RENAUD Interview 1977

Publié le par Daniel LESUEUR

RENAUD Interview 1977

Je m'étais rendu au local où répétait Renaud ; le créateur de « Laisse Béton » s'est prêté au jeu des mots-évocations. Pas besoin d'une lampe dans les yeux, allongé sur un lit plastique.... Un magnétophone suffit !

Liberté

L'Argentine ! Les militaires sont libres, là-bas.

Tube

«Laisse béton», ce n'est pas moi qui en ai fait un tube, ce sont les radios, les télés. Mais ça m'a permis de me faire un nom, de pouvoir me payer des musiciens.

Réussite

Pouvoir chanter ce que je veux, quand je veux, où je veux.

Révolution

Ça commence toujours bien, ça se termine toujours mal. 1789, ça devait abolir les privilèges et les inégalités. Raté ! Mai '68, j'ai cessé d'y croire quand j'ai remarqué qu'il n'y avait pas de manif le dimanche ! La révolution chinoise : maintenant , ils ont tous à bouffer, mais qu'est-ce qu'ils s'emmerdent. La Révolution d'Octobre : la Russie est libre ? Cuba, pour terminer, la meilleure : si tu veux pas travailler, on te fout en taule. Alors, révolution, mon cul. Tu la fais tout seul, dans ta tête. La masse a toujours tort, l'individu a toujours raison.

Télé, radio, presse.

Personnellement, je ne refuse pas d'émission, même les mauvaises ! En effet, il est très difficile de trouver tel ou tel critère pour accepter ou refuser. Alors je pars d'un principe : j'accepte de chanter pour tout le monde, même pour les cons, les fachos, etc.... Si on ne chante pas pour eux, ils resteront aussi cons et fachos. Si je m'écoutais, je chanterais pour les anars, les taulards, les gangsters et les putes. Ça fait peu de monde.

Dylan

J'ai adoré jusqu'à « Self Portrait », et à nouveau depuis « Desire ». J'en ai rien à foutre de ce que la presse a dit de lui. Je prends mon pied, ça me suffit.

Cinéma

J'ai eu mon premier rôle à quatre ans. La comédie me passionne plus que la chanson, mais c'est encore plus dur. Aujourd'hui, je ne peux plus concilier les deux. En tant que spectateur, j'aime pas le ciné.

Amour, amitié.

Y a qu'un lit de différence. J'aimerais bien vivre d'amour et d'eau fraîche, mais je ne trouve pas d'eau fraîche !

L'amitié

«à la vie, à la mort», je ne connais pas encore. En prison, à l'armée, au bistrot et chez les voyous, l'amitié est plus solide, presque à la limite de l'amour.

Violence

J'adore la violence contre la société, mais pas contre les individus. Les manifs le terrorisme, les vitrines cassées, super ! Mais des mecs qui se flinguent pour un accrochage de bagnoles, c'est lamentable. La révolte des minorités opprimées, la politique du désespoir, fabuleux.

Rock'n'Roll

C'est pas une révolte sociale, c'est un défouloir qui permet justement de mieux accepter l'usine le lendemain.

Show - biz

Il faut s'en servir ! Tu ne peux pas y échapper si tu veux être connu. Mais j'ai jamais bossé pour être célèbre. J'men fous. Le jour où ça ne marchera plus, je laisserai tomber. J'irai pas me forcer à chercher des tubes !

La zone

C'est une image. C'était , à l'origine, ce qui délimitait Paris des faubourgs. Mais il y a pire. Dans les taules, il y a 90 % de zonards.

La Politique

Moi je vote ! Je tiens à choisir mon maître . Je crois pas que ça changera quelque chose à ma vie, mais ça changera celle de millions de travailleurs.

La misère

J'ai connu la véritable misère, mais la dèche : beatnik, tour de France sans un radis, etc....

Cette interview

C'est un truc pour intellectuel. Fallait la garder pour Leforestier !

Publié dans musique, PEOPLE

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Jerry OX 23/02/2017 15:54

"Personnellement, je ne refuse pas d'émission, même les mauvaises" et il a eu raison !! Quitte à ce que ses premiers fans-addicts devinrent blême (comme son futur HLM) en le voyant à la télé chez Guy Lux ou Sabatier . Renaud a eu raison , il n'y avait aucune honte à vouloir devenir populaire et à l’être toujours autant .