L'édition culturelle en France. 2è partie : Le monde change. La bataille pour le livre continue

Publié le par Daniel LESUEUR

L'édition culturelle en France. 2è partie : Le monde change. La bataille pour le livre continue

Fin 2006, Gallimard déclarait à Paris Match : « Il est devenu difficile de maintenir plus d’un mois en librairie un livre qui ne marche pas ».

Mais qu'entendait-il par « qui ne marche pas » ?

Qui ne marchera jamais ou qui ne marche pas immédiatement ?

Dans la course au profit rapide, certes, un livre « qui ne marche pas tout de suite », c'est un boulet. Mais il en va de même, par exemple, dans le monde du disque. Encore récemment, le Pdg d'une grande firme discographique déclarait :

« Aujourd'hui, un Brel ou un Brassens, je ne le signerais pas ».

A priori, on pense à une boutade... mais il faut savoir que Nougaro avait été jeté de sa maison de disque parce qu'il ne vendait pas assez. Brel et Brassens, eux, étaient morts, ils ne risquaient plus rien.

Les auteurs "ENNUYEUX" (entre guillemets : ennuyeux parce qu'on les impose aux mômes quand ils sont trop jeunes, d'où un rejet, voire un dégoût... alors qu'ils les auraient adorés à 20 ans, 25 ans...) seraient aujourd'hui des boulets. Certes, au 21e siècle, on publierait un Céline, il y aurait "un public" (surtout en ce moment !) mais un Victor Hugo, un Proust, qui en voudrait ? Du coup, quel éditeur se risquerait à les éditer ? Et bien, monsieur Gallimard... un petit éditeur oserait, lui ! Pourtant, aujourd'hui ça ne se vendrait pas... Un Victor Hugo, un Proust, ça n'arrive pas à la cheville d'une ex-concubine de président de la République...

Un Victor Hugo, un Proust ? On ne pourrait pas les "maintenir plus d’un mois en librairie" !

« Publie-t-on trop en France ? », demande Paris-Match

- « Il y a trop de petits éditeurs. Grâce aux gros réseaux de distribution, de nouveaux venus sont capables de mettre en place dans 800 points de vente des ouvrages qui finalement ne trouveront pas d'acheteurs. Il y a un snobisme du petit éditeur ; il faut en parler, il faut lire sa production, il faut l’aider financièrement et, à l'arrivée, il encombre les rayonnages de la librairie ».

Gallimard n'aimait pas trop les petits éditeurs... mais il leur adressait une critique tout autant destinée aux grands éditeurs :

- « Je pense que l’on publie trop de livres qui se ressemblent et qu’on publie trop hâtivement. Dès qu’un secteur marche, tout le monde s’y précipite. Les ouvrages pour la jeunesse, la bande dessinée, les livres sur le cholestérol. Pour les petites maisons, il existe une loi d’airain : la première année vous publiez vos livres, la deuxième vous supportez les retours des invendus qui peuvent s’élever à 50-60 % et, dans ce cas, la troisième année vous fermez la maison »

Quand vous achetez un livre, comment s'opère la répartition du prix de vente ?

Un distributeur prend de 56 à 58 % ...sur cette somme le libraire prend au moins 30 %....et dans les 42 % restants l'éditeur verse de 8 à 10 % de DA, paie l'imprimeur et en amont il paie aussi le travail d'infographie, de mise en page et de correction... plus les frais de retours des invendus de 5 à 10 % de frais de retours. Et bien entendu il faut payer l'imprimeur à la livraison. Ce qui explique la comptabilité défaillante quand la vente fléchit, ce qui semble le cas depuis quelques mois avec une filière en grande difficulté (à suivre en cliquant ICI).

Publié dans Société et modes

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