1980 Wilko Johnson (interview)

Publié le par Daniel LESUEUR

1980 Wilko Johnson (interview)

En compagnie de mon ami Jean-Louis Dréau qui était fan de l'artiste, je profitai de la participation de Wilko Johnson à l'émission Chorus pour lui poser quelques question. Wilko Johnson tient à la fois du robot et du gamin à Noël... Robot, de par son regard fixe, perdu dans le vide, lorsqu'il répond à vos questions après un temps d'arrêt nécessaire à rassembler ses idées... Gamin devant un sapin de Noël lorsqu'il déborde de joie en vous évoquant un souvenir cher à sa mémoire. Bref, on est bien loin de l'image de Frankestein que l'on peut s'en faire au travers des nombreuses photos publiées depuis les débuts de Doctor Feelgood.

Paf, la question inévitable pour mettre tout le monde mal à l'aise dès le début : pourquoi ce départ de Feelgood, dont tu étais pourtant un membre fondateur ?

Lorsque j'ai quitté le groupe, j'étais vraiment très déprimé. Tu sais, j’ai monté Feelgood presque « par accident », pour faire du rock'n'roll, prendre mon pied. Et brusquement, tout est allé trop vite, TROP vite. J'ai réalisé que, le succès venu, je ne pouvais plus rien faire d'autre en dehors de mon travail au sein du groupe. Ça m'a vraiment déprimé de me retrouver, du jour au lendemain, prisonnier. De plus, la musique telle que nous la jouions ressemblait de moins en moins à ce que moi je voulais faire. J'étais obligé de délaisser ma famille, ma femme et mon enfant. Bref, j'ai préféré prendre un certain recul !

Est-ce ce passage à vide au niveau moral qui est la cause de cette si longue attente entre les premières rumeurs de formation d'un nouveau groupe et ton retour définitif avec Solid Senders ? Certains ont dit que tu étais à court d'inspiration...

Il y a de quoi se sentir mal à l'aise lorsque l'on constate que les gens qui se disaient tes amis te laissent tomber, comme ce fut le cas au moment où j'ai quitté Feelgood. Rajoute à cela que l'argent commençait a manquer ! J'étais vraiment raide lorsque le nouveau groupe s'est trouvé enfin au point, et j'ai redémarré dans des petits clubs.

Que penses-tu des derniers travaux du gang à Brilleaux ?

Je les ai vus sur scène tout récemment. C'est encore tout-à-fait excellent, très au point... mais ce n'est plus magique. C'o\i une sensation très étrange d'aller voir jouer des gens avec qui tu as été si proche, pendant si longtemps.

J.J. Cale, Bob Dylan semblent t'avoir impressionné, marqué. Tu reconnais aussi avoir été influencé par Mick Green. D'autres références ?

Le blues noir, en général. Albert King m'a fasciné, mais sans chercher à le copier directement; c'est plus une question d'atmosphère dans laquelle je baigne.

Les musiciens blancs peuvent-ils jouer le blues comme les noirs ?

Ce n'est pas une question de pigmentation, la musique ! Hendrix, par exemple, était blanc à 100% lorsqu'il s'emparait de sa guitare. C'est une question de culture, d'esprit, etc... Vois, les musiciens noirs, aujourd'hui, ils font tous de la disco !

La presse britannique n'a pas été particulièrement tendre vis-à-vis de ton album. Sais-tu pourquoi ?

Elle ne l'avait pas été non plus vraiment à la sortie du premier Feelgood : nous étions trop en avance pour qu'ils puissent voir, comprendre et nous apprécier. Londres est une ville invraisemblable : il faut vraiment y être « hip », au goût du jour... et quand je dis « du jour » c'est le terme exact ! Ils ont vraiment des oeillères. A Liverpool, à Manchester, à Southend, c'est différent, les gens se foutent des modes.

Le collector's item a déclenché le "collector's system", stupide fièvre qui s'est emparé des gens comme le scoubidou, le porte-clés et le pin's. Que doit-on penser de cette initiative de sortir un "live" uniquement dans les premiers exemplaires de ton album ?

