mis au cachot et subi plusieurs heures d'interrogatoire dans un camp militaire.

Pour quelle raison infliger un tel traitement à un animateur de télé ?

Selon la journaliste Anna Miquel, de Dieuleveult, deux jours après sa disparition, fut interrogé à Kinshasa par un officier de la Division spéciale présidentielle de l'ex-dictateur Joseph-Désiré Mobutu. Anna Miquel affirme avoir retrouvé le procès-verbal estampillé « République du Zaïre » de l’interrogatoire qui porte les signatures du « comparant » Philippe de Dieuleveult (signature authentifiée par son frère Jean de Dieuleveult) et du « major K. », « chef d'opérations ».

Jean de Dieuleveult saisit alors le procureur de la République et s’en ouvre au site lepoint.fr :

- lepoint.fr : Vous pensez donc qu'un certain nombre de personnes sont impliquées dans cette affaire et peuvent être traduites devant un tribunal grâce à ces charges nouvelles...

- J de D : Tout à fait, puisqu'il y a eu manipulation par l'État français. M. Roland Dumas, alors ministre des Affaires étrangères, a fait pression auprès de Mobutu pour qu'il accepte l'envoi de troupes françaises. En réalité, les troupes françaises composées de parachutistes avec deux avions transals, un hélicoptère Puma et une Gazelle, n'avaient pas pour mission de rechercher la vérité ou ce qui s'était passé. La seule mission qu'ils avaient, c'était "retrouver un corps de noyé". Dès le départ, tout était faussé, et j'en ai les preuves et les témoignages.

- lepoint.fr : Quel était l'intérêt de l'État français de faire croire à une mort accidentelle ?

- J de D : Pour moi, les responsables sont des personnes ou des services qui ne voulaient pas que sa mission soit accomplie. Philippe et ses compagnons ont été dénoncés par un Français ou des Français ou un service français ou une officine de renseignement française. Tous les groupes industriels ont leurs agents de renseignement. À la hauteur du barrage électrique d'Inga, ils ont envoyé aux renseignements zaïrois un message disant : "Ce sont des mercenaires, ils vont attaquer le barrage d'Inga." Les Zaïrois, sachant que cela vient d'un service ami, les arrêtent. Ils réagissent en soldats, je ne peux pas leur en vouloir. Je leur en veux seulement dans la mesure où ils ont fait souffrir mon frère et ses compagnons. S'ils ont tué Philippe, ils ne sont pas responsables pour moi. C'est une affaire franco-française.

Malheureusement pour lui, les enquêteurs de la brigade criminelle française affirment que le procès-verbal serait un faux sur lequel la signature de Philippe de Dieuleveult aurait été scannée, puis rehaussée à l'encre.

Alors que la plainte du frère de Philippe a échoué (complicité d'assassinat contre un service français ou une officine de renseignement française avec manipulation de l'État français), son fils Tugdual revient à la charge en 2006 grâce au témoignage de Jean-Louis Amblard : celui-ci pense que l’expédition a été victime d’une bavure de l'armée zaïroise sur trois des participants (Philippe de Dieuleveult, Angelo Angelini, Lucien Blockmans) et d'une noyade pour les quatre autres (André Hérault, Richard Janelle, Guy Colette et Nelson Bastos). Cette version est aussi soutenue par l'amiral Lacoste (chef de la DGSE à l'époque). Tout cela est bel et bien… mais dépourvu de toute preuve. Le mystère reste entier.

Publié dans Histoire

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