1980 : interview Marquis de Sade

Publié le par Daniel LESUEUR

1980 : interview Marquis de Sade

Question à un franc : combien y-avait-il en France, en 1980, de groupes “exportables” ? Entendons par là des produits totalement originaux qui ne seraient pas un piètre assemblage d’influences anglo-saxonnes. Tandis que la presse anglaise s’extasie sur Trust qui “vole le show tous les soirs” à Iron Maiden au cours d’une tournée britannique qui restera historique, les six Rennais de Marquis de Sade ont, eux, arpenté la France au cours du mois de mars et laissé des traces autrement indélébiles.

Nous avons rencontré Philippe Pascal, chanteur et lyriciste de ce groupe pour qui le qualificatif “français” semble étriqué et dépassé, au terme de cette tournée, quelques heures avant le dernier concert à l’Ecole Polytechnique de Palaiseau.

Concert absolument inoubliable et d’une intensité rarement atteinte, mille fois meilleur que leur première apparition au Palace trois semaines avant, déjà excellente. On les imaginait épuisés et impatients de rentrer chez eux, ils nous ont donné tout et même plus...

Est-ce que la formation actuelle est définitive ?

Non, c'est toujours provisoire. Tout se passe bien pour le moment, mais il n'y a pas de raison pour que cela ne change pas. Nous avons eu beaucoup de modifications depuis trois ans : je suis sûr qu'on va encore :changer mais je ne sais pas comment.

Pourquoi écris-tu tes textes en anglais, et seulement deux ou trois en français ?

Je ne suis pas habitué à chanter en français, et j’ai un peu peur de le faire. Lorsque j’écris un texte en français, c’est pour me prouver à moi-même que je peux le chanter. J’aime bien me forcer.

Pourquoi avez-vous abandonné “Rythmiques” sur scène ?

C’est un morceau qui a été construit autour des deux guitares. Nous n’avons plus qu’un seul guitariste désormais, on aurait pu bien sûr transformer les arrangements, mais c’est un morceau qui ne nous passionne plus tellement de toute façon. On a sorti ça en simple, peut- être en pensant que ça allait devenir un hit, mais on s’est royalement plantés !

Qui est responsable de vos pochettes ?

Nous... Pas pour le premier album, cependant. On avait un autre projet totalement différent, avec une photo plutôt sombre d’un type avec les bras en l’air, comme s’il tombait ; mais on se l’est vue refuser sous prétexte que ce n’était pas commercial. Je ne sais pas si la pochette définitive est plus commerciale, mais c’était en tout cas une faute de goût manifeste.

Sur ces entrefaites, arrive Daniel Pabœuf, un des deux saxophonistes.

A quel niveau êtes-vous impliqués dans le groupe ? Votre situation est assez confuse...

Cette confusion est voulue, en fait. Nous faisons partie du groupe à part entière parce que nous jouons avec eux sur scène et sur les disques, mais la différence vient du fait que nous n’avons pas signé avec Pathé-Marconi, car nous avons d’autres activités musicales à Rennes en dehors du groupe.

Pourquoi une si longue attente avant la sortie de “Rue de Siam” ?

Parce qu’on voulait être sûr que toutes les conditions soient réunies pour que ce disque soit réussi. Nous sommes très exigeants, nous avons eu beaucoup de problèmes et c’est un album qui a coûté assez cher. Nous avons choisi Steve Nye pour le produire parce que nous aimions beaucoup son travail avec Bryan Ferry et Roxy Music. J’aurais personnellement aimé travailler avec Martin Hannett (le producteur de Joy Division, entre autres) mais la majorité du groupe préférait Steve Nye ; finalement ce n’est pas plus mal, le son de Marquis de Sade est totalement différent du genre de groupes que produit Hannett.

Avez-vous des projets extra-musicaux ?

Pour le moment, non.. On a tous laissé tomber nos boulots réguliers pour se consacrer entièrement à la musique...

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