Django Reinhardt, une affaire de doigté

Publié le par Daniel LESUEUR

 Django Reinhardt, une affaire de doigté

Durant sa courte vie (il est mort à 43 ans) il a profondément marqué le monde du jazz en créant un style et une école

Jean Reinhardt est un gitan belge. Comme la plupart des Roms, ses parents sont nomades.

Dès son plus jeune âge, dans la roulotte familiale, Jean futur Django sillonne l’Europe puis l’Afrique du Nord : les conséquences de la Première Guerre mondiale les poussent toujours plus loin. Le retour se fera avec Paris pour point de chute.

En 1920 Django tombe amoureux du banjo

Très doué, il devient rapidement virtuose de cet instrument qui, dès lors, lui semble trop simple ; il passe au violon et enfin à la guitare.

A l’âge de 13 ans, il ramasse ses premières pièces grâce à son talent. Il lui faudra néanmoins attendre 1928 pour avoir le privilège d’enregistrer un premier disque, mais il n’est encore que le modeste accompagnateur d’un accordéoniste célèbre, Jean Vaissade. Son nom ne risque pas d’être connu : comme il n’a pratiquement jamais fréquenté l’école, il ne sait pas écrire et c’est en phonétique qu’il décline son identité.

C’est ainsi que son entrée dans le « show business » se fait sous le nom de… Djiango Renard !

Le malheur s’abat sur la famille

L’ascension de Django semblait irrépressible : un grand chef d’orchestre venait de lui proposer de se joindre à sa troupe et de le suivre en tournée dans les grandes capitales dont Londres constituait la première étape.

Hélas, fin 1928… La mère de Django vendait à la sauvette des fleurs en celluloïd

La modeste bougie qui éclairait la roulotte enflamma le celluloïd. L’incendie détruisit tout sur son passage et Django fut très gravement brûlé, principalement à la jambe droite et à la main gauche. Malgré une interminable hospitalisation (un an et demi d'allers et retours pour éviter l'amputation de la jambe) la blessure à la main refusait de cicatriser. En tout cas, même cicatrisée, cette fichue main aurait dû interdire à Django de se remettre à la guitare puisque partiellement paralysée.

Mais… « après la pluie, le beau temps » : la volonté du jeune homme de reprendre son instrument accomplit un vrai miracle. Et cette hospitalisation lui permettra d’éviter d’effectuer son service militaire : en 1930, à vingt ans, il aurait déjà dû partir... mais vu son état, c'est sur des béquilles qu'il aurait pris la route. L’usage d’une partie seulement de la main… Il n’a pas le choix, Django, il est obligé d’inventer une « nouvelle » manière de jouer de la guitare, puisqu’il ne dispose plus que du pouce et de deux doigts. Et comme entre-temps la guitare a trouvé sa place dans les orchestres de jazz, c’est donc au jazz qu’il va désormais consacrer sa vie.

En 1931 il joue avec Stéphane Grappelli

Avec trois autres musiciens dont un frère de Django, Grappelli et Reinhardt fondent le « Quintette du Hot club de France » dont le succès repose en partie sur leur originalité face aux formations traditionnelles. Le célèbre chanteur Jean Sablon (le premier Français à avoir eu le culot de chanter sur scène avec un micro) l’engage pour l’accompagner sur ses 78 tours.

Parallèlement, Django, qui n’a jamais « appris » la musique, se voit invité dans des concours de jazz : on essaie de le discréditer. Or, au contraire, bien que jouant à l’oreille, il se montre l’égal de ceux qui savent décrypter une partition. De l’hostilité qui les animait aux départ, les grands musiciens acquièrent un immense respect pour l’artiste mutilé.

La guerre éclate, le Quintette aussi…

En 1939 le Quintette se trouve à Londres. Grappelli choisit d’y rester tandis que Django rentre à Paris ; Quelques mois plus tard il enregistrera « LE » titre qui lui apportera la renommée internationale, « Nuages ».

Après la guerre, les retrouvailles

Le Quintette est reconstitué et se rend aux Etats-Unis (1946) où Django, qui l’a déjà rencontré, pense pouvoir être intégré par Duke Ellington dans sa formation. Mais la réalité sera légèrement différente.

D’intégration, il n’est pas question : Django passe en « attraction », à la fin du show Ellington. Ce n’est toutefois qu’une simple déconvenue pour Django : de son côté, en effet, il admet qu’il aurait eu beaucoup de mal à véritablement s’incorporer. Pour deux raisons évidentes : il ne parle pas anglais et son habitude de vivre en nomade est incompatible avec les rigueurs d’une troupe…

« No regrets » !

Le bilan, néanmoins, est en demi-teinte car tout au long de son périple américain Django a été incapable de rencontrer tous les grands jazzmen qu’il idolâtrait. Le méprisait-on ? De dépit, Django délaisse son instrument Il se tourne vers la peinture, le billard et la pêche à la ligne ! Sans totalement prendre sa retraite (il enregistre épisodiquement) ses activités musicales se sont sérieusement réduites durant une demi-décennie.

L’enthousiasme et le plaisir de jouer reviennent en 1951. Il ne s’agit hélas que d’une embellie de courte durée avant la chute finale : il meurt d’une hémorragie cérébrale au printemps 1953, un mois seulement après avoir enregistré un dernier disque. Il ignorait qu’il laissait un héritage guitaristique monumental, ayant créé le « jazz manouche »

Publié dans musique

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