Mychèle ABRAHAM, star du micro (interview 1981)

Publié le par Daniel LESUEUR

Mychèle ABRAHAM, star du micro (interview 1981)

C’est sans doute l’une des réussites les plus rapides de l’histoire de la radio. Mychèle Abraham, en effet, a repris au pied levé “Chlorophylle” il y a seulement quelques mois et a fait de cette émission, déjà fort populaire, l’une des plus fortes écoutes du moment.

Pour arriver à ce résultat, Mychèle a travaillé plusieurs années, dans l’ombre, avant d’être une “femme numéro 1. Interview dans les studios d'Europe 1...

Mychèle, question traditionnelle, peux-tu nous raconter brièvement tes débuts ?

Après mon bac, je voulais absolument travailler à Europe 1. Lors d'une petite annonce (où d'ailleurs il y avait deux cents postulantes pour une seule place !) je me suis retrouvée a essuyer les disques... Bref, j'ai commencé en faisant du ménage dans la discothèque. Au bout de trois ans, grâce a Lucien Morisse, je fus l'assistante en chef de la programmation; trois ans plus tard, j'assurais la programmation des émissions de Christian Barbier, la nuit. Puis j'ai travaillé en 1975 avec Jean-Michel Desjeunes pendant quelques mois pour ''Ça va être ta fête". Seule, j'ai ensuite animé le “Mot de Passe” avant de reprendre "Chlorophylle" que François Diwo a eu l'extrême gentillesse de me confier.

Pourtant, ton style et celui de François sont totalement différents. Crois-tu avoir les mêmes auditeurs ?

Je ne crois pas vraiment. Ce qui me touche le plus, c'est la musique "hard", la musique des banlieues car c'est de là que je viens. Je ne fais pas une émission "technique", je ne me considère pas du tout comme une professionnelle du micro, tout est dans l'émotion. Je ne pourrais pas interviewer, rencontrer, discuter avec quelqu'un que je ne ressens pas.

Est-ce qu’une certaine forme de “vie facile”, ou tout au moins aisée, ne risque vas de te faire perdre la fraîcheur, la spontanéité d’écoute que l’on a lorsqu’on s’achète seulement 2 ou 3 disques par mois, et qui risque de s’émousser lorsqu’on en écoute une centaine dans le même laps de temps ?

Non, pas du tout ! Au contraire, c'est avant que j'aurais pu ressentir ce problème, car, en trois ans de programmation, j'avais acquis un "réflexe d'oreille", d'autant plus d'ailleurs que les années 70 étaient basées sur des "coups", des tubes. Aujourd'hui, je suis totalement impliquée dans la musique, et, comme je le disais, le contact humain a beaucoup plus d'importance, a la limite, que le produit lui-même. Mais bien sûr, en ce qui concerne les disques qui sortent à l'étranger, le problème est différent. J'avoue que je suis "anti-professionnelle", puisque je m'intéresse plus au côté humain du chanteur qu'au résultat sur disque.

Ton style décontracté et familier est totalement nouveau en matière de radio. Quelles ont été les réactions au cours des premiers jours d’existence ?

Heureusement, on m a fait confiance ! On a attendu les résultats des sondages et on a vu que depuis dix ans il n'y avait pas eu un tel engouement; le problème était résolu.

En théorie, tu n’as pas l’intention de changer d’horaire ?

Non, à moins qu'on me le demande. Mais sinon, cette tranche me convient parfaitement. Par contre, j'aimerais rentrer un peu plus profondément "dans le vif du sujet" car il y a de plus en plus de gens qui ont des problèmes, de plus en plus de gens au chômage, et cela les intéresserait de connaître les pensées et les réactions de gens comme Higelin, Lavilliers ou Capdevielle

A la suite du disco ou de la new- wave, toutes les “vieilles’’ (!) rock- stars ont essayé de se mettre au goût du jour. Que penses-tu de ces efforts quelquefois ratés ?

En ce qui concerne Lou Reed, il garde toujours le même esprit. Rod Stewart, quant à lui, a enregistré "Do ya think l'm sexy" qui, ma foi, était tout a fait réussi. Par contre, Elton John aurait pu s’abstenir d'enregistrer cet album disco... D'ailleurs, la disco existait depuis déjà si longtemps qu'Elton arrive vraiment en retard. David Bowie, lui aussi, a enregistré des trucs vraiment décevants. Je crois que ces gens, très axés sur le marché américain, ont voulu "rattraper le coup" et qu'ils sont souvent tombés à côté !

Quelle est ton opinion sur le rock français ?

J'adore ! Notamment Trust, de très loin. Et il y a plein de groupes valables : Jungle a Ferraille, Strychnine, Modem Guy, etc... qui sont là, prêts a prendre la relève.

Les groupes français ne te semblent-jls pas, au contraire, en retard en permanence ?

Non, justement, pour une fois l'Europe est a la pointe de l'actualité ; c'est la première fois que chaque pays marche dans sa propre langue. En Allemagne, c'est Nina Hagen qui s'exprime en allemand... et qui marche très fort. En Angleterre, le ska est en haut de l'échelle ; et en France, ça va, merci !

Il y a quinze ans, la compétition entre Europe 1 et RTL consistait à programmer le nouveau Beatles quelques heures avant le concurrent. Cette rivalité existe-t-elle encore ?

Non, heureusement ! Dans mon cas, par exemple, j'ai beaucoup d’estime pour des "concurrents" tels que Jean-Bernard Hébey, Dominique Farran ou Georges Lang.

Quels sont les personnages radiophoniques qui t’ont le plus impressionnée ?

Il y a eu Hubert, Michel Lancelot, Jean-Michel Desjeunes, et aujourd'hui Pierre Lescure, qui est un personnage fantastique dans la mesure où il est capable de s'intéresser a tout. Enfin, Yann Hegan est un génie de la "radio technique".

Peut-on créer un climat d'intimité avec ses auditeurs malgré les spots publicitaires ?

Oui, car la publicité me plaît; elle fait partie de la vie de chaque instant. De plus, mon côté anti- pro fait peur, parfois, j'écorche des pubs et on ne sait pas si c'est vraiment de la publicité ou de l'anti-pub.

Parmi le grand nombre d’interviews réalisées, quelles ont été les plus passionnantes ?

En France , il y a eu Higelin, Bernie de Trust, Téléphone... et au niveau international, il y a Police, Supertramp, Billy Joël.

Une dernière question : reconnaissons qu''aujourd’hui les stars sont “consommées” par le public avec une incroyable rapidité. N’as- tu pas peur d’être toi aussi “consommée” et remplacée par d’autres qui auront des idées nouvelles et, par conséquent, les faveurs du public ?

Je m'en fous ! De toute façon, je ne me prends par pour une vedette. Lorsque les gens me demandent des photos dans la rue, je suis gênée ! Je ne pense jamais au futur, car je me sens bien dans le présent. Tout peut arriver au coin de la rue !

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