Je n'en suis pas directement responsable ; c'est une idée de ma maison de disques. Il y a encore des gens qui considèrent Virgin comme une entreprise de «baba cool », mais c'est une firme qui, comme les autres, doit gagner de l'argent. Comme c'est mon premier album, je n'ai pas pu imposer mes volontés. Les chansons qui se trouvent sur ce « bonus » auraient sinon été définitivement inutilisées, car sans doute démodées, tout au moins sous cette forme, à la sortie du prochain LP. Tant mieux pour ceux qui auront pu en profiter.

Pourtant, je suppose que la majorité de tes fans te préfèrent en concert, certains même décrètent que l'album llve est meilleur !

C'est exact. Mais de toute façon même un album live ne peut pas capturer la fièvre, l'atmosphère d'un concert... Un concert, c'est une conspiration : un nombre donné de gens se réunissent et décident d'être heureux, de prendre leur pied ensemble. Le groupe joue son rôle, mais le public aussi a un rôle à jouer dans cette conspiration. C'est un instant magique qui ne peut pas être immortalisé.

Comment as-tu rencontré John Potter ?

Oh là là, je le connais depuis si longtemps ! Depuis l'école. Un jour, il est venu me voir « Puis-je jouer avec vous »... Mais il voulait surtout se faire connaître, que l'on parle de lui. En tout cas, il est impossible de travailler sérieusement et de compter sur lui. C'est une attitude stupide que de ne pas se considérer comme simplement membre du groupe, mais comme vedette à part entière. Dans le groupe, il n'y a pas un seul qui soit moins important. John est parti le soir même où nous terminions l'album !

Sur scène, tu reprend « Highway 61 » et « Blazin fountain » qui démarre ton album est dans le plus pur style Dylan 65. Est-ce un hasard ?

Pour moi, Dylan est à la fois un mythe et une institution. Il est unique. Savoir si l'on aime ou pas ses différentes évolutions, là n'est pas le problème. C'est tellement grand !

Parles-nous de Mickey Jupp...

Encore une « légende » ! Je le connais de l'époque où il était le guitariste d'un groupe Ide Southend, ville d'ailleurs dont sont originaires les Paramounts, futurs Procol Harum. Bref, Mickey a un style excessivement original et personnel, à tel point que je ne peux pas dire s'il est bon ou mauvais guitariste : il a son style. Avec son groupe Legend, il était trop en avance sur son époque. De plus, il se fout d'être connu, d'être en vogue ou pas !

Des rumeurs ont circulé à une époque concernant un groupe autour de toi-même et de Lew Lewis. Qu'en était-il ?

Il n'y a jamais eu le moindre projet ! Aux dernières nouvelles, il devait monter un nouveau groupe (pourquoi pas avec John Potter l). Il fait partie de ces gens qui semblent incapables de réussir quoi que ce soit ! Il semble poursuivi par la déveine. Même la musique, qui est la seule chose qui l'intéresse dans la vie, ne lui réussit pas ! Je parierais à dix contre un que s'il arrive à mettre un groupe sur pied, çà ne durera pas bien longtemps !

Comment réagis-tu au fait que Virgin se concentre beaucoup plus sur la promotion de Devo ou de Public Image, notamment, que sur la tienne ?

Tout d'abord, à l'heure actuelle, nous n'avons pas de réel manager ; c'est déjà un handicap. Mais je ne veux pas retomber dans le même trip des voyages, des concerts, de ne plus avoir de repos et de vie privée. C'est donc délibérément, tout au moins en partie, qu'il n'y a pas trop de bruit autour de nous. Chorus est notre première télé ! Pour que notre show puisse vraiment être agréable, qu'il soit vraiment ce que désirent nos fans, il faut avant tout que nous-mêmes prenions plaisir à jouer. Nous n'avons pas envie d'être d'IMMENSES stars. Cela déconcerte un peu Virgin !

Enfin, tu as participé à l'album de Mick Farren. Pourquoi ?

Effectivement c'est ma seule contribution à un disque qui m'est étranger. Je n'aime pas trop être dirigé, je préfère faire mon propre truc. Mais Mick est un ami. Ses critiques dans le N.M.E. étaient toujours enrichissantes, nous montraient nos défauts. Un soir, Virgin organisait une party pour mon premier concert. Nous avons terminé la soirée dans une boîte avec des gens si tristes que j'ai filé. Je suis allé dire bonjour à Mick qui enregistre en studio et qui m'a gentiment demandé de jouer sur un morceau.

Publié dans musique

Commenter cet article