Magma, 1978 : interview

Publié le par Daniel LESUEUR

Magma, 1978 : interview

Interview Klaus Blasquiz : « En France, c'est surtout Brel, Brassens et même Ferré que j'apprécie. Sinon c'est plutôt le désert. Téléphone me semble intéressant, Higelin aussi selon l'occasion. Dans un ordre d'idée différent, j'apprécie le Grand Magic Circus. Nous avons sympathisé il y a déjà plusieurs années, lorsque nous étions tous à Londres. Notre jour de relâche, toute l'équipe de Magma s'était rendue à leur spectacle... et le lendemain, c'est eux qui avaient relâche et qui sont venus nous voir. C'est l'époque des gags monstrueux, des fumigènes dans les camions..

J'ai entendu dans les diverses salles où avez joué des gens qui se plaignent de l'évolution actuelle de Magma vers la vulgarisation

Nous jouons une musique élaborée et tout de même assez difficile d'accès, alors si en plus il faut se fermer au public plus large... ! Notre ambition est de toucher de plus en plus de gens. La marginalité est un terrain glissant, bien dangereux. Il y aura toujours des gens qui regretteront le « temps de... » 1 % regrette Janik, 1% regrette Claude Engel, 1 % regrette Cahen ou Moze. Mais en fait c'est surtout le passé qu'ils regrettent tout simplement parce qu'ils étaient plus jeunes de cinq ans. Simple question de nostalgie.

Justement, puisque nous parlons de ceux qui ont «traversé» Magma, pourquoi tous ces départs, ces changements conduisant à la formation actuelle ?

La situation telle qu'elle était devenue devait craquer à un moment ou l'autre. Nous sommes donc restés plus d'une année complète sans tourner. Mais le public ne nous a pas oubliés.

Quel est l'auditoire moyen de Magma ?

La meilleure vente jusqu'à présent reste le double live chez R.C.A. qui s'est vendu à 60 000 exemplaires. En concert nous bénéficions de l'appui d'éducateurs, d'instituteurs ou de profs qui nous ont connus il y a dix ans, qui ont notre âge et qui nous amènent leurs élèves, ce qui permet donc de récupérer sans cesse un public jeune et nouveau compris entre douze et treize ans.

Dans la carrière de Magma, il y a deux albums assez bizarres à placer en marge de la discographie de la bande à Vander...

Oui, il y a d'abord eu « Univeria Zekt», que nous avons publié sous le nom de «The Unnamables » (les Innommables). Encore une production de Laurent Thibault ! Quant à l'album « pirate » qui est sorti l'année dernière, nous l'avons laissé sortir car nous avions vraiment besoin d'argent à cette époque précise.

Je crois que c'est toi qui t'occupes principalement des problèmes matériels ?

Oui, cela va du choix du minibus à celui des instruments de musique, car cette année je suis arrivé à nous faire patronner par des grandes marques d'instruments, ce qui nous permet de les avoir gratuitement ou avec une grosse réduction en contrepartie des publicités dans les journaux spécialisés, du style «Christian Vander joue sur la marque Machin ».

NOVO MAGMA

Cette formation actuelle remonte à quelques mois. Seuls Christian et Klaus restent du groupe original. Les frères Hervé apportent leur chaude personnalité, leur précision d'instrumentistes... et leur humour. Je pense que de nombreux lecteurs se souviennent encore de Zoo, qui devient Zou. La rencontre, que dis-je, la fusion se fit de la façon la plus simple. Vander recherchant un «claviers», fit appel à André, qu'il connaissait de longue date. La suite, vous la devinez. C'est ainsi que Maria, chanteuse de Zou, se retrouve aujourd'hui chanteuse (ne confondez pas avec choriste) de Magma.

«J'ai passé mon enfance à Montréal, raconte Maria-Cruciféria. Puis ce fut l'Angleterre, où je fis mes débuts de choriste, avec souvent des groupes de soul. Mais je ne suis jamais restée plus d'un an avec le même, sentant confusément qu'il me manquait quelque chose, il n'y a qu'avec Magma que ce manque est comblé. Ma première rencontre avec Christian m'avait marquée, envoûtée. Lorsqu'André l'a rejoint, j'appréhendais de ne pas être acceptée en tant que chanteuse car c'était vraiment ce que je souhaitais faire. »

Le moins que l'on puisse dire est que les trois chanteuses « assurent » tout en charme et la voix de Stella se marie parfaitement à celle de l'envoûtante Lisa.

Lisa qui doit aujourd'hui être avec Magma depuis un an et demi, pourrait facilement passer pour la sœur de Christian. Maquillé, son visage en est la réplique féminine. Ces trois « muses » sont l'élément charmeur de l'actuel Magma. Car il faut le charme, aussi bien que l'humour et toutes les autres notions qui constituent le show pour que Magma continue sa lutte, avec encore plus de poids.

« Lorsque Magma a démarré, confie Christian Vander, il y avait tant d'énergie qu'en moi-même, j'imaginais le public tellement envoûté qu'il ne penserait même plus à allumer une cigarette. Et bien je me trompais totalement. Alors aujourd'hui je réalise qu'il faut agir différemment. »

Châlon... Il est une heure du matin dans une minable boîte de jazz (Jazz? jazz? qui entendit du jazz ? tout juste des pitres vieux et sans fard que l'ivrogne du coin vient chaleureusement congratuler à la fin de l'assassinat).

Il est une heure du matin et Christian ne tient pas vraiment à raconter tout ce qu'il sait dans ce lieu bizarre. Alors la vie, la mort, les conneries qui circulent sur leur dos depuis des années, il n'a pas bien envie d'en parler :

«Si l'on commence à discuter de vie, de mort, de ma vision de l'univers, il y en a pour trois heures, et cela ne donnera pas un compte rendu excessivement journalistique : ceux qui m'ont compris n'y trouveront rien de plus... quant aux autres, il ne liront même pas. »

Neuf fantastiques personnages qui chaque soir éclatent leur talent.Klaus, les chanteuses, René au sax, André Hervé aux claviers... Le plus beau compliment que l'on puisse lui faire vient de la bouche même de Christian :

" Dédé, c'est lui que l'on voit le moins sur scène. Pourtant, s'il n'était pas là, Magma ne serait pas le même. ».

Vous retrouverez aussi Jean-Luc et Michel, pardon, Würd Ourgon et Sthot Gorgo, dans un prodigieux duel de basses symbolisant la lutte incessante entre la matière et les éléments.

«LA MUSIQUE DE MAGMA DOIT INCITER LES GENS A DONNER. DONNER LEUR ENERGIE, DONNER LEUR TALENT, LEURS IDEES, ETC... A CEUX QUI LES ENTOURENT. QUAND ON SE PROMENE DANS UNE RUE, LA FETE DEVRAIT ETRE A CHAQUE PAS. POURQUOI UNE BOUCHERIE, UNE EPICERIE, N'IMPORTE QUEL MAGASIN NE POURRAIT-IL PAS ETRE BEAU, TENU AVEC AMOUR». C'est sur ces derniers mots que je quittai Christian Vander, laissant derrière moi tout un univers, celui de Magma.

Publié dans musique

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