Peine de mort ou emprisonnement à vie, un débat sans fin

Publié le par Daniel LESUEUR

Peine de mort ou emprisonnement à vie, un débat sans fin

Dans "Les deux vérités" (film de 1952), à son interlocuteur qui lui déclare que "l'erreur est humaine", Michel Simon réplique qu'en matière de justice, l'erreur est inhumaine. Encore heureux qu'en France la peine de mort soit abolie depuis 1981 car c'est bien dur à recoller, une tête.

Bien avant Robert Badinter, Victor Hugo s’était penché sur la question... L'emprisonnement a pour but d'empêcher tout malfrat de réitérer ses délits. Il s'agit de protéger la société contre les mauvais agissements qu'il serait capable de commettre à nouveau. Mais comment savoir avec certitude si (dans le cas d'un libérable) il ne reprendra pas ses inquiétantes activités ?

Certes, durant toute la durée de son séjour derrière les barreaux, l'individu en question est contraint à l'inactivité. Mais ce n'est pas une véritable mise à l'épreuve : il ne peut pas faire autrement ! Rien ne prouve qu'il soit guéri au moment de sa sortie.

Peine de mort... utile ? Question qui ne trouvera jamais de réponse catégorique. Ceux qui sont favorables à son application (ou à son rétablissement dans les Etats qui l'ont abolie) sauront toujours prouver, chiffres à l'appui (mais quels chiffres ? Ceux qui étayent leur thèse ?) que la disparition de la peine capitale a favorisé l'augmentation de la délinquance et de la criminalité. Le camp adverse argumentera, pour sa part, que cette sentence a parfois conduit des innocents à la guillotine, à la chaise électrique ou à l'injection de produits chimiques toxiques.

Condamner un innocent

En France, la révision du procès "Omar m'a tuer" a prouvé les failles d'une justice parfois trop expéditive. Aux Etats-Unis, la réflexion s'impose de manière encore plus dramatique. Malgré cela, nul ne perd de vue que la révision d'un procès, d'un seul, coûte déjà fort cher au contribuable ; la remise en cause d'un jugement, à plus forte raison si elle peut paraître stérile, risquerait d'avoir un effet boule de neige, désastreux pour les finances publiques. Alors, autant laisser croupir dans les geôles ceux qui attendent leur fin plutôt que leur donner de mauvaises idées et de (faux ?) espoirs.

L'affaire Dominici en exemple…

Condamné à mort en 1954 pour avoir "commis" un triple crime deux ans auparavant, incarcéré à l'âge de 77 ans, Gaston Dominici, le plus vieux condamné de France, fut gracié en 1960 et mourut libre. Hormis ses proches, notamment son petit-fils Alain assisté par maître Collard, qui irait aujourd'hui mettre la main à la poche pour tenter de réhabiliter le patriarche… sinon une chaîne de télé ?

Exécution ou perpétuité ?

La réclusion à perpétuité est-elle plus douce ou plus pernicieuse que la peine capitale ?

Dans un cas ou dans l'autre, le coupable mérite-t-il un peu d'aménité, de clémence et de mansuétude… ou au contraire plus de sévérité ?

Est-il abject ou absurde, inutile ou ridicule, d'éliminer un tel individu ?

Historiquement, les assassins eux-mêmes ne sont-ils pas à proprement parler les premières victimes de leur personnalité profondément perturbée, bien avant de passer à l'acte sur autrui ?

L'internement à vie, lorsque la folie a été constatée et prouvée, est-il l'application du "principe de précaution", solution idéale aux yeux d'une humanité qui ne mérite pas toujours ce nom ?

Quant à remettre en circulation des individus qui semblent avoir payé leur dette envers la société, force est de constater qu'au bout de dix ans, vingt ans d'un suivi psychiatrique, certains cas que l'on croyait traités de manière efficace et définitive débouchent malheureusement sur une récidive… une rechute.

Question de morale

Victor Hugo posait déjà la question en 1862 :

"Quelle idée les hommes se font-ils donc du meurtre ?

"En habit, je ne puis tuer ; en robe, je le puis !" (…)

Hors le cas de légitime défense entendu dans son sens le plus étroit (car, une fois votre agresseur blessé par vous et tombé, vous lui devez secours), est-ce que l'homicide est jamais permis ?

Est-ce que ce qui est interdit à l'individu est permis à la collectivité ? (…) Que la civilisation y songe, elle répond du bourreau. (…) Un homme tué par un homme effraye la pensée, un homme tué par les hommes la consterne."

Publié dans Société et modes

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