WHO'S NEXT, un vinyle de légende (3)

Publié le par Daniel LESUEUR

WHO'S NEXT, un vinyle de légende (3)

Glyn Johns, dont le chemin avait croisé celui des Who au moment de l’enregistrement de leur premier album (1965), s’était construit au fil des ans la réputation d’être le producteur par excellence. Il travailla avec Led Zeppelin, les Rolling Stones... Et même avec les Beatles sur l’album « Get Back » (1969) avant que celui-ci soit repris en main par Phil Spector et devienne « Let it be ».

Cette fois, le voici aux commandes de ce qui va devenir « Who’s next ». Sa mission : débroussailler une œuvre confuse et a priori inexploitable (« Lifehouse ») pour en tirer un album de rock cohérent. Et même si, officiellement, Kit Lambert (au même titre que Chris Stamp et Pete Kameron) est crédité comme producteur exécutif, il faut savoir que, lorsque le « producteur associé » Glyn Johns remit les bandes de « Who’s next » à Lambert, il n’y avait pas grand-chose à y modifier.

Mais il faut également reconnaître que Johns eut la tâche facilitée par le fait que Townshend lui avait remis un paquet de chansons d’excellente facture et des idées innovantes qu’il ne restait plus qu’à creuser ou à mettre en application.

L’usage du synthétiseur, par exemple, était déterminant à un moment où les autres musiciens de rock avaient peur de cet engin qui, selon eux, risquait de les mettre au chômage !

Townshend, plus particulièrement sur « Won’t get fooled again » et « Baba o’Riley », prouvait que, dans le rock, l’homme et la machine pouvaient parfaitement cohabiter (ce qui, d’ailleurs, était l’une des idées fortes de « Lifehouse »). En revanche on ne peut pas nier qu’en utilisant le synthé, les boucles et les séquences, les Who couraient un énorme risque, celui de voir leurs fans crier au blasphème.

Un énorme risque ? Deux, en réalité.

Si, dans le meilleur des cas, les rockers acceptaient cette idée apparemment saugrenue d’utiliser un ordinateur dans un disque de rock, alors d’autres groupes prendraient le train en marche, feraient évoluer l’idée... et très rapidement, peut-être en seulement quelques mois, les Who se verraient dépassés, considérés comme vieux jeu. Par chance, ils n’eurent pas à s’en inquiéter : « Baba o’Riley », titre qui ouvre l’album, est rapidement devenu un hymne rock (à suivre en cliquant ICI).

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Electric Buffalo 21/01/2016 08:17

J'ajouterais même que ce Glyn Johns, lorsqu'il écouta les bandes, fut cinglant : pour lui, un triple album serait des plus pénibles, mais il y avait par contre la matière à faire un excellent album de Rock simple. Townshend partit dépité du studio, avant de revenir, rassuré sur le résultat final. Néanmoins, on peut comprendre sa déception, vu le travail déjà fourni. Sur la version Deluxe de l'album figure justement un concert enregistré au Young Vic Theater. Les Who y sont très bons, mais pas réellement au top, un peu laborieux par moments. On comprend que Townshend, qui avait de l'ambition et des critères des qualité extrêmement élevés, laissa les bandes de concert dormir quarante année. J'adore cet album, c'est mon premier album des Who. J'ai toujours cette sensation intacte de puissance quand je l'écoute